Le secteur aérien cloué au sol

Les restrictions du trafic aérien liées à la pandémie ont plongé le secteur dans la plus grave crise de son histoire. Les compagnies aériennes pourraient engranger deux fois moins de recettes qu’en 2019. Et un retour à la normale ne serait pas prévu avant l’année prochaine.

Les restrictions du trafic aérien liées à la pandémie ont plongé le secteur dans la plus grave crise de son histoire. Les compagnies aériennes pourraient engranger deux fois moins de recettes qu’en 2019. Et un retour à la normale ne serait pas prévu avant l’année prochaine.

Plus le ciel s’éclaircit et plus l’avenir du transport aérien s’assombrit. L’Association du transport international aérien (IATA) a fait part de ses prévisions pour l’année 2020. Après une baisse envisagée de 44 % des revenus issus des ventes de billets aux passagers, hors fret, l’organisme a tablé, mardi 14 avril, sur une chute des recettes de 55 %, soit 314 milliards de dollars. Il n’est d’ailleurs pas exclu, dans le cas d’une deuxième vague en Asie, que ce scénario empire. 

Une demande en baisse de moitié

Le transport aérien traverse la plus grave crise de son histoire. Pour bien se rendre compte de son ampleur, rappelons la dernière baisse du trafic aérien, constatée en 2009. La demande de billets avait alors décru de 3,5 % par rapport à l’année précédente. Cette année, la demande devrait chuter de 48 % d’après la dernière estimation de l’IATA, soit un rapport de 1 à 14. Vertigineux. 

Alors que les avions sont cloués au sol, les factures continuent de tomber. Estimées à 400 millions d’euros chaque jour pour l’ensemble du secteur, Air France-KLM déclare que ses pertes s’élèvent, début avril, à 25 millions d’euros par jour. À cette allure, la plupart des compagnies seront vite à court de liquidités. 

Air France-KLM déclare que ses pertes s’élèvent, début avril, à 25 millions d’euros par jour.

L’IATA en appelle donc aux États pour limiter la casse. Sous plusieurs formes. Qu’il s’agisse de reports de taxes ainsi que de prêts garantis, voire d’un soutien financier direct. Beaucoup ont d’ores et déjà réagi. Mi-mars, le gouvernement italien annonçait la renationalisation d’Allitalia, déjà en difficultés financières ces dernières années. 

Plus de 65 millions d’emplois menacés à travers le monde

Du côté de la France et des Pays-Bas, le scénario mis sur la table est la garantie de prêts pour un montant total d’environ 6 milliards d’euros, dont 4,1 milliards pour Air France, pour une période de 12 à 18 mois. Cependant, ni la direction d’Air France-KLM ni les banques ne se satisferaient d’une garantie portée à 75 %. Le gouvernement néerlandais aurait déjà proposé de garantir le prêt à KLM à hauteur de 90 %. Et il est probable que leurs homologues français fassent de même. 

Ces mesures s’avèrent nécessaires pour sauvegarder un secteur économique qui a connu une croissance moyenne de 5,5 % par an au cours de la dernière décennie. Les compagnies aériennes sont ainsi au cœur d’une chaîne de valeur comprenant quelque 65,5 millions d’emplois dans le monde, soit autant que l’ensemble des actifs de l’Italie et de l’Allemagne réunis. 

La reprise pas avant 2021

S’il est périlleux d’échafauder des prévisions, un grand nombre d’acteurs estiment que le retour à un rythme d’avant crise ne se fera pas cette année. D’après un sondage informel réalisé par le cabinet d'études spécialisé dans le voyage, OAG, auprès de 5 000 participants à ses deux récentes web-conférences sur l'impact de la crise, la majorité de ces professionnels et experts du secteur ne voit pas de retour à la normale du voyage d'affaires, cœur de cible des compagnies, avant au mieux, l'an prochain. 

En revanche, une petite majorité des sondés mise sur un retour plus rapide du trafic loisirs, fondé sur le trafic affinitaire et les promotions tarifaires qui pourraient se multiplier à la reprise. D’ici là, nous verrons si les voyageurs potentiels auront encore plus soif de voyages après des semaines de confinement.

Victor Noiret

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