Des consultants IT experts... et autistes

Le 2 avril a lieu la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, qui vise à mieux informer le grand public sur les réalités de ce trouble qui n’empêche pas l’employabilité. La preuve avec la société Auticonsult qui recourt à des personnes autistes en qualité de consultants dans les métiers de l’IT.

Le 2 avril a lieu la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, qui vise à mieux informer le grand public sur les réalités de ce trouble qui n’empêche pas l’employabilité. La preuve avec la société Auticonsult qui recourt à des personnes autistes en qualité de consultants dans les métiers de l’IT.

Flora Thiébaut est psychologue clinicienne, diplômée en psychopathologie. C’est en suivant un master en neurosciences cognitives qu’elle a découvert l’autisme. Après ses études, elle démarre sa vie professionnelle dans la recherche au sein de l’institut des neurosciences cognitives du University College de Londres. Avec quatre autres chercheurs, elle développe des tests d’évaluation sur plus de deux cents adultes autistes. Elle se concentre particulièrement sur l’autisme sans déficience intellectuelle, qualifié « de haut niveau », et plus spécifiquement sur les compétences sociales des personnes. « Je me suis rendu compte qu’elles avaient des profils fascinants, avec des types de compétences et d’incompétences tout aussi fascinants ». Ces années de recherche confirment ses intuitions concernant la diversité des profils. « Les personnes autistes sont le paroxysme de cette hétérogénéité, explique-t-elle. Ce sont des "cerveaux extrêmes".»  

« Gâchis »

Elle acquiert alors une conviction, celle qu’on peut être très heureux en étant autiste et que « la souffrance est souvent due avant tout à l’exclusion socioprofessionnelle ». Or, elle observe le retard de l’Hexagone en matière d’inclusion. « La France se voit régulièrement condamnée pour maltraitance, pour non-recherche de solutions, s’insurge-t-elle. Le taux de scolarisation des enfants autistes ne dépasse pas 20% dans notre pays, alors quil atteint 80% en Italie! » Et plus tard, lorsqu’elles parviennent à être employées, ces personnes le sont le plus souvent pour des tâches qui ne sont pas à la hauteur de leurs compétences. Ces constats donnent à Flora Thiébaut l’envie de passer à ­l’action, ­d’entreprendre pour avoir un impact face à ce « gâchis ». Elle se lance dans une étude de marché internationale et rencontre le modèle d’Auticon, un groupe international fondé en Allemagne en 2011, qui emploie des ­personnes autistes dans le domaine de l’IT : tests de logiciels, développement, métiers de la data, de la cybersécurité, etc. En 2015, elle décide de fonder la filiale française du groupe, baptisée Auticonsult. Son fonctionnement est celui d’une ESN classique : les consultants sont ses propres salariés et effectuent leurs missions chez les clients. Mais elle est la première entreprise française à n’employer que des personnes autistes en tant qu’experts IT.

Intérêts spécifiques

Les métiers portant sur les nouvelles technologies présentent pour les autistes de nombreux avantages : ils répondent au besoin de rationnel, nécessitent une approche structurée, systémique et ne conduisent à interagir qu’avec un nombre limité d’interlocuteurs. « Une personne autiste a souvent pour particularité d’avoir des centres d’intérêt spécifiques, explique Flora Thiébaut. Si elle peut les orienter dans le cadre de son travail, elle sera passionnée. » Un exemple ? Celui d’un consultant développeur dont la manie est de rechercher les erreurs. La plupart des développeurs rechignant à relire leurs codes, il devient un atout pour son équipe.

Adaptation et innovation

« Ces métiers connaissent de telles pénuries que les entreprises sont habituées à innover en matière de recrutement, constate la dirigeante. Nous pouvons leur proposer le développeur qu’elles ne trouvent pas depuis deux ans. » Le processus de sélection et d’intégration est spécifique : pas d’entretien d’embauche, uniquement des tests cognitifs et la mise en place obligatoire d’un dispositif de coaching. Amenée à s’adapter, l’entreprise elle-même apprend beaucoup de cette démarche. « Les managers affirment avoir amélioré leur communication, par exemple en veillant à terminer leurs phrases, en évitant les flous, en recourant à l’écrit ou en validant les étapes. » Au-delà, « ces exigences de transparence et d’acceptation sans jugement de l’individualité constituent une vraie démarche ­d’innovation managériale ». Dont les enseignements peuvent bénéficier à l’ensemble de l’organisation. 

Marie-Hélène Brissot

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