Danone change de recette

Si la succession à la tête du groupe s’est faite en douceur, la révolution est totale. En plus d’un nouveau projet d’entreprise, Emmanuel Faber s’attelle à des réformes structurelles. Le redressement de la filière laitière et l’implantation chinoise du groupe l’exigent.

Si la succession à la tête du groupe s’est faite en douceur, la révolution est totale. En plus d’un nouveau projet d’entreprise, Emmanuel Faber s’attelle à des réformes structurelles. Le redressement de la filière laitière et l’implantation chinoise du groupe l’exigent.

L’assemblée générale qui se tenait le 29?avril 2015 a marqué le virage opéré par le géant agroalimentaire français depuis qu’Emmanuel Faber a pris la direction générale en octobre?2014. Sur la forme, la présentation est restée sérieuse et appliquée, loin des traditionnelles plaisanteries auxquelles Franck Riboud avait habitué son auditoire. Sur le fond ensuite, le dirigeant a détaillé son plan de développement sur cinq ans et des projets plus urgents.

 

Des produits laitiers allégés

 

Le pôle laitier est celui qui a le plus souffert au cours de l’exercice précédent. Le lait, qui représente 52,6?% du chiffre d’affaires de Danone, est le seul des quatre métiers du groupe (avec l’eau, la nutrition médicale et la nutrition infantile) à essuyer un revers dû à une baisse d’activité de 5,6?% en 2014. La volatilité du marché russe, et plus généralement de la CEI, explique en partie ce mauvais résultat. Les taux de change défavorables dans certains grands États ont aggravé la situation. Rien de rédhibitoire selon Emmanuel Faber qui ne voit «?aucune raison pour que le pôle laitier n’enregistre pas une progression de 5?% d’ici trois ans?». D’ailleurs, la réforme est déjà en marche.

 

Première étape?: réduire les postes de dépenses au strict nécessaire et s’adapter à une demande européenne en baisse. Bilan?? 200?millions d’euros d’économies, 900 suppressions de postes de cadres et un allégement des outils de production. Sur ses vingt-quatre usines, quatre ont été cédées et autant ont été fermées en deux ans seulement. Il s’agit d’adapter pour pouvoir ensuite développer le portefeuille de marques européennes du groupe. La Chine, dont la demande ne faiblit pas, reste dans le viseur. La Russie et les États-Unis demeurent également des régions stratégiques?: leur montée en puissance ne fait pas de doute pour M. Faber qui explique que «?la consommation par tête [y] est encore très modeste?». Outre-Atlantique, Danone s’est fait une place de choix au rayon des yaourts grecs qui représentent à eux seuls la moitié des achats de produits laitiers. Sur le reste de la gamme, la marge de croissance est donc énorme.

 

Casse-tête chinois

 

Autre sujet d’inquiétude?: la chute de près d’un tiers du bénéfice net du groupe au premier semestre 2015. L’une des explications principales de ce mauvais score tient en un nom?: Dumex. Rien ne va plus pour la marque de lait infantile implantée en Chine dont les ventes ne cessent de ralentir, plombées par le développement du e-commerce et de la distribution spécialisée. Il faut dire que deux ans après la fausse alerte pour botulisme lancée par Fonterra, l’un de ses fournisseurs, Dumex peine à faire oublier les scandales sanitaires qui ont entaché sa réputation.

 

Pour résoudre le problème, Danone rebat ses cartes et décide une réorganisation locale. «?Nous renforçons notre activité de nutrition infantile en nous appuyant sur le succès de nos marques internationales et sur notre partenariat avec Mengniu et Yashili?», explique Emmanuel Faber. Le montage est simple?: Dumex devrait fusionner avec Yashili, numéro un chinois du lait pour bébé, dont le capital est contrôlé par le groupe Mengniu dans lequel Danone détient 25?% de participation. Pour conserver ses 8,1?% de parts sur le marché en plein boom du lait infantile et espérer en conquérir de nouvelles, la restructuration et le recentrage sur des marques internationales semblent la solution adéquate. Le plus tôt sera le mieux?: le groupe espère boucler la fusion à la fin de l’année et augmenter de 2?% sa participation dans Mengniu. D’ailleurs, le rapprochement avec ce dernier pourrait se révéler d’un intérêt double puisque le groupe commercialise également des yaourts, du lait et des glaces. Autant de nouvelles opportunités de développement pour Danone sur un marché chinois qui attise les convoitises.

 

« Manifesto?»

 

Plus que ces défis à court terme, la direction a redéfini ses priorités pour les cinq prochaines années. «?Conduire le groupe vers une croissance forte, rentable et pérenne?», voilà l’objectif affiché du plan Danone 2020 lancé cette année. Préparé par Franck Riboud, ce sera finalement son successeur qui aura la tâche de veiller à sa mise en œuvre. Pour ce faire, le groupe a féminisé et renouvelé son Comex à 75?%. Surtout, deux postes de vice-présidents ont été créés?: Pascal De Petrini prend en charge les ressources stratégiques alors que Lorna Davis se voit confier le nouveau plan quinquennal. Intitulée «?Manifesto?», cette démarche d’entreprise est l’occasion de réaffirmer ses valeurs et de fédérer autour d’un nouveau projet commun. Danone veille à conserver son ADN.

 

Pour cela, c’est vers l’innovation et la protection de ses ressources (eau, lait, plastiques) que le groupe se tourne. «?Danone met en place graduellement son plan de transformation, […] fort de sa culture, de ses marques […] et du talent de ses équipes?», confirme Emmanuel Faber. La formule a séduit les actionnaires qui ont exercé l’option d’une rémunération de leur dividende en nouvelles actions à hauteur de 69,5?%. Malgré les difficultés, les perspectives annoncées au début de l’année 2015 ont été maintenues lors de la présentation des résultats semestriels. «?Ce que nous avons réussi en 2014 constitue une base solide sur laquelle nous appuyer pour les années à venir, veut croire le directeur général. Le maître mot demeure l’adaptation, notamment sur le marché européen dont les volumes ne cessent de décroître. « Le groupe n’a pas besoin d’entrer dans de nouveaux métiers pour se développer et atteindre ses objectifs, conclut d’ailleurs M. Faber.

 

S.V.

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