Décarbonation de l'économie : le Medef présente sa note

Alors qu'Elisabeth Borne vient d'être désignée Première ministre et sera chargée directement de la planification écologique, le Medef apporte sa pierre à l’édifice avec une étude commandée à l’institut Rexecode : "Décarboner l’économie, combien ça coûte ?" Décryptage.

Alors qu'Elisabeth Borne vient d'être désignée Première ministre et sera chargée directement de la planification écologique, le Medef apporte sa pierre à l’édifice avec une étude commandée à l’institut Rexecode : "Décarboner l’économie, combien ça coûte ?" Décryptage.

Entendre Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef et chantre du libéralisme vanter les mérites de la planification, voilà qui a de quoi surprendre. "Planification écologique", s’empresse-t-il de préciser, justifiée selon lui par le temps long de l’action climatique qui dépasse celui de la vision stratégique de l’entrepreneur. Avant d’asséner que "c’est un sujet trop sérieux pour être laissé aux seuls écologistes".

Constat

L’étude se concentre sur les besoins en investissements pour décarboner l’économie française de manière globale, mais aussi déclinés à l’échelle sectorielle. Elle ne s’intéresse par ailleurs qu’aux émissions directes et non à l’empreinte carbone globale de l’activité des entreprises. Actuellement, l’investissement total en France est d’environ 600 milliards d’euros, dont 350 pour les entreprises, 150 pour les ménages et 100 pour le secteur public. Pour atteindre nos objectifs, et malgré les efforts importants consentis dans le cadre du Plan de relance et de France 2030, l’écart à combler demeure significatif. Les auteurs de l’étude estiment en effet qu’il faudrait ajouter, d’ici à 2030, 60 à 80 milliards d’investissements supplémentaires chaque année. Un écart à combler qui nécessiterait 10% à 13% d’efforts supplémentaires aux entreprises et 17% à 24% pour les ménages. La marche est haute et nécessitera "une politique d’incitation adaptée". Car, comme le relève le patron du Medef, "si certains investissements peuvent générer les bénéfices à moyen terme, comme une meilleure efficacité énergétique du bâtiment ou le passage au véhicule électrique, d’autres représentent des coûts purs. Ainsi la conception d’un ciment bas carbone ne reviendra pas moins cher à fabriquer, au contraire". Un argument auquel on pourrait opposer une meilleure compétitivité des produits et services bas carbone, ainsi qu’une meilleure image de l’entreprise auprès des consommateurs et investisseurs.

Financement

Reste la question centrale : comment actionner de nouveaux leviers pour permettre aux entreprises de réaliser les investissements nécessaires à la décarbonation de l’économie. Sur ce point, si le concept de planification peut faire penser à une forme de nouveauté, les recettes proposées par le syndicat patronal sont, elles, éculées. Baisse des impôts de production de 35 milliards d’euros d’ici la fin du quinquennat pour rejoindre la moyenne européenne, création d’un crédit d’impôt ou d’un outil fiscal spécifique appliqué aux investissements bas carbone, simplification administrative… En ces temps de pression économique sur les ménages, la pilule pourrait être difficile à avaler pour l’opinion publique. Au niveau européen, le Medef soutient par ailleurs la création d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) pour rétablir une égalité de concurrence avec des produits étrangers moins vertueux ainsi qu’une réforme du marché européen de l’énergie qui rétablisse l’avantage comparatif du mix énergétique décarboné français.

Plan et foi

Avec ce plan, le Medef pose les bases d’un dialogue avec le futur gouvernement afin d’aboutir à une feuille de route claire, jalonnée d’échéances chiffrées, et outillée d’un dispositif de financement transparent. Certains y verront aussi une première prise de position dans le rapport de force économique et social qui s’annonce avec les syndicats et l'opposition de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) qui auront sans doute une vision bien différente quant à l’équation économique de la transition à accomplir. "La sobriété ne doit pas être une privation de liberté", souligne d’ailleurs Geoffroy Roux de Bézieux, comme pour transférer le débat économique social sur le volet idéologique. "Nous voulons une croissance sobre, avec moins d’émissions de CO2 par point de PIB. Et cela passe par la technologie." Avant de conclure, confiant : "Le capitalisme trouve toujours la solution."

Antoine Morlighem

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