CPR AM : La croissance allemande navigue en eaux troubles

Les récents événements climatiques n’ont pas fait fondre que les glaciers de l'Antarctique. Les mauvais chiffres de la croissance allemande au second semestre 2018 vont de pair avec les niveaux particulièrement bas des fleuves traversant la quatrième puissance économique mondiale.

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Les récents événements climatiques n’ont pas fait fondre que les glaciers de l'Antarctique. Les mauvais chiffres de la croissance allemande au second semestre 2018 vont de pair avec les niveaux particulièrement bas des fleuves traversant la quatrième puissance économique mondiale.

N’en déplaise à certains climato-sceptiques, le réchauffement climatique affecte aussi l’économie mondiale comme en témoigne la croissance Outre-Rhin en 2018. Les récents événements climatiques ont désormais un impact sur les chiffres de la quatrième économie mondiale.

Le niveau des fleuves au plus bas

Depuis 1881, il n’avait jamais fait aussi chaud en Allemagne et les précipitations n’avaient jamais été aussi faibles. Corrélativement, les niveaux des fleuves d’Europe centrale ont chuté.

Conséquence directe de ce dérèglement météorologique, le transport maritime, qui représente 10 % du transport total de marchandises en Allemagne, et même 45 % aux Pays-Bas, a été particulièrement perturbé. Le Rhin, principale voie navigable d’Europe, longe pas moins de six pays : la Suisse, le Liechtenstein, l’Autriche, l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. Il relie également Rotterdam, neuvième port mondial, au plus grand port fluvial du monde, Duisbourg.

 

Le Rhin représente les deux tiers des volumes transportés par la navigation intérieure en Europe. Selon Destatis, l'office fédéral de statistiques allemand, près de 186 millions de tonnes de marchandises ont transité sur les eaux rhénanes en 2017.

 

L’industrie prend l’eau

Le Rhin est donc une ressource capitale pour l’économie du pays. La baisse de son niveau, en dessous de certains seuils critiques, n’a pas été sans effet sur de nombreux secteurs d’activité, comme la production énergétique, l’industrie ou encore l’agriculture.Par un effet boule de neige, la baisse des niveaux des fleuves et des quantités de chargement ont entraîné une augmentation du tarif des transports. De plus, le manque à gagner causé par les voies maritimes ne peut être compensé par les voies de transports terrestres, en cause le manque d’infrastructures et une pénurie de chauffeurs de camions en Allemagne. À titre d’illustration, en temps normal 100 000 tonnes de diesel naviguent de Rotterdam jusqu’à l’Allemagne chaque semaine. Pour la quatrième fois en quarante ans, le gouvernement a dû puiser dans les réserves stratégiques d’essence afin d’éluder tout risque de pénurie.

 

Le secteur industriel allemand avec un chiffre d’affaires composé à 8 % par l’industrie chimique, n’est pas épargné. Celle-ci utilise le Rhin non seulement pour le transport de marchandises, mais aussi pour le refroidissement de ses installations. Pour pallier les niveaux exceptionnellement bas du fleuve, les autorités ont dû imposer des restrictions sur les prélèvements d’eau à des fins de refroidissement, entraînant des ralentissements de production importants, voire dans certains cas l’arrêt total de certaines usines ayant dû invoquer la force majeure. À titre d’illustration, BASF, qui avait été contrainte de fermer temporairement son usine de Leverkusen, avait constaté une baisse de ses profits de 250 millions d’euros, ce qui correspond à 6 % de ses profits issus de l’exercice précédent. Fin novembre, la production chimique allemande reculait de 10 %.

 

Le secteur pour lequel les changements climatiques ont eu les effets les plus notables restera sans conteste l’industrie automobile. Dejà affaibli par le ralentissement de la demande chinoise et les changements de réglementations, les difficultés sur le Rhin ont accentué les complications pour rejoindre Duisbourg. Le port abrite le plus grand centre de pièces détachées du groupe Audi et le centre logistique de Volkswagen.

Les problématiques rencontrées par ces secteurs se ressentent également sur le plan macroéconomique aux troisième et quatrième  trimestre. Le think tank allemand IFW (Institue for the World Economy) estime que ce phénomène était à l’origine d’une baisse de 0,2 % de croissance trimestrielle au T3 et 0,1 % au T4. De plus, la chute du niveau a été si forte l’automne dernier, qu’il est légitime de penser que l’effet a été encore plus fort au T4. Les conditions climatiques extrêmes ont coûté à l’Allemagne au moins 0,3 point de croissance sur l’année 2018.

Et demain ?

Le retour de la pluie depuis le mois de décembre devrait entraîner un rebond significatif de l’économie sur le T1 2019. Mais il est important que des constats soient tirés de l’épisode de sécheresse du second semestre 2018.

Au delà des limites des infrastructures permettant que les voies maritimes restent empruntables et le manque d’alternatives terrestres, un constat s'impose. Il est nécessaire que le gouvernement d’Angela Merkel mette en place une politique afin pouvoir faire face aux changements climatiques, qui risquent de devenir plus fréquents à l'avenir. Des initiatives sont dès à présent mises en place sur les marchés de la finance, comme en témoigne le lancement par CPR AM du fonds baptisé CPR Climate Action. L’économie allemande ne navigue pas sur un long fleuve tranquille.

Tiphanie Cliche

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