Les craintes du CNB pour la profession d'avocat

Le Conseil national des barreaux (CNB) a rendu publics les résultats de son enquête sur les conséquences de la crise dans les cabinets. Les conclusions sont préoccupantes : 28 000 avocats pourraient quitter la profession. Une sonnette d’alarme à l’attention de la chancellerie.

Le Conseil national des barreaux (CNB) a rendu publics les résultats de son enquête sur les conséquences de la crise dans les cabinets. Les conclusions sont préoccupantes : 28 000 avocats pourraient quitter la profession. Une sonnette d’alarme à l’attention de la chancellerie.

Entre ceux qui projettent de changer de profession (28 %), les retraites anticipées (6 %) et les fermetures définitives de cabinets (6 %), ils seraient environ 28 000 à quitter la profession dans les prochains mois. Les avocats sont, comme de nombreux autres acteurs économiques, durement touchés par la crise sanitaire. C’est le constat réalisé par leur institution représentative grâce à une enquête ouverte durant quatre jours lors de la troisième semaine de confinement (du 8 au 12 avril). Plus de 10 000 avocats y ont répondu sur les quelque 70 000 qui exercent en France. « Notre profession connaît une situation de crise depuis trois mois. Cette dernière va s’inscrire dans la durée et le plus difficile est devant nous », a commencé par dire Christiane Féral-Schuhl, la présidente du CNB. Les chiffres sont sans appel : 41 % des avocats individuels ont totalement arrêté de travailler et 80 % des répondants déclarent que leur chiffre d’affaires s’est réduit de plus de 50 %.

Renoncer à leur rémunération

L’implication des avocats dans la cité en revanche est notable. Ainsi, ils œuvrent pour la sauvegarde de leur activité et la survie de leurs cabinets. Alors que 91 % des collaborateurs sont en télétravail, ils déclarent tous (à 91 %), quel que soit leur statut (collaborateur ou associé), payer leurs charges sociales et professionnelles. Soixante-dix-sept pour cent d’entre eux vont renoncer partiellement ou totalement à leur propre rémunération pour assurer la survie de leur cabinet. « Les avocats supportent sur leurs propres deniers les conséquences de la crise », constate leur présidente. 

Certains appellent toutefois à l’aide des institutions et des pouvoirs publics : 61% des avocats individuels prévoient de solliciter le fonds de solidarité mis en place par le gouvernement, 28 % se tourneront vers la CNBF, leur caisse nationale, et 20 % demanderont un soutien financier à leur ordre. « La réponse de l’État est insuffisante et inadaptée pour notre profession », commente Christiane Féral-Schuhl.

Les salariés seront les premiers touchés

Cette enquête donne surtout une image des avocats individuels puisque ce sont les plus nombreux à y avoir participé. Leur activité est principalement judiciaire. Ils sont touchés de plein fouet par la fermeture des tribunaux. Le CNB rappelle à ce sujet que le manque d’uniformisation dans l’organisation juridictionnelle actuelle renforce la situation de crise. En effet, les tribunaux fonctionnent en ordre dispersé puisque la ministre de la Justice a donné les clés du plan de continuation à chaque président de juridiction. « Cela a instauré une justice à 164 vitesses, autant qu’il y a de tribunaux en France », regrette Christiane Féral-Schuhl.

Autre élément important : 69 % des répondants affichent un revenu inférieur à 60 000 euros par an. Cela s’explique notamment par le fait que les associés des cabinets d’avocats d’affaires ont certainement considéré que leur seule réponse valait pour l’ensemble de leur cabinet. Il n’en demeure pas moins que la plupart des participants à l’étude exercent en province, ce qui évince les structures aux effectifs les plus importants.

Pour ce qui est des situations les plus sombres, les salariés seront les premiers touchés. L’enquête montre que 1 % des cabinets ont déjà licencié, 6 % seront contraints de le faire prochainement. Il s’agit des fonctions administratives et support des cabinets d’avocats puisqu’une minorité d’avocats exercent sous le statut de salariés. Les collaborateurs seront eux aussi touchés : 10 % des répondants envisagent d’ores et déjà de résilier certains contrats de collaboration. Pour l’heure, les structures semblent relativement préservées puisque seuls 2 % des cabinets envisagent une déclaration de cessation de paiement. Ils sont en revanche 23 % à prévoir une mesure de protection judiciaire de leur cabinet.

Pascale D’Amore

Vous avez apprécié cet article ? Likez Magazine Décideurs sur Facebook !

retrouvez l'intégralité du dossier Avocats d'affaires et coronavirus : les armes contre la crise

S'engager dans la lutte • Surmonter les difficultés • Tirer les enseignements • Préparer l'avenir
Sommaire La digitalisation comme moyen de survie Rester aux commandes de son cabinet Comment communiquer en période de crise ? La rémunération des associés, première variable d’ajustement La solidité financière des cabinets, garantie de leur avenir Les avocats privés de palais Ces avocats spécialistes du contentieux qui ne chôment pas Confidences d’avocats confinés Quand la crise rebat les cartes des practices
Marguerite Brac de La Perrière rejoint Lerins & BCW

Marguerite Brac de La Perrière rejoint Lerins & BCW

Après dix années passées au sein du cabinet Alain Bensoussan Lexing dans lequel elle a créé puis dirigé le département santé numérique, Marguerite Bra...

Matthieu Grollemund arrive chez Hogan Lovells

Matthieu Grollemund arrive chez Hogan Lovells

Matthieu Grollemund, ancien co-directeur du département corporate de Baker McKenzie, rejoint Hogan Lovells accompagné de son équipe. Sa pratique du pr...

Renforts en corporate chez Jeantet

Renforts en corporate chez Jeantet

Stephen Walters rejoint Jeantet en qualité d'associé. Accompagné de son équipe, il consolidera la pratique internationale du pôle corporate du cabinet...

Lacamp Avocat vise les contentieux franco-chinois

Lacamp Avocat vise les contentieux franco-chinois

Louis Lacamp lance Lacamp Avocat, une structure consacrée à la résolution des litiges commerciaux français et chinois.

Le costume sur mesure de Julie Couturier

Le costume sur mesure de Julie Couturier

Celle qui a revêtu la robe d’avocat le 1er mars 1995 portera à partir du 1er janvier 2021 l’habit de bâtonnier de Paris. Pas question cependant pour J...

Geoffroy Goubin devient associé chez Bougartchev Moyne

Geoffroy Goubin devient associé chez Bougartchev Moyne

Première cooptation pour le cabinet spécialiste de la défense pénale et du contentieux des affaires Bougartchev Moyne Associés : Geoffroy Goubin est p...

L’article R.442-1.a du Code de l’urbanisme a-t-il encore un avenir ?

L’article R.442-1.a du Code de l’urbanisme a-t-il encore un avenir ?

Peut-on encore se dispenser d’un permis d’aménager ou d’une déclaration préalable pour diviser un terrain en vue d’une opération immobilière important...

Nouvelle équipe en immobilier chez Altana

Nouvelle équipe en immobilier chez Altana

Altana accueille l’avocate spécialiste du droit immobilier Amélie Pinçon accompagnée de quatre de ses collaboratrices.

Lire plus d'actualités

Newsletter savoir pour agir

N'avancez plus à l'aveugle

Ne plus afficher ce message

Ce site utilise des cookies. En continuant la navigation, vous acceptez nos conditions d'utilisation des cookies.
Plus d'informations

J'accepte