Deezer monte le son

Avec 14 millions d'abonnés, Deezer Premium peine à convaincre. Si la version gratuite connaît un plus grand succès, le site de streaming musicale n'arrive pas à rattraper son retard sur Spotify. Pour inverser la tendance, Deezer a levé 160 millions d'euros. Avec son nouveau statut de licorne, la start-up française part à l'assaut de l'international.

Avec 14 millions d'abonnés, Deezer Premium peine à convaincre. Si la version gratuite connaît un plus grand succès, le site de streaming musicale n'arrive pas à rattraper son retard sur Spotify. Pour inverser la tendance, Deezer a levé 160 millions d'euros. Avec son nouveau statut de licorne, la start-up française part à l'assaut de l'international.

La plateforme de streaming française n’a pas chômé pendant les vacances. Début août, elle annonçait avoir levé 160 millions d’euros. Le fonds souverain saoudien Kingdom Holding Company et Rotana, producteur et distributeur de musique en langue arabe, profitent de l’opération pour entrer au capital. Les investisseurs historiques Access Industries, Orange et LBO France, ont également participé à ce tour de table. Si aucune précision n’a été donnée sur la nouvelle répartition, une source proche du dossier confirme que l’opérateur télécom français, qui avait déjà injecté 100 millions d’euros en 2016 avec Access Industries, reste majoritaire.

Petit poucet

L’opération financière est un beau succès pour Deezer puisqu’elle lui permet d’accéder au statut de licorne, ces start-up au capital privé et valorisées plus d’un milliard de dollars. Au total, depuis sa création en 2007, la société française a levé 445 millions d’euros. Sa situation financière est pourtant loin d’être encourageante. En 2016, date des derniers chiffres communiqués, l’entreprise avait enregistré une perte de 60 millions d’euros. « La situation est loin de s’être améliorée », confie un manager de la plateforme sans être plus précis. Pas de quoi s’inquiéter outre mesure selon lui. « La course à la taille pousse les acteurs à favoriser la croissance par rapport à la rentabilité », explique-t-il. Spotify, valorisée près de 27 milliards de dollars après son introduction en Bourse, a par exemple enregistré un déficit de 324 millions de dollars.

« La course à la taille pousse les acteurs à favoriser la croissance par rapport à la rentabilité »

Plus inquiétant en revanche, sa taille. En 2017, elle a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 350 millions d’euros pour 14 millions d’utilisateurs actifs. Des chiffres honorables qui la placent néanmoins loin des ténors du secteur. En comparaison, Spotify revendique 4 milliards de dollars de revenus et 83 millions d’abonnés, et Apple Music, 50 millions de clients. Deezer s’est fait doubler par Amazon Music, un nouvel entrant aux moyens financiers colossaux, qui indique déjà disposer de 20 millions d’abonnés. En parts de marché, la start-up française fait même office de petit poucet avec seulement 3 %, contre 50 % pour Spotify et 23 % pour Apple Music.

Moyen-Orient

Consciente qu’elle ne pourra pas rivaliser dans la bataille que se livrent les grands groupes américains, Deezer a choisi d’opter pour un positionnement différent.  « Je crois fermement dans la stratégie de localisation du contenu », précise Hans-Holger Albrecht, P-DG de Deezer. Loin d’être arrivé à maturité, le marché de la musique en streaming dispose en effet d’un énorme potentiel. Au niveau mondial, le taux de pénétration ne s’élève qu’à 10 %. L’entrée au capital de Kingdom Holding Company et Rotana s’inscrit dans cette stratégie. Le Moyen-Orient est effectivement un marché en pleine croissance avec des goûts musicaux différents. L’opération financière s’est ainsi accompagnée d’un partenariat avec Rotana. La société, dirigée par le Prince Al-Walid Ben Talal, également investisseur de Twitter et de Disneyland, revendique un catalogue comprenant 13 000 titres et 2 000 vidéos en langue arabe. Deezer aura l’exclusivité pour distribuer ce contenu auprès d’un marché estimé à 400 millions de personnes. De quoi assurer une croissance soutenue pour les années à venir.

« Je crois fermement dans la stratégie de localisation du contenu », Hans-Holger Albrecht, P-DG de Deezer

Suffisant pour rester indépendant ? Pas sûr. Dans un secteur où la rentabilité n’a toujours pas été atteinte et où la taille demeure cruciale, un mouvement de concentration semble inévitable dans les années à venir. Et dans cette bataille, Deezer ne pourra pas lutter à armes égales. Pour éviter de se retrouver dans une telle situation, il lui faut rapidement trouver l’équilibre financier. Pour y parvenir, elle devra continuer de nouer des alliances de ce genre. Certains parlent même « d’un rapprochement d’égal à égal avec un grand groupe américain ». Si personne ne le cite directement, il devrait s’agir de Warner Music, détenu par le milliardaire ukrainien Len Blavatnik qui est également le propriétaire du fonds Access Industries, actionnaire historique de Deezer.

Vincent Paes

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