Discours du Premier ministre : la critique de la méthode

Avant même sa présentation à l’Assemblée, le plan de déconfinement d’Édouard Philippe suscitait une levée de bouclier d’un bord à d’autre de l’échiquier politique. En cause, les modalités du vote, "précipité" au point de s’apparenter, pour certain à "un déni de démocratie".

Avant même sa présentation à l’Assemblée, le plan de déconfinement d’Édouard Philippe suscitait une levée de bouclier d’un bord à d’autre de l’échiquier politique. En cause, les modalités du vote, "précipité" au point de s’apparenter, pour certain à "un déni de démocratie".

Destiné à clarifier les modalités selon lesquelles le pays allait "progressivement" sortir du déconfinement, le discours d’Édouard Philippe, prononcé ce mardi 28 avril à la tribune de l’Assemblée nationale, était particulièrement attendu. Réouverture des écoles, déconfinement des seniors, port du masque, transports, dépistage… pendant près d’une heure, le Premier ministre, désormais rompu à l’exercice, alliant ton technique et séquences émotion, a fait le tour des sujets, pointant les enjeux et levant les zones d’ombre. Au terme de son allocution, sans surprise, les réactions de l'opposition affluaient.

"Précipitation"

Certaines n’avaient d’ailleurs pas attendu la prise de parole de l’après-midi pour se faire entendre puisque, dès l’annonce du déroulé de la séquence – celle-ci prévoyant qu’à la présentation du plan succèderaient quelques heures de débat puis, immédiatement, le vote des parlementaires – les députés de tous bords dénonçaient l’absence de concertation et de temps de réflexion incompatibles, selon beaucoup, avec la portée des décisions en jeu. Parmi les premiers à dégainer, Christian Jacob, président de LR qui, avant même l’allocution du Premier ministre réclamait "un vrai débat au Parlement, digne de ce nom, et un vrai travail de commission", annonçant que son Parti ne voterait pas "juste sur un discours". Choix confirmé plus tard par Damien Abad président du groupe LR qui, pour sa part, a regretté le manque de temps pour examiner le plan de déconfinement proposé en déclarant notamment ne pas comprendre "cette crispation".

Le fond et la forme

"On ne veut pas voter le plan de déconfinement, aussi bien sur la forme que sur le fond", éclarait le chef de file des députés LR ; Sur la forme la séquence relèverait,  du "déni de démocratie", sur le fond, trop d’incertitudes persistent, selon lui, sur les modalités de déconfinement, notamment sur la question des masques et des tests.

Même son de cloche du côté du groupe La France Insoumise dont le président Jean-Luc Mélenchon assénait : "ça a l’air d’être de la démocratie, c’est seulement de la brutalité", tandis que, côté PS, Olivier Faure déclarait "au moment où l’on s’apprête à déconfiner le pays on confine la démocratie, c’est insupportable. Comment voulez-vous que sur un sujet aussi lourd nous soyons conduits à voter les yeux fermés un plan qui n’existe pas encore, sur des généralités, et dans la foulée de la présentation du Premier ministre ?". De son côté, sur Twitter, Marine Le Pen dénonçait des conditions de vote relevant "d’un artifice du gouvernement pour tenter de (…) faire partager sa responsabilité dans le fiasco de la gestion de cette crise sanitaire".

Vote unique

À cette levée de boucliers coté opposition s’ajoutaient les critiques, plus discrètes et modérées mais non moins audibles, émanant de certains membres de la majorité. Parmi eux, la députée LREM Martine Wonner qui, après avoir réclamé en vain un report du vote regrettait le choix d’un vote unique pour deux sujets distincts : le déconfinement et le tracing et interrogeait : "Comment envisager que soient rassemblées dans un seul vote la question du tracing et celle du plan de déconfinement sans risquer d’en fausser la sincérité ?". Une critique reprise par Aurélien Taché, également député de la majorité, qui se déclarait lui aussi hostile à une méthode revenant à donner un avis unique sur l’ensemble des propositions du plan alors que, selon lui, chaque proposition devrait l’objet d’un vote au cas par cas.

Caroline Castets

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