David Cormand (EELV) : « L’écologie n’est acceptable que si elle est juste »

Gilets jaunes, aménagement du territoire, lobbies, élections européennes, futur de l’écologie politique… Le Secrétaire national d’EELV livre ses positions et se veut optimiste.

Gilets jaunes, aménagement du territoire, lobbies, élections européennes, futur de l’écologie politique… Le Secrétaire national d’EELV livre ses positions et se veut optimiste.

Dans de nombreux pays d’Europe, les Verts sont en pleine progression en témoignent les élections régionales en Allemagne et en Belgique. Quelles sont les raisons du succès ?

David Cormand : Plusieurs facteurs expliquent les bons résultats des mouvements écolos en Europe. Traditionnellement, la vie politique était partout organisée autour de deux grands partis, l’un socialiste, l’autre chrétien démocrate. Ils reculent, voire s’effondrent partout. Il y a donc des places à prendre. D’autant plus que ces acteurs historiques sont impuissants à résoudre les inégalités et à améliorer les conditions de vie.

Logiquement, de nouvelles forces s’implantent : droite populiste, mais aussi écolos. Une force obscure et une lumière verte en quelque sorte. Notre vision du monde se développe sur les ruines de la social-démocratie, mais aussi sur la prise de conscience de l’urgence climatique. Il y a vingt ans, le réchauffement de la planète était encore en débat. C’est désormais une réalité vécue par tous.

Ces derniers mois, si l’on examine attentivement les reports de voix lors des élections en Hesse, en Bavière ou en Belgique, une chose est très intéressante : des électeurs de droite de tradition humaniste se tournent vers nous car ils ne se retrouvent plus dans l’idéologie identitaire qui monte en puissance au sein de la droite de gouvernement.

La France semble à contre-courant de cette tendance. Les Verts n’ont jamais été aussi faibles électoralement, comment remonter la pente ?

Les pays dans lesquels les écologistes sont représentés comportent de la proportionnelle. Ce n’est pas le cas de la France, ce qui nous handicape. Historiquement, les partis politiques écologistes sont implantés en Europe du Nord, en retrait en Europe du Sud et nous sommes entre les deux univers…

Mais je suis optimiste. Les Verts français sont unis, ils ont un projet clair qui devrait payer. Ajoutons également que nous ne sommes pas dans une logique d’alliance avec une gauche socialiste en pleine désédimentation. L’aspect politique politicienne rebute de plus en plus les citoyens.

Pour les élections européennes, quelle est votre stratégie ? Avez-vous des objectifs chiffrés ? Des projets d’alliance ?

Nous sommes un parti organisé à l’échelle européenne avec une ligne claire sur les enjeux sociaux, environnementaux et européens. Yannick Jadot, qui est notre tête de liste, est identifié et compétent. Ce sont de vrais atouts. Cependant, nous ne planifions pas des scores, c’est de la divination. Concentrons-nous dans un premier temps sur une offre politique de qualité.

Le 17 novembre aura lieu la manifestation contre la hausse du prix du carburant. Quelle est la position des Verts ?

Ce mouvement met en évidence l’ineptie des politiques publiques menées depuis des décennies. Étalement urbain, disparition des commerces et des services publics de proximité, territoire conçu pour la voiture individuelle, sous-investissement dans les transports en commun…

"Le mouvement des gilets jaunes est la preuve de l'ineptie des pouvoirs publics depuis des décennies"

Soudainement, le gouvernement tient aux citoyens le propos suivant : « Nous vous avons rendus dépendants du carbone, maintenant on le taxe. » En soi, l’idée d’imposer les véhicules les plus polluants a du sens. Le prix de l’essence augmentera forcément à cause de la raréfaction du pétrole. Or, l’exécutif fiscalise sans donner de solutions de repli. Les primes à la conversion sont du gadget et la construction d’autoroutes continue. On lève un impôt sans proposer de vraie compensation. Le ressort de la colère est là. Il s’agit d’une vraie injustice sociale puisque ce sont les plus pauvres qui ressentiront le plus violemment la hausse du prix du carburant. Cela donne l’impression d’une écologique punitive, ce qu’il faut à tout prix combattre.

Est-il vraiment possible de mettre en place des comportements respectueux de l’environnement sans être punitif ?

L’écologie n’est acceptable et efficace que si elle est juste. Chaque mesure coercitive doit à tout prix être accompagnée de vraies mesures sociales pour compenser. En somme, il est primordial de ne pas opposer crainte de fin du monde et crainte de la fin du mois. Ce que fait le gouvernement actuellement.

Pensez-vous que les gouvernements soient véritablement soumis à des lobbies ?

Nous sommes dans une situation paradoxale : nous subissons concrètement le changement climatique. Pollution du sol, de l’air, baisse de la biodiversité, fonte des glaces… Toutes les données sont scientifiquement mesurées. Pourtant, nous ne prenons pas les mesures qui s’imposent.

"Les plus jeunes se questionnent de plus en plus sur leur impact environnemental"

Bien entendu les lobbies de l’agroalimentaire, du pétrole, des transports sont des freins et défendent des intérêts qui nous mettent tous en péril. Mais le principal obstacle est surtout culturel. Cela fait des décennies que l’on nous explique que le modèle de société idéale est basé sur la croissance matérielle, des matières premières à bas prix, le culte de la consommation à outrance. Cette vision des choses reste très ancrée dans nos esprits. Au-delà des lobbies, il est difficile de faire évoluer les mentalités. Sommes-nous vraiment prêts à changer notre mode de vie même si nous souffrons de la pollution de l’air, du sol, de la terre ? C’est un véritable combat culturel à mener.

Pensez-vous que le combat culturel soit en passe d’être gagné ?

J’observe un signal positif : les nouvelles générations se questionnent de plus en plus sur leur impact environnemental, leur apport à la société, le sens de leur travail. Les programmes des écoles de commerce par exemple s’adaptent. Il existe des marches pour le climat, une montée en puissance de l’alimentation végan, des reconversions vers des carrières plus écolo-compatibles. Il y a aussi une conscience que notre niveau de vie ne s’améliorera pas forcément au fil des années. Le terrain est mûr pour changer de modèle.

Lucas Jakubowicz (lucas_jaku)

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