Coronavirus au Brésil, le fiasco Bolsonaro

Le Brésil est le pays du monde où le virus progresse le plus rapidement depuis quelques jours. Pas de quoi alarmer son président qui continue à combattre le confinement et à parler de grippette.

Le Brésil est le pays du monde où le virus progresse le plus rapidement depuis quelques jours. Pas de quoi alarmer son président qui continue à combattre le confinement et à parler de grippette.

C’est un chiffre qui fait froid dans le dos. Le 13 mai, 881 brésiliens sont décédés du coronavirus et l’épidémie connaît une progression foudroyante alors qu’elle semble en repli presque partout dans le monde. Pour le moment, 12 400 personnes seraient officiellement décédées mais, selon bon nombre d’observateurs, le chiffre pourrait être cinq fois supérieur.

Déni

Cette situation s’explique facilement par l’attitude du président Jair Bolsonaro. Pour lui, les choses sont simples : le covid-19 n’est qu'une grippette et priorité doit être donnée à l’économie. Si certains gouverneurs, notamment à Sao Paulo, ou plus récemment dans les États du nord du pays, ont pris des mesures de confinement, le président est loin de leur apporter son soutien, loin de là… Dans un discours à la nation, le dirigeant d’extrême droite développe une stratégie aux antipodes de celle de ses homologues :  circulez, il n’y a (presque) rien à voir ! "Beaucoup de médias ont exploité le sentiment de peur et propagent la panique. Ils annoncent un grand nombre de morts en Italie alors que c’est un pays avec beaucoup de personnes âgées, contrairement au Brésil. Certes, mais le jour le plus meurtrier connu par l’Italie est le 20 mars avec 627 décès à la clé. Le Brésil se place loin devant avec un record quotidien de 881 victimes alors que l’épidémie n’en est probablement qu’à ses débuts. Même si le pays compte 210 millions d’habitants contre 67 pour l’Italie, les propos sont pour le moins déplacés puisque le Brésil ne semble pas encore avoir atteint le plateau épidémique…

Haro sur le confinement

Logiquement, le confinement est donc un non-sens pour Bolsonaro qui a appelé à "arrêter la politique de la terre brûlée de certains gouverneurs ayant instauré des confinements massifs des transports, des commerces. SI le groupe à risque est celui des plus de 60 ans, pourquoi fermer des écoles ? Il faut revenir à la normalité."

Certains brésiliens manifestent contre le confinement. Ils peuvent compter sur le soutien de leur président !

Ce retour à la normalité passe notamment par des sanctions contre les responsables politiques qui appellent à prendre des mesures sanitaires strictes. Impossible pour le chef de l’État de limoger des maires ou des gouverneurs. Mais, dénonçant un "manque d’humilité", Bolsonaro s’est séparé, le 16 avril de son populaire ministre de la santé Luiz Henrique Mandetta. Ses torts ? Appeler à une "action nationale", inviter à "s’inspirer de ce qui se fait ailleurs" et inciter ses concitoyens à "croire en la science". Intolérable pour le président, militaire de formation qui dirige personnellement la gestion de la crise sanitaire. A sa manière puisqu’il s’est notamment rendu à une manifestation contre le confinement ! Le successeur de Mandetta, Nelson Teich, semble plus docile, ce qui facilite les choses…

Pompier pyromane

Malgré la progression de la pandémie et le fait que le confinement soit la meilleure des protections, le président fait la sourde oreille et entend gérer la crise à sa façon, c’est-à-dire, pour reprendre ses propres mots, "En croyant en Dieu et en gardant la tête haute". Hors de question pour lui de durcir le confinement, comme la raison l’imposerait. Pour le populiste, la priorité est ailleurs. Lundi 11 mai, sans prévenir le nouveau ministre de la santé, il a pris unilatéralement un décret considérant les salles de musculation, les salons de coiffure et les cabinets d’esthéticiennes comme des "activités essentielles".

Bolsonaro a personnellement décrété que les salons de coiffure et les salles de sport resteraient ouverts

Ces commerces resteront donc ouverts, sans obligation de respecter des gestes barrières. Dans une conférence de presse organisée le 12 mai, Bolsonaro assume sa décision en déclarant que "ces secteurs représentent un million d’emplois" et que "celui qui est aujourd’hui à la maison, sédentaire, augmente son taux de cholestérol, le problème de stress. S’il peut aller dans une salle de musculation, il aura une meilleure santé, même chose avec le coiffeur".

Avec cette attitude, Bolsonaro reste fidèle à ses principes : la maladie est sous contrôle. Un avis que ne semblent pas partager les Brésiliens. Le taux de popularité du président de la première puissance d’Amérique du Sud est en chute libre puisqu’elle atteint 36% fin avril contre 48% en janvier. Et encore, ces sondages ne tiennent pas compte de l’hécatombe de ces deux dernières semaines.

Lucas Jakubowicz

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