Création d’une formation en intelligence juridique

L’École de guerre économique (EGE), dédiée à la formation en management stratégique et intelligence économique, lance un nouveau programme à destination des cadres et des professionnels : le MBA Exécutive Intelligence Juridique. Véronique Chapuis, qui en assurera la direction, et Christian Harbulot, directeur l’école, expliquent l’intérêt de ce type formation pour les juristes, dont la fonction est en constante mutation.

L’École de guerre économique (EGE), dédiée à la formation en management stratégique et intelligence économique, lance un nouveau programme à destination des cadres et des professionnels : le MBA Exécutive Intelligence Juridique. Véronique Chapuis, qui en assurera la direction, et Christian Harbulot, directeur l’école, expliquent l’intérêt de ce type formation pour les juristes, dont la fonction est en constante mutation.

Décideurs Juridiques. Pour commencer, pouvez-vous nous rappeler la particularité des enseignements dispensés par l’École de Guerre Économique ?

Christian Harbulot.
 L’EGE a pour mission d’éveiller les consciences, de former ses étudiants à la compréhension de l’environnement et de l’écosystème qui les entourent. Depuis la création de l’école en 1997, notre ambition est de leur apprendre à apprendre la stratégie. L’EGE réunit des courants de réflexion assez innovants, dont certains ont vingt-cinq ans d’avance. Bien avant tout le monde, nous avons étudié l’évolution du marché mondial, les relations internationales et les enjeux économiques entre les grandes puissances. La grille de lecture que nous avions identifiée se vérifie chaque jour. Nous sommes les seuls à avoir analysé la problématique de l’économie à travers la construction d’une puissance. Cela explique la motivation de l’EGE à présenter cette nouvelle formation d’Intelligence Juridique.

Concrètement, que propose ce nouveau programme MBA Executive Intelligence Juridique ?

Véronique Chapuis. Ce MBA a pour objectif de permettre aux juristes de devenir des juristes stratèges pour inclure le droit dans la construction des stratégies et des projets. Il s’agit d’un programme unique en France qui s’insère dans une démarche plus globale de l’EGE avec des conférences, des ateliers et d’une section de recherche fédérant les acteurs du droit et de l’entreprise pour la construction de stratégies compétitives. Les enjeux couvrent le ou les droits applicables, mais aussi la jurisprudence, les projets de lois et réglementations, les normes de droit souple et les normes techniques, les règles déontologiques, les tendances des acteurs économiques, leur choix juridique, etc. Très vastes, ils couvrent tous les domaines du droit (privé, public, pénal, affaires, social, européen, international…) et tous les niveaux d'impact. C’est un axe de développement important de l’EGE car on ne peut plus douter du rôle du droit dans la guerre économique. Si les acteurs économiques veulent comprendre ce rôle dans les rapports de force et dans les stratégies de puissance, comme en témoignent les exemples des effets extra-territoriaux des lois américaines, il est essentiel de développer un dialogue inter-métiers entre décideurs et juristes et de savoir montrer les avantages compétitifs du droit. C’est là la valeur ajoutée de l’intelligence juridique déployée par l’EGE.

À ce propos, que recouvre la notion d’intelligence juridique ?

C. H. L'intelligence économique peut se définir comme la recherche et l'interprétation systématique de l'information accessible à tous, afin de décrypter les intentions des acteurs et de connaître leurs capacités. La notion d’intelligence juridique recouvre quant à elle la prise en compte des enjeux juridiques dans l'intelligence économique (quel que soit le droit applicable) et l’évolution des métiers du droit avec les services et outils associés.

En quoi ce MBA Executive Intelligence juridique peut-il créer de la valeur ajoutée dans le parcours d’un juriste ? A-t-il vocation à les transformer en business partners ?

V. C. Ce MBA est une opportunité incroyable offerte à tous les juristes au sens large, dans la mesure où il s’adresse aux professionnels du droit, de la conformité, de l’éthique et de la déontologie, de l’administration et de la finance. Les enseignants du MBA sont des professionnels renommés directeurs juridiques, avocats, professeurs de droit, économistes, politologue et VP de grands groupes mobilisés pour transmettre leurs savoirs comme leur connaissance des stratégies. Le MBA transmet des méthodes et des clés de compréhension des stratégies juridiques. Cette formation suit l’ambition historique de Christian Harbulot de former des juristes à la stratégie juridique pour répondre aux besoins des décideurs. Aujourd’hui, il ne convient plus seulement de parler de juriste mais bien de juriste stratège : celui-ci ne peut plus se contenter de dire le droit, d’apporter des solutions juridiques ou d’émettre des avis sur telle ou telle problématique. Le juriste doit aller au-delà, comprendre son environnement et savoir mettre en lumière les enjeux du droit, sa valeur ajoutée pour être plus efficace, pertinent dans sa fonction et intervenir au bon moment. Cette montée en compétence, grâce à cette formation, lui permettra de faire évoluer son rôle de business partner de l’entreprise ou de son client entreprise.

C. H.  Nous observons depuis plusieurs années une mutation du marché du droit des affaires français, qui s’apparente de plus en plus au marché anglo-saxon. Les conséquences ne sont pas anodines, puisque ce changement résulte d’une domination culturelle d’un pays sur l’autre par l’emprise d’un droit. Les technologies représentent également de nouveaux enjeux de puissance pour les états de droit, car ceux sont des véhicules de diffusion de la pensée d’un système juridique. Le monde du droit doit devenir moins hermétique dans les prochaines années.Notre société connaît des bouleversements profonds dont les juristes doivent saisir.

Selon vous, la force stratégique du droit est-elle encore trop souvent sous-estimée aujourd’hui ? En entreprise notamment ?

V. C. C’est un débat très actuel. Les juristes sont encore aujourd’hui regardés avec méfiance. Pour avoir à la fois pratiqué les droits anglo-saxon et français au cours de ma carrière, j’ai pu apprécier la relation étroite des entreprises anglo-saxonnes vis-à-vis de la common law, construite par la pratique.. En France, les juristes sont encore trop souvent consultés après la prise de la décision pour la « transcrire » dans des termes juridiques. Cette habitude historique empêche de tirer parti de la valeur du droit. C’est ce que le juriste stratège doit changer. .

C. H. Pour inverser la tendance, il appartient aux juristes de prendre les choses en main. Si ces professionnels ne s’extraient pas d’un quotidien qui consiste à appliquer des connaissances juridiques, ils risquent de passer à côté de la transformation de leur fonction et de ne pas apporter aux entreprises les solutions juridiques dont elles auraient besoin. Ils doivent certes être de très bons techniciens mais arriver également à prendre du recul sur une situation pour détecter les tendances, produire des grilles de lecture claires et concevoir des solutions stratégiques.

La crise sanitaire que nous traversons a-t-elle selon vous placés les juristes sur le devant de la scène ?

C. H. Aujourd’hui, plus que jamais, les juristes doivent se montrer audacieux : s’ils n’expriment pas eux-mêmes leurs besoins, personne ne le fera pour eux. D’où l’importance du dialogue, et de leur capacité de réflexion pour aider les entreprises à rester offensives.

V. C. Le lancement du MBA arrive à point nommé dans la mesure où il a vocation à éveiller l’esprit stratégique des juristes et à favoriser leur interopérabilité pour des mélanges avec des ingénieurs, économistes, financiers. Cette mixité est essentielle pour que les juristes se saisissent de tous les différents types de risques stratégiques de l’entreprise.

Propos recueillis par Marine Calvo

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