D. Kalfon (Sanso IS) : "La Fed comme la BCE se veulent prêtes à agir"

D. Kalfon (Sanso IS) : "La Fed comme la BCE se veulent prêtes à agir"
David Kalfon, Sanso Investment Solutions

Innovation, diversité, engagement, originalité… Les qualificatifs ne manquent pas pour désigner la société de gestion qui « respire » (Sanso signifie oxygène en japonais). Le point avec David Kalfon, président de Sanso Investment Solutions.

Décideurs. Qu'attendre de la Fed et de la BCE, et par conséquent des marchés en 2022 ?

David Kalfon. On aborde 2022 avec de la prudence. Les banques centrales ont besoin de montrer leur crédibilité et qu’il y a un pilote dans l’avion. Pour cela, elles se doivent d’acter les chiffres d’inflation jamais vus depuis trente ans. Soit elles ne réagissent pas, auquel cas elles risquent de se faire rattraper par les marchés obligataires avec des taux longs qui flamberaient et des secousses de marché assez fortes, soit elles commencent à montrer les dents, ce que fait très bien la Fed en précisant que le mot « transitoire » n’est plus approprié pour parler de l’inflation.

"Les banques centrales ont besoin de montrer leur crédibilité et qu’il y a un pilote dans l’avion"

La Fed comme la BCE se veulent prêtes à agir afin de remplir leur mandat premier qui est le contrôle de l’inflation et la stabilité des prix. À court terme, les éventuelles annonces de la Fed vont probablement secouer les marchés mais avec une maîtrise des taux longs. Une fois les premiers soubresauts engrangés, nous serions plutôt positifs sur les marchés dans un deuxième temps. Les problèmes sanitaires nous font cependant redouter que les banques centrales ne restent sur la défensive et n’attendent encore plusieurs mois avant de prendre des décisions.

Le pire est-il derrière nous en Chine ?

En tout cas, les mauvaises nouvelles sont déjà « pricées », notamment ce fameux risque politique qui est revenu en force depuis l’été dernier. On sait désormais que du jour au lendemain le gouvernement chinois peut rayer de la cote un secteur entier de la Bourse. Cela mérite des valorisations plus faibles et une prime de risque plus élevée. Est-ce que cela en fait l’endroit où il faut se ruer pour jouer le rebond ? Cela reste à voir. En revanche, on ne retrouvera probablement pas les niveaux de valorisation précédents, à cause justement de ce game changer politique.

On connaissait pourtant déjà le pouvoir d’intervention chinois…

À ce point-là non. S’attaquer dans la foulée aux secteurs de l’éducation privée et des jeux vidéo, avec au passage le nettoyage d’un ou deux milliardaires de l’immobilier et d’Internet… cela commence à faire beaucoup 

Que peut-on tirer de la COP 26 ?

Malgré quelques avancées concernant par exemple la réduction des émissions de méthane et la fréquence de révision des feuilles de route climatiques, la COP 26 n’a pas permis de faire coïncider les engagements politiques concrets avec une trajectoire de 1,5° ou même 2°. Un décalage demeure entre les promesses de long-terme et les actions envisagées à court et moyen-terme pour être en mesure de tenir ces promesses.

Quelle est la philosophie du fonds Sanso Smart Climate que vous venez de lancer au grand public ?

C’est une stratégie d’investissement que l’on gère depuis 2017. Beaucoup de fonds climat ont une forte tracking error, éloignés des indices de référence, et finalement souvent utilisés dans les allocations comme des fonds « satellites ». Nous avons fait le pari de créer un fonds climat cœur de portefeuille, avec une faible tracking error par rapport au MSCI Monde. Pour autant, son Active Share est de 70 % et il ne détient que 150 titres en portefeuilles. Nous analysons les sociétés selon deux axes. Le premier est leur exposition statique au risque climat. Le deuxième concerne la gestion dynamique par l’entreprise de ce risque. On s’autorise ainsi à investir dans des sociétés qui, bien qu’ayant un risque climat important, s’engagent dans la transition de leur modèle et la transformation de leurs pratiques. Nous ne voulons pas faire d’impasse sur des pans entiers de l’univers d’investissement.

