Plan de relance : premières réactions des entreprises affectées par la crise sanitaire

La Délégation sénatoriale aux entreprises organisait, le 23 septembre, une table ronde sur les conséquences de la situation sanitaire auprès des entreprises avec leurs représentants écoutant leurs premières réactions au plan de relance. Une réunion, à l’issue de laquelle, il ressort que, sans être alarmante, la situation n’en reste pas moins préoccupante.

La Délégation sénatoriale aux entreprises organisait, le 23 septembre, une table ronde sur les conséquences de la situation sanitaire auprès des entreprises avec leurs représentants écoutant leurs premières réactions au plan de relance. Une réunion, à l’issue de laquelle, il ressort que, sans être alarmante, la situation n’en reste pas moins préoccupante.

Inquiets, perplexes, mais aussi déterminésc’est ainsi que sont apparus les dirigeants lors de cette table ronde organisée au Sénat. Étaient présents côté dirigeants, Pierre Goguet, président de CCI France (l’établissement national fédérateur et animateur des Chambres de Commerce et d’Industrie), François Asselin, président de la CPME (Confédération des Petites et Moyennes Entreprises), Joël Fourny, président de CMA France (Chambre des Métiers et de l’Artisanat France) et Olivier Schiller, administrateur du Meti (Mouvement des Entreprises de Tailles Intermédiaires). Les sénateurs, quant à eux, étaient présidés par la sénatrice du Rhône, Élisabeth Lamure. 

Sans être alarmant sur la période actuelle, le constat dressé par ces dirigeants à la Délégation sénatoriale aux entreprises laisse planer de sérieux doutes sur l’évolution de la situation. Si les mesures prises par le gouvernement ont bel et bien sauvé la situation, cela risque de n’être que de manière temporaire, incomplète et parfois dangereuse pour certaines entreprises.  

Le PGE, mirage d’une solution miracle ? 

Le Prêt Garanti par l’État (PGE), une des solutions développées par le gouvernement, aura profité à beaucoup d’entreprises dans quasiment tous les secteurs d’activité. Ainsi, près de 70 % des ETI en ont bénéficié. Un chiffre pourtant nettement inférieur dans certains secteurs spécifiques, comme l’artisanat où il n’atteint qu’à peine 30 %.  

Alors que plus de 120 milliards d’euros de prêts, garantis de 70 à 90 % par l’État, ont été accordés par les banques à ce jour, ces chiffres encourageants cachent finalement, à moyen terme, une réalité tout autre.  

D’ores et déjà, bon nombre d’entreprises demandent que le délai de remboursement du PGE, sur 5 ans actuellement, soit revu à la hausse. En outre, le taux du PGE varie selon la durée dudit prêt, ce qui, dans la conjoncture actuelle, n’a pas de sens. En effet, une entreprise qui demande un délai de remboursement plus long face aux difficultés importantes rencontrées se verra pénaliser par ce taux variable, nécessairement plus élevé alors qu’elle est dans la nécessité de réaliser ce prêt sur une longue durée

Enfin, et c’est aussi une raison qui explique que toutes les entreprises n’ont pas bénéficié du PGE, certaines l’auraient refusé pour le moment afin de préserver leur image financière craignant d’être déclassées par la Banque de France dans ses notations. En effet, celle-ci continue de percevoir des résultats chaque mois et ajuste les notations des entreprises alors qu’elles se trouvent encore en plein plan de relance.  

Un "prêt de consolidation" pour assurer une reprise économique sereine 

Une des idées avancées par François Asselin pour éviter le "mur des dettes" est de créer un "prêt de consolidation". Celui-ci serait en fait un prêt qui couvrirait l’ensemble des dettes d’une société, PGE compris, afin d’étaler leur remboursement sur une durée plus longue. "De 7 à 10 ans", recommande-t-il.  

Fabien Gay, sénateur et vice-président de la Délégation, estime de son côté qu’il est nécessaire "d’attaquer le PGE ". Selon lui, il faudrait même aller plus loin et le transformer en capitaux propres. Une idée proche d’une autre proposition de François Asselin, qui considère que le prêt participatif n’a pas été assez développé dans cette période, parlant d’augmenter son montant de 3 à 20 milliards d’euros afin de le rendre réellement viable.  

Une décentralisation nécessaire pour une réponse adaptée et efficace 

Enfin, dernier constat de cette table ronde, la disparité des effets de la crise sur les entreprises tient aussi à leur secteur d’activité ou encore à leur emplacement géographique. Ainsi en est-il de l’hôtellerie qui n’a pas été touchée de la même manière en région parisienne que dans les stations balnéaires où l’été a finalement été presque normal.  

Une disparité qui atteint en même temps toutes les entreprises de sous-traitance, souvent artisanales, comme le souligne Joël Fourny. Et ce, en dépit de mesures mises en place par ailleurs, en vue de reporter le remboursement des emprunts et dettes sociales de ces sociétés artisanales. Des mesures prises sans pour autant être réellement adaptées au cas par cas. L’aéronautique et l’automobile étant, par exemple, des secteurs touchés de manière plus virulente que d’autres.  

Face à cet état des lieux, la sénatrice Anne Chain-Larché défend la nécessité d’une décentralisation. À ses yeux, il faudrait aujourd’hui arrêter de tout centraliser pour que les décisions soient prises en adéquation avec les situations locales. Olivier Schiller ajoute qu’il serait bon de prendre exemple sur les Länder allemands qui apportent directement de l’argent aux sociétés en difficulté, en fonction des retombées de la crise, dans leur zone géographique. 

L’appel aux Français pour redresser l'économie

Culturellement plus attirés par l’épargne que par l’investissement, celui-ci reste le parent pauvre des placements pour les citoyens français. Pourtant, aujourd’hui, il serait préférable de pouvoir compter sur cette manne d’argent que représente l’épargne pour soutenir, notamment, les PME locales par l’investissement. François Asselin, tout en reconnaissant la difficulté de la manœuvre, explique qu’il est nécessaire de le rendre plus attrayant que l’épargne auprès des ménages français. Il avance notamment que, pour ce faire, il faudrait prendre des mesures fiscales avantageuses à destination des particuliers choisissant d’investir dans des sociétés locales.  

Un appel qui vaut aussi pour les indépendants qu’il faudrait protéger de manière spécifique en cette période économique trouble. Des personnes physiques sur qui pèse aujourd’hui un poids énorme face à la situation économique actuelle. S’ils devaient déposer le bilan, ils seraient alors engagés sur leurs biens propres, contrairement aux sociétés protégées par la personnalité morale. Sur ce point, François Asselin souhaite que les dettes sociales soient rattachées à la personne morale et non plus à la personne physique.  

Les mesures efficaces prises par le gouvernement risquent d’être insuffisantes pour assurer une reprise économique sereine et viable aux entreprises. Pour autant des solutions peuvent être encore mises en place et le travail conjoint de ces dirigeants avec le Sénat pourrait en être un des fers de lance.  

David Glaser

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