COP24 : minimum syndical

La COP24 s'est achevée avec l'adoption tant attendue des règles d'application de l'accord de Paris sur le climat. Pourtant, ces quinze jours de discussions dégagent une impression d'inachevé, tant l'urgence climatique tranche avec le manque d'ambition des parties.

© JanekSkarzynski/AFP

La COP24 s'est achevée avec l'adoption tant attendue des règles d'application de l'accord de Paris sur le climat. Pourtant, ces quinze jours de discussions dégagent une impression d'inachevé, tant l'urgence climatique tranche avec le manque d'ambition des parties.

« Le principal mérite de l’accord de Katowice, c’est qu’il existe, malgré un contexte international difficile. Mais il est clair que la lutte contre le changement climatique ne va ni assez vite ni assez loin. » Cinglante, la sortie de Laurent Fabius, ancien président de la COP21, résume à merveille ce qu'a été la 24e conférence des parties, qui s'est tenue entre les 2 et 15 décembre derniers dans la ville de Katowice, en pleine région carbonifère de Pologne.

Il est vrai que la situation géopolitique n'incitait en rien à l'optimisme. Cours du brut qui repart à la baisse, production de schiste américain au plus haut, climatosceptisme en vogue… Bien des éléments bloquants semblaient s'accumuler depuis plusieurs mois, au point de considérer comme une victoire le seul fait d'avoir évité le fiasco d'une non-signature. Mais peut-on seulement parler d'autre chose après trois ans de préparation ? Dans son dernier rapport spécial du mois d'octobre, le Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) pressait les dirigeants mondiaux de prendre de toute urgence des mesures permettant de renforcer l'objectif fixé à Paris il y a trois ans, à savoir limiter le réchauffement climatique à deux degrés. Face à l'alarmisme des experts, la seule réponse que le quatuor États-Unis-Russie-Arabie saoudite-Koweït a bien voulu valider a été d'accueillir « favorablement » les conclusions du Giec, « invitant » simplement les États à en tenir compte, sans autre recommandation supplémentaire. Une réponse bien maigre par rapport au fossé mis en avant par le Giec entre les conséquences d'un réchauffement mondial de deux degrés et un demi degré d'effort supplémentaire. Quant au prix du carbone, il est de nouveau le grand oublié des négociations. Pour rappel, au rythme actuel, les émissions mondiales de CO2 suivent une trajectoire conduisant à une hausse de 3,2°C d'ici à 2100 par rapport à l'époque préindustrielle.

Cette grand-messe aura donc rempli son objectif prioritaire, à savoir faire tomber d'accord 196 pays sur les règles d'application de l'accord de Paris, détaillées dans les 130 pages d'un rulebook établissant les modalités de suivi des actions nationales et permettant sa mise en oeuvre effective en 2020. Le texte fixe notamment des règles concernant les engagements des États en matière d'atténuation et d'adaptation au changement climatique. Concernant le soutien financier, les pays développés se sont engagés à porter à 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 les financements (publics et privés) des politiques climatiques des pays en développement. La Banque mondiale a également annoncé la mobilisation d’environ 200 milliards de dollars sur la période 2021-2025 pour aider ces pays, soit un « doublement » par rapport à la période précédente. Si les apparences sont sauves, un arrière-goût d'inachevé reste tout de même tenace chez les observateurs. Pour espérer mieux, les regards sont maintenants tournés vers le sommet spécial sur le climat convoqué par le secrétaire général des Nations unies en septembre 2019, puis vers la COP25 qui se déroulera au Chili en décembre 2019.

Boris Beltran

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