Députés de 30 ans ou moins : des élus pleins d'élan

Jamais l’Assemblée nationale n’a été aussi jeune. Avec plus d’une année de recul, plusieurs représentants de la nouvelle génération reviennent sur leur quotidien fait de travail intensif et de solidarité.
Richard Ying et Tanguy Morlier

Jamais l’Assemblée nationale n’a été aussi jeune. Avec plus d’une année de recul, plusieurs représentants de la nouvelle génération reviennent sur leur quotidien fait de travail intensif et de solidarité.

32. C’est le nombre de députés élus à 30 ans ou moins lors des élections législatives de 2017. Un record dans l’histoire de la Vème République. Même s’ils n’occupent que 5,5% des sièges, un indéniable vent de jeunesse souffle dans l’enceinte du Palais-Bourbon. Lors de la précédente législature, seule Marion-Maréchal Le Pen entrait dans cette catégorie d’âge. Si les macronistes sont actuellement les plus nombreux (23), les autres partis ne sont pas en reste. 5 députés LR sont dans la place, tandis-que La France insoumise a envoyé trois représentants. Comme lors de la précédente mandature, c’est sur les bancs de l’extrême droite que siège le plus jeune député de France : Ludovic Pajot, député du Pas-de-Calais né en novembre 1993.

Étudiants, cadres, entrepreneurs, fonctionnaires… Le profil de ces jeunes pousses est varié. Certains militent depuis leur adolescence et sont parfois déjà élus. D’autres ont été investis après un engagement de fraîche date.

Plus d’un an après leur élection, quel regard portent-ils sur leur travail pas comme les autres ? Sont-ils bien perçus de leurs aînés ? Ont-ils été surpris par le fonctionnement de l’Assemblée ? Décideurs Magazine fait le point.

Une pleine confiance en leur capacité

Malgré leur jeune âge, les élus interrogés sont unanimes : tous prétendent posséder les compétences requises pour exercer leur fonction. Certains mettent en avant leur parcours qui n’a parfois rien à envier aux parlementaires plus âgés. C’est le cas de Pierre-Henri Dumont, député LR qui a conquis la 7ème circonscription du Pas-de-Calais à 29 ans. « Lorsque je me suis présenté aux législatives, j’étais maire de Marck, commune de plus de 10 000 habitants, depuis 2014. Et j’ai travaillé un an et demi comme collaborateur parlementaire. » Son élection est donc la suite d’un parcours logique et cohérent : « J’ai été élevé et biberonné dans le creuset républicain, je disposais d’une expérience d’élu local et connaissais bien le fonctionnement de l’Assemblée nationale. Comme mes collègues Robin Reda de l’Essonne, Ian Boucart de Belfort et Raphaël Schellenberger du Haut-Rhin d’ailleurs », poursuit celui qui a conquis une circonscription historiquement de gauche.

Même son de cloche pour Sarah El Haïry, députée Modem de Loire-Atlantique née en 1989 : «Je ne m’attendais pas à être élue aussi tôt. Mais je ne me suis pas sentie sous-dimensionnée pour le poste. Je milite depuis 2006 et m’étais déjà présentée à des élections, j’avais l’habitude de parler à des citoyens et je faisais vivre une fédération Modem. »

D’autres étaient a priori moins programmés pour revêtir l’écharpe tricolore. Mais la vague Macron a changé leur quotidien. C’est le cas de Sandrine Le Feur, agricultrice née en 1991 élue du Finistère, ou de Typhanie Degois, étudiante en droit née en 1993 et devenue de justesse députée de Savoie avec 50,76% des suffrages. Toutes deux ont battu des « poids lourds » de la droite : Maël de Calan, lieutenant d’Alain Juppé, et Dominique Dord établi dans sa circonscription depuis 1997 !

Les deux jeunes femmes étaient confiantes dans leurs qualités. En revanche, elles avouent que l’Assemblée nationale était une véritable terra incognita. Les deux néophytes ont pu compter sur les huissiers qui leur ont présenté certains codes en vigueur dans l’hémicycle : « Ce sont eux qui dès le début m’ont indiqué qu’il ne fallait pas tourner le dos au Président de l’Assemblée nationale », indique l’élue de Savoie. Pour sa part, Sandrine Le Feur a appris « à ne pas boire de l’eau ni faire la bise à un collègue ». Mais si éviter les gaffes protocolaires est une chose, conquérir le respect de ses pairs lorsque l’on est débutant en est une autre.

