Dialogue social : opération séduction signée Jean Castex

À l’occasion de la première "grande conférence du dialogue social", le Premier ministre a pu mesurer l’accueil réservé à sa "nouvelle méthode".

À l’occasion de la première "grande conférence du dialogue social", le Premier ministre a pu mesurer l’accueil réservé à sa "nouvelle méthode".

Depuis plusieurs semaines, les organisations syndicales et patronales affichent un état d’esprit de concorde inédit. Après trois années de réformes conduites au pas de charge et durant lesquelles elles ont parfois servi de faire-valoir, elles sont bien décidées à ne plus jouer les seconds rôles. Les leaders de huit d’entre elles expliquaient ainsi, dans une lettre adressée fin juin au président de la République, leur souhait d’être pleinement associés aux discussions sur la sortie de crise comme aux débats portants sur les enjeux sociétaux de demain.

Changement de méthode

La nomination de Jean Castex au poste de premier ministre donne l’occasion de vérifier la solidité de cette volonté de réenchantement du dialogue intersyndical. En effet, après avoir loué les "vertus du dialogue social" lors de son discours de politique générale, l’ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy a pris ses distances avec son prédécesseur à Matignon. Exit donc les "concertations" chères à Édouard Philippe mais parfois moins attentives aux "leviers d’une démocratie apaisée", à savoir "l’écoute et la recherche du compromis". Place à une "grande conférence du dialogue social" qui a réuni, vendredi dernier, l’ensemble des dirigeants syndicaux et patronaux.

"l'écoute et la recherche du compromis" comme "leviers d'une démocratie apaisée"

Sur le perron de Matignon, ces derniers ne tarissaient pas d’éloges à l’égard Jean Castex. Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, est sorti de cette réunion "plutôt avec la conviction qu’il y a une sincérité du Premier ministre". Ce dernier "parle beaucoup du dialogue". Mais, a reconnu Yves Verrier, "il y met de la qualité y compris en soulignant qu’on peut parfois être en accord, parfois en désaccord". Cela exige une grande capacité d’écoute qui, selon Philippe Martinez, était au rendez-vous. Du côté du patronat, la CFE-CGC et la CPME ont salué une "réunion productive" et "intéressante" ainsi qu’un "changement positif dans la méthode du gouvernement". Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a observé, non sans un certain soulagement, "une inversion des priorités par rapport aux premières réunions", ce que confirme Laurent Berger.

Les Douze travaux d’Hercule

Cette première rencontre a, en effet, mis l’accent sur trois chantiers prioritaires : "l’emploi, la relance économique et la lutte contre le chômage". L’agenda social s’annonce donc extrêmement chargé. Négociation sur la santé au travail et le développement du télétravail, discussion sur le plan de relance et sur "le partage de la valeur", reconnaissance des "travailleurs de la seconde ligne", convention citoyenne pour le climat et emploi des jeunes, etc. : les partenaires sociaux sont invités à donner leur avis sur tout et, a promis le premier Ministre, "nous tiendrons, je m’y engage, le plus grand compte de leurs propositions".

Trois chantiers prioritaires : "l'emploi, la relance économique et la lutte contre le chômage"

Reste à savoir, cependant, si cette entente retrouvée n’est pas rendue possible qu’à la condition "d’éviter les sujets qui fâchent". Le gouvernement de Jean Castex a ainsi décalé l’application de la réforme de l’assurance chômage à début 2021 et repoussé les négociations sur la réforme des retraites "au moins jusqu’à la fin de l’année". Ce report, souhaité autant par la CFDT que par le Medef, fait craindre à certains observateurs que la volonté réformatrice du mandat d’Emmanuel Macron soit sacrifiée sur l’autel du consensus. A moins qu’il ne soit plutôt le préalable à l’expression des désaccords. Car, comme le reconnaît lui-même Jean Castex, "tout cela ne préjuge pas d’un accord global". Avant de réveiller le dossier volcanique des retraites, "il faut d’abord savoir nous parler, nous respecter". Un nouveau chemin en somme.

Marianne Fougère

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