Coronavirus. Focus sur la méthode israélienne

L’État hébreu, qui a très vite pris conscience du danger constitué par le Covid-19, a opté pour des mesures fortes et efficaces. Quitte à contourner le Parlement et à laisser quasi-carte blanche aux services de sécurité.

L’État hébreu, qui a très vite pris conscience du danger constitué par le Covid-19, a opté pour des mesures fortes et efficaces. Quitte à contourner le Parlement et à laisser quasi-carte blanche aux services de sécurité.

Les amateurs de littérature post-apocalyptique connaissent forcément World War Z, de Max Brooks. Pour les autres, le scénario est somme toute assez simple et peut se résumer en quelques mots : une pandémie qui transforme les malades en zombies tue 85% de l’humanité. Mais quelques pays prévoyants parviennent à juguler le fléau et à sauver leurs habitants. Parmi eux, Israël qui décide de fermer ses frontières pour se protéger d’un mal mystérieux et peu documenté venu de Chine.

Fermeture des frontières

L’épidémie de Coronavirus prouve que, parfois, la réalité rattrape la fiction. Alors que de nombreux experts français, à l’instar de Michel Cymes écument les médias pour railler la "grippette" et expliquer que "tout est sous contrôle", l’État hébreu est le premier à prendre des mesures fortes. Dès le 24 février, tous les vols en provenance du Japon, de Chine, de Corée-du-Sud, de Hongkong et de Singapour sont annulés. Les derniers arrivants sont priés de se placer en quatorzaine sous le contrôle des autorités sanitaires. Le 5 mars, les frontières sont fermées aux Italiens, aux Français et aux Allemands, les avions venant de ces pays sont eux aussi bannis. Puis, le 18 mars, un jour après le début du confinement, le gouvernement annonce que "suite aux recommandations du ministère de la Santé, il a été décidé qu’à partir d’aujourd’hui, les étrangers qui ne sont pas citoyens d’Israël, ni résidents permanents ne pourront plus entrer sur le territoire". Une décision censée limiter l’arrivée de cas venus de l’étranger. Mais l’érection de barrières aux frontières n’est pas le seul moyen d’action et un plan de lutte est rapidement mis en place.

La classe politique passe la main

Celui-ci n’est pas mené par la classe politique qui n’attire pas la confiance pour cause de corruption, d’alliances électorales illogiques et d’incapacité à former des gouvernements stables. En revanche, les forces de sécurité jouissent d’un relatif prestige. Ce sont donc elles qui prennent la main. Dès le début de la crise, elles utilisent leurs compétences logistiques pour importer des tests, des masques, des gants de protection. Il fallait bien un savoir-faire militaire pour rapatrier des stocks bien souvent chinois, sur lesquels de nombreuses nations avaient des vues. Comme à Taïwan , des usines militaires locales ont elles été mises à contribution. Suffisamment pour imposer, dès fin mars, le port du masque dans les lieux publics sous peine d’une amende de 70 euros.

Le Shin Beth a généralisé les outils de traçage utilisés habituellement dans la lutte anti-terroriste

Si le pays a été l’un des premiers à lancer une appli de tracking nommée HaMagen, soit le bouclier (elle a été téléchargée plus d’un million de fois en une semaine), il est allé encore plus loin. Dès le 19 mai, le Shin Beth, soit les services de sécurité intérieure, ont généralisé les outils d’écoute et de traçage utilisés habituellement dans la lutte contre le terrorisme. Le tout sans passer par la Knesset. Cela a permis aux autorités de recouper l’itinéraire d’une personne infectée, de localiser les foyers épidémiques et de placer les malades potentiels en quarantaine. Très vite, les Israéliens ont été habitués à recevoir des messages tels que : "Selon une enquête épidémiologique, vous étiez le (date) à proximité d’un malade du Coronavirus, placez vous immédiatement en quarantaine, vous et vos proches". Et gare aux désobéissants traqués et punis d’amende en cas de non-respect de la quarantaine.

Les résultats de cette politique mêlant prévoyance, tracking, tests et masques et confiance aux experts sont là. Le 22 avril 2020, Israël compte 187 décès, soit deux pour 100 000 habitants tandis-que la Belgique, pays de population à peu près similaire, déplore 55 morts pour 100 000 habitants. Le pays méditerranéen aurait même pu passer sous la barre de la centaine de décès. C’est sans compter sur les juifs ultra-orthodoxes.

Le problème ultra-orthodoxe

Pour cette communauté à la piété exacerbée, les choses sont simples : les règles religieuses doivent primer sur celles de l’État et les rabbins sont plus écoutés que les autorités. Dès la mise en place du confinement, le rabbin Haïm Kanievsky, l'un des porte-voix de la communauté, a affirmé que "renoncer à étudier la Torah est plus dangereux qu’attraper le virus". Alors que le pays se confinait, les juifs orthodoxes ont continué à fréquenter les synagogues et les écoles talmudiques. Ajoutons à cela le fait que cette communauté est plus pauvre que la moyenne, avec un taux de natalité très élevé et des logements surpeuplés. Un cocktail explosif.

Les ultra-orthodoxes représentent la moitié des décès pour 12% de la population

Logiquement, les ultra-orthodoxes qui constituent 12% de la population israélienne, comptent pour la moitié des décès. Et les clusters de malades du Covid-19 sont sans surprise les quartiers dans lesquels ils ont élu résidence, notamment Bnei Brak, ville de 200 000 habitants dans la banlieue de Tel Aviv. Face à la mortalité galopante, les rabbins ont fait machine arrière et la contagion semble désormais contenue. Mais aucune foi n’est plus puissante que le virus. Les évangélistes américains qui se sont entassés dans les églises pour fêter Pâques commencent d’ailleurs à le réaliser…

Lucas Jakubowicz

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