"L’introduction d’une taxe carbone sur les bénéfices des entreprises coûterait environ 2,3 % d’Ebitda sur l’indice MSCI Monde"

Nous nous appuyons par ailleurs sur des données carbone de dernière génération. Selon le type d’indicateurs analysé, nous avons cherché le fournisseur le plus pertinent et, dans certains cas, développé nos propres outils de recherche. Pour effectuer ce travail de sélection, nous évaluons la stabilité des données du fournisseur, les méthodologies utilisées, les différences d’un prestataire à un autre. D’autre part, nous rentrons dans l’appréciation de mesures plus sophistiquées que la seule empreinte carbone, par exemple les parts brunes et vertes du portefeuille, son alignement par rapport à une trajectoire 2°C ou encore l’exposition d’une société au risque physique. Nous mesurons également l’impact qu’aurait l’introduction d’une taxe carbone sur les bénéfices des entreprises. Celle-ci coûterait environ 2,3 % d’Ebitda sur l’indice MSCI Monde, là où ce chiffre ne serait que de 1,1 % dans le portefeuille que l’on construit. Le reporting extra-financier est donc extrêmement riche pour ce fonds article 9 SFDR et en cours de labellisation ISR.

Qu’en est-il de l’intégration ESG plus globalement chez Sanso IS ?

Lorsque nous avons été rejoints par les équipes Cedrus Asset Management en 2017, nous avons fait le choix de ne pas séparer les compétences ISR de la gestion traditionnelle et avons appliqué la démarche responsable et les critères ESG à l’ensemble de nos process de gestion et de nos portefeuilles. Plus de 80 % des fonds de notre gamme sont a minima Article 8.

Parlez-nous d’Abraham Maslow…

Nous avons effectivement lancé il y a un an une stratégie basée sur des sociétés qui fournissent des biens ou services essentiels, répondant aux trois premiers niveaux de la pyramide de Maslow : les besoins physiologiques, de sécurité et d’appartenance sociale. Il nous a semblé intéressant d’aller jusqu’à la troisième marche, qui comprend les moyens de communication, afin d’intégrer des titres moins défensifs et d’équilibrer le portefeuille. L’idée est d’en faire un fonds tout terrain.

Comment vous démarquez-vous aujourd’hui en tant qu’asset manager ?

L’accompagnement de nos clients, notion que l’on retrouve dans « Investments Solutions », représente tout d’abord un point essentiel de notre identité. La capacité à faire du sur-mesure, à accompagner une profession comme les CGP, à développer toute une panoplie d’outils pour répondre à leurs besoins, tels que des fonds dédiés, la gestion pilotée ou la gestion sous mandat, sont autant d’éléments qui caractérisent Sanso IS.

Ensuite, nous faisons aujourd’hui non pas de l’ISR mais de l’innovation dans l’ISR. Sanso IS a lancé le premier fonds à échéance ayant reçu le label ISR et gère jusqu’à maintenant le seul fonds market neutral labellisé ISR. Notre fonds climat se distingue particulièrement et nous travaillons enfin sur les sujets de la biodiversité.

…qui feront partie de vos projets ?

Nous essayons pour l’instant de dresser un état des lieux des données existantes sur la biodiversité et de leur pertinence, tant financière qu’extra-financière, dans la gestion de portefeuille. Nous en sommes aux balbutiements en matière de data disponible. Côté obligataire, et grâce à l’arrivée d’Étienne Gorgeon, nous avons redynamisé notre offre et des nouveautés sont prévues pour 2022, notamment sur la gestion flexible.

Propos recueillis par Marc Munier

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