Deals, rachats, M&A : l’économie en mutation permanente

Depuis quelques années, les fonds d’investissement et les grands groupes industriels sont de plus en plus en concurrence sur des opérations de rachat. Une tendance lourde qui révèle une mutation dans la structure concurrentielle des deals.

Depuis quelques années, les fonds d’investissement et les grands groupes industriels sont de plus en plus en concurrence sur des opérations de rachat. Une tendance lourde qui révèle une mutation dans la structure concurrentielle des deals.

Prisées par les fonds d’investissement, les jeunes pousses et autres licornes sont aussi entrées dans la ligne de mire des grandes entreprises. Ces dernières, qui privilégiaient traditionnellement l’acquisition de fournisseurs et de distributeurs (intégration verticale), ou encore des concurrents directs (intégration horizontale), se ruent dorénavant sur les firmes disruptives. L’acquisition de ces actifs stratégiques permet notamment aux groupes de consolider leurs acquis en R&D.

Cette stratégie profite aux secteurs économiques où la technologie fait partie intégrante du business model et où les gains de productivité sont primordiaux. Le phénomène concerne notamment les banques qui financent des incubateurs pour mener à bien leur transformation digitale. à l’image du groupe BNP Paribas et de son programme d’incubation conçu avec Plug and Play, spécialiste américain de l’innovation.

La recherche de mégastructures

« Le capital-investissement est victime de son succès. Tous les grands investisseurs veulent leur part de ce gâteau très rentable, peu volatil et qui, même en période de crise, fait mieux que toutes les autres classes d’actifs », affirme Dominique Gaillard, président de France Invest. Nombre de levées de fonds historiques se sont en effet accomplis au cours des cinq dernières années. Cet été, Meero, la plateforme française dédiée à la photographie, levait 205 millions d'euros, ce qui propulse le groupe dans le cercle fermé des licornes françaises valorisées à plus d’un milliard d’euros, tout en rendant possibles ses ambitions de développement à l’international.

"Le capital investissement est victime de son succès. Tous les grands investisseurs veulent leur part de ce gâteau très rentable"


Les montants des fusions-acquisitions flambent, on les compte régulièrement en centaines de milliards de dollars. En 2019, les deals enregistrés en M&A ont ainsi battu des scores historiques. Montant le plus élevé pour une transaction dans le secteur de la pharmacie (74 milliards de dollars), le rapprochement de Bristol-Myers Squibb et Celgene modifie les forces en présence dans cette industrie. Comment expliquer cette tendance de fond ? Plus les capitaux à investir sont élevés, plus le risque de « poudre sèche » – c’est-à-dire les fonds engagés non investis – est grand. Pour réduire ce phénomène (13 % des montants levés entre 2012 et 2017), les sociétés de capital-investissement cherchent donc à acquérir de grosses structures pour les intégrer à leur portefeuille.

Une même vision… sinon rien

Au-delà de la valorisation d’une jeune pousse et de sa montée en capital, quel est l’enjeu de développement économique ? En se liant avec un grand groupe, les jeunes pépites espèrent accéder à un marché plus vaste et ainsi faire croître leurs ventes et leurs revenus. Si le rachat d’Instagram a permis à Facebook de se refaire une jeunesse, l’application de partage de photos s’est, de son côté, ouverte à un marché beaucoup plus grand. En 2018, « Insta » a dépassé le milliard d’utilisateurs en même temps qu’il génère plus de 10 milliards de dollars de revenus publicitaires. Sur le plan financier, le succès de « l’affaire du siècle » conclue par Facebook il y a sept ans ne fait donc aucun doute. Pourtant, à l’instar de plusieurs opérations unissant une licorne à un géant boursier, les tensions managériales n’ont pas tardé à se révéler. Kevin Systrom et Mike ­Krieger, fondateurs d'Instagram, ont d'ailleurs quitté l’aventure.

Contrer la toute-puissance des fonds d’investissement

Pour concurrencer les fonds d’investissement dans les fusions-acquisitions, les grands groupes ont créé leurs propres structures dédiées. Depuis une dizaine d’années, ces entités, les corporate venture capital (CVC) interviennent très régulièrement dans les tours de table. Ainsi, les CVC représentent aujourd’hui 23 % des opérations financières selon CB Insight. Plusieurs industriels, comme ­Danone ou encore Google, ont tracé la voie. Entré au capital de Michel et Augustin en 2016 via son fonds Danone Manifesto, le géant français des produits laitiers détient désormais 95 % des parts du trublion du goût. De son côté, Google a procédé à l’une des plus grosses acquisitions de son histoire en rachetant Looker pour 2,6 milliards de dollars par l’entremise de CapitalG, le véhicule d’Alphabet dédié au capital-risque.

À l’instar des CVC pour les entreprises, les fonds ont également innové dans leur approche de l’investissement. De nombreux acteurs ont recruté des ­«advisors » qui cumulent des dizaines d’années d’expérience au sein de grands groupes. À l’image du comité d’orientation de ­Qualium Investissement, composé de seize dirigeants-­entrepreneurs, l’expertise « métier » est dorénavant largement mise en avant. Les fonds hybrident leur savoir-faire d’une approche typique des corporates, les entreprises envisagent les deals dans les termes du private equity : d’évidence, les lignes bougent dans l’approche économique des rachats. Ce dossier Deals de l’année 2019 met en lumière les contrats qui ont changé la donne.

Sandy Andrianabiby et Nicolas Bauche

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