Darmanin contre Le Pen : décryptage du débat

Le public s’attendait à du sang sur les murs. La confrontation tant attendue entre Gérald Darmanin et Marine Le Pen a finalement été plutôt courtoise. La raison est simple : aucun des deux participants n’avait intérêt à s’en prendre frontalement à son adversaire.

Le public s’attendait à du sang sur les murs. La confrontation tant attendue entre Gérald Darmanin et Marine Le Pen a finalement été plutôt courtoise. La raison est simple : aucun des deux participants n’avait intérêt à s’en prendre frontalement à son adversaire.

Il existe deux types de débats politiques : ceux durant lesquels un invité cherche à désarçonner l’autre et ceux, plus policés, où les participants restent prudemment dans leur couloir. Le duel entre le ministre de l’Intérieur et la patronne du RN appartient définitivement à la seconde catégorie.

Marine Le Pen : tenter de "faire présidente"

Pour le grand retour de l'émission Vous avez la parole sur France 2, Marine Le Pen et Gérald Darmanin nourrissaient chacun des objectifs différents. Pour les atteindre, il n’était pas nécessaire pour eux de mettre KO l’adversaire. Marine Le Pen ne s’en cache pas et l’a clamé à plusieurs reprises jeudi soir, elle souhaite être présidente de la République. Il lui faut pour cela casser le fameux plafond de verre contre lequel son parti se fracasse à chaque élection présidentielle. Pour l’élue du Pas-de-Calais, le temps du populisme est terminé. Désormais, place à l’opération "présidentialisation".

Durant les échanges, la dirigeante de l’extrême droite française a donc tout mis en œuvre pour faire oublier son calamiteux débat de l’entre-deux-tours de 2017. Finies les attaques ad nominem, les propos à l’emporte-pièce, les rafales de fake news et les intimidations verbales. Marine Le Pen a tenté de prendre de la hauteur, utilisant à plusieurs reprises les termes "rassembler", "équilibre", "protection", "consensus", "respect du Parlement". À tel point que Gérald Darmanin a souligné sa "mollesse". Un comble ! La Marine Le Pen nouvelle serait-elle arrivée ? Pas vraiment. Dans la dernière ligne droite du débat, le masque de la candidate à la présidentielle de 2022 s’est craquelé et les chiffres inventés de toute pièce ont commencé à voler en escadrille : nombre de clandestins, nombre de régularisations…

Gérald Darmanin : au service de la Macronie… et de lui-même

De son côté, Gérald Darmanin s’est vu confier une mission stratégique en vue de 2022. Montrer aux Français que, contrairement à ce que sérine la droite et l’extrême droite depuis 2017, le gouvernement est ferme sur les questions de laïcité, d’islamisme, de sécurité ou de République. Pour défendre le bilan de l’exécutif, le locataire de la place Beauvau a repris la recette de son mentor et prédécesseur Nicolas Sarkozy : mélanger propos facilement compréhensibles, voire gouailleurs, chiffres percutants (fermetures de mosquée, nombre d’interpellations…) et connaissance des dossiers. C’est ainsi que l’on a vu à plusieurs reprises le maire de Tourcoing citer de mémoire des articles entiers de projets de loi. En revanche, Gérald Darmanin est apparu plus réservé que son mentor lors du débat avec Le Pen père en novembre 2003. Malgré tout, Emmanuel Macron peut se montrer fier de la prestation d’un ministre plus que jamais central dans le dispositif élyséen.

Objectif des deux invités : séduire l'électorat de droite qui juge Marine Le Pen pas assez pro et Emmanuel Macron pas assez ferme

Si Gérald Darmanin "roule" sans équivoque pour le président de la République, il nourrit de fortes ambitions pour lui-même. En incarnant un macronisme populaire et capable de parler à la droite, il se rend incontournable en vue des prochaines échéances électorales. Les questions de sécurité et de fermeté seront probablement au centre du prochain scrutin présidentiel et Gérald Darmanin sera de plus en plus indispensable. Si le scrutin se joue à droite, il peut légitimement penser à une place à Matignon en cas de victoire de LREM.

Draguer les électeurs de droite

De nombreux spectateurs sont restés sur leur faim lors de ce débat et ne se sont pas sentis concernés. Et pour cause ! Le duo Darmanin Le Pen a tenté de séduire la frange de l’électorat qui désignera le prochain président : les électeurs de droite, hésitant entre des marcheurs pas assez fermes sur le régalien et une Marine Le Pen pas assez présidentiable. Ce qui explique pourquoi Darmanin a surjoué la fermeté tandis que sa vis-à-vis s’est grimée en rassembleuse d’un soir. Notons également que Marine Le Pen a défendu à plusieurs reprises la liberté des croyants de pratiquer le plus librement possible. Une rupture par rapport à sa dialectique plutôt "bouffeur de curé". La frontiste serait-elle devenue spirituelle ? Pas forcément. En revanche, elle sait qu’elle part avec un retard très fort sur la droite et le centre au sein de l’électorat composé de chrétiens pratiquants.

Lucas Jakubowicz

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