Travail, travail et travail

Pour cela, une seule chose compte : le travail. « C’est en planchant plus que nos aînés que l’on gagne le respect. Il faut carburer davantage que les autres, être présents et actifs en commission », assène Sarah El Haïry, qui s’est spécialisée dans les questions liées à l’économie sociale et solidaire et avoue avoir gagné l’estime de députés plus expérimentés comme Gilles Carrez ou Charles de Courson. De toute manière, pour elle, les choses sont claires : « On ne nous pardonnera pas d’être moins impliqués que les autres. » Un message bien reçu par tous les députés de 30 ans et moins qui ne comptent pas leurs heures. Un regard sur le site de l’Assemblée nationale est éclairant : tous sont plus actifs que la moyenne.

"On ne nous pardonnera pas d'être moins impliqués que les autres"

Certains ont naturellement préempté des sujets qui leur sont familiers. Ainsi, Sandrine Le Feur utilise son expérience d’exploitante agricole pour se spécialiser dans les sujets liés au bio. De son côté, Typhanie Degois a dès son élection été amenée à coordonner une mission d’information sur les travailleurs détachés. Et s’est peu à peu bâti une expertise sur le sujet. À droite, Pierre-Henri Dumont ne ménage pas sa peine non plus. Selon lui, sa mission est sacrée : « Dans ma circonscription, l’extrême droite est devenue très forte. Je me vois comme un dernier rempart et me dois de donner le maximum aux habitants qui m’ont fait confiance. »

Des aînés bienveillants

Pour mener à bien leur mission, les députés qui ont parfois l’âge d’être encore sur les bancs de l’université, peuvent compter sur l’expérience de leurs aînés. Contrairement à certaines idées reçues, l’arrivée de ces jeunes gens a été bien perçue. « J’avais un peu d’appréhension », confie Typhanie Degois qui a tout de même rayé de la carte électorale un des députés LR les plus établis. Pourtant, tout s’est bien passé : « Au contraire, j’ai trouvé les élus de droite bienveillants. Ils ont montré une grande curiosité pour mon parcours et ma stratégie de campagne. »

L'arrivée de cette nouvelle génération a été bien perçue dans l'hémicycle.

Du côté de Sandrine Le Feur, les craintes initiales ont été vite dissipées : « Jamais je n’ai eu à souffrir d’une remarque sur mon âge ou mon manque d’expérience. Les seules critiques reçues sont sur le fait que je porte des vestes en jean à l’Assemblée. » Et ces remarques ne sont pas l’apanage des députés les plus chenus. Pierre-Henri Dumont est ainsi fervent partisan d’un dress code traditionnel qui est selon lui le meilleur moyen de gommer les différences sociales et de montrer du respect pour les électeurs.

Un gang de jeunes ?

En minorité, ces dizaines de nouveaux sont-ils amenés à s’entraider et à tisser des liens professionnels voire personnels qui pourraient transgresser les clivages partisans ? Pas vraiment si l’on en croit les intéressés.

« Bien sûr, avec quelques personnes qui ont peu ou prou le même âge, nous cultivons une certaine complicité. Je pense notamment à Pierre Person, Sacha Houllié, Marie Lebec chez LREM mais aussi à Julien Dives, Thibaut Bazin et Robin Reda chez LR. Mais les vrais liens se tissent plus en fonction de la commission, du parti de la provenance géographique », observe Sarah El Haïry. Un avis partagé par Sandrine Le Feur qui note que « Les élus bretons se serrent les coudes et je constate la même tendance chez les parisiens. »

Désormais, les amendements s'examinent sur tablettes pour ne plus gâcher le papier.

N’oublions pas non plus que le monde politique reste un univers dans lequel la concurrence bat son plein. Et certaines rancunes, parfois tenaces prennent le pas sur l’âge. Ainsi, Pierre-Henri Dumont n’apprécie pas le manque de loyauté de certains jeunes élus macronistes qui ont fait leurs classes chez les jeunes républicains avant de changer de bord.

Digitaliser l’Assemblée ?

Génération Z par excellence, ces nouveaux venus souhaitent rendre l’Assemblée plus souple, plus agile, plus efficace voire plus geek. Dès leur prise de fonction, ils ont été surpris d’une chose : l’abondance de papier. « Lors de la loi sur la moralisation de la vie publique, la pile des amendements était plus haute que moi. C’est invraisemblable. » Un amoncellement de feuilles qui a également surpris Sandrine Le Feur : « C’est ironique et malheureux de voir que la commission de développement durable à laquelle j’appartiens gâchait autant de papier. » Une méthode de travail anachronique qui appartient au passé. Désormais, les députés sont équipés de tablettes sur lesquelles tous les amendements sont archivés. Une petite pierre vers la construction du « nouveau monde » ?

Lucas Jakubowicz (lucas_jaku)

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