Conseil européen, la succession à Donald Tusk est ouverte

À un mois du remaniement à la tête des postes clés de l’Union, les paris sont ouverts sur l’identité du possible successeur de Donald Tusk à la présidence du Conseil européen. En tête des favoris : Angela Merkel et Mark Rutte.

À un mois du remaniement à la tête des postes clés de l’Union, les paris sont ouverts sur l’identité du possible successeur de Donald Tusk à la présidence du Conseil européen. En tête des favoris : Angela Merkel et Mark Rutte.

L’élection des députés est à peine achevée que, déjà, un autre dossier européen occupe les esprits : celui du mercato des dirigeants aux postes clés de l’Union. Parmi ceux-ci, celui du président du Conseil, l’instance supposée jouer un rôle de « facilitateur » entre les Etats membres et par ailleurs chargée d’établir les orientations politiques générales de l’Union et de fixer ses priorités. Un rôle clé, donc, occupé par Donald Tusk depuis mars 2017.

Parmi les personnalités données favorites pour lui succéder, deux noms semblent dominer la mêlée : ceux de la chancelière allemande Angela Merkel et du premier ministre néerlandais Mark Rutte.

Figure emblématique

Particulièrement armée pour le poste, Angela Merkel – dont le parti, la CDU, remporte malgré un score historiquement bas (28,9%) l’élection du 26 mai – semble, à en croire la rumeur, remporter un maximum de suffrages. Il faut dire que la chancelière allemande cumule les atouts, à commencer par la légitimité et l’envergure d’une personnalité politique de premier plan ; de celles qui pourraient contribuer à faire contrepoids face aux États-Unis, à la Chine et à la Russie si cela devait s’avérer nécessaire. Figure emblématique de l’Europe, jouissant d’une notoriété mondiale – elle était élue personnalité de l’année 2015 par le Time Magazine – Angela Merkel a également pour elle une carrière politique hors du commun sur le plan national. De par sa longévité – à la tête de son parti, qu’elle dirige de 1998 à fin 2018, et à la tête du pays où elle enchaîne les mandats depuis quatorze ans… – mais aussi de par sa dimension d’exception, étant à la fois la première femme et la première personnalité issue de l’Allemagne de l’Est à occuper cette fonction.  

Stabilité et pragmatisme

Parmi ses succès figurent notamment sa bonne gestion de la crise de 2008 et le dossier brûlant de la Grèce – qu’elle sauvera de la faillite tout comme, d’ailleurs, l’Irlande et le Portugal –, mais aussi une capacité à s’imposer dans la durée sans jamais se laisser éclabousser par les scandales ni déborder par les urgences. Réputée pragmatique et posée, Angela Merkel aura su gagner la confiance et s’assurer une popularité durable par une image de constance et de fiabilité qui lui vaudra d’être reconnue bonne gestionnaire de crises. Ouverte et libérale dans l’âme, on la dit profondément attachée à l’idée même de liberté – que ce soit celle des marchés, des citoyens, des idées… –, respectée pour sa grande honnêteté et sa solidité, mesurée de ton et sobre de style, Angela Merkel sait rassurer et convaincre et son parcours exemplaire en fait une candidate idéale, selon Enrico Letta, ex-premier ministre italien et premier à pousser sa candidature.  

Simplicité et ouverture

Autre profil régulièrement cité pour succéder à Donald Tusk : celui du premier ministre néerlandais, dont le parti, le VDD (Parti populaire pour la liberté et la démocratie) arrivait le 26 mai deuxième, derrière le parti travailliste. Jouissant d’une notoriété moins grande qu’Angela Merkel, Mark Rutte a néanmoins su monopoliser l’attention ces dernières semaines en s’engageant dans une lutte sans merci contre le parti populiste de Thierry Baudet : le FvD – parti climatosceptique, anti-immigration et eurosceptique militant pour une sortie des Pays-Bas de l’Union – et contre lequel le premier ministre avait appelé les électeurs à faire barrage. Outre sa mise en lumière récente, Mark Rutte a pour lui une carrière solide et une réputation d’ouverture et de simplicité – il y a un an, une vidéo le montrant en train de nettoyer le sol à la serpillère après avoir renversé son café à l’entrée du Parlement sous les applaudissements des femmes de ménage avait fait le tours des réseaux sociaux et lui avait valu un élan de sympathie – qui lui permettra de conserver un taux de popularité constant en dépit de mesures d’économie un temps drastiques.   

Rigueur budgétaire

Après un début de carrière au département ressources humaines d’Unilever, il rejoint le gouvernement en juillet 2002, appelé au poste de secrétaire d’État chargé de l’emploi, de la sécurité sociale et des retraites après avoir été repéré pour ses compétences dans le domaine social et aussi pour avoir été plusieurs années président de l’association des jeunes du VVD. Deux ans plus tard, il est nommé secrétaire d’État à la Formation professionnelle, à l’Enseignement supérieur et à la vie étudiante avant d’être élu, en mai 2006, à la tête du Parti populaire libéral et démocrate, le VDD. Lorsque, quatre ans plus tard, le 9 juin 2010, son parti remporte une victoire historique face aux travaillistes, il est chargé de former un gouvernement de coalition incluant libéraux et chrétiens démocrates dont il prend la tête le 14 octobre 2010. Pendant plusieurs années, il sera l’homme de la rigueur budgétaire – qu’il parvient à mener en multipliant les mesures d’économie, tout en se montrant ouvert aux innovations : il met ainsi en place une zone test d’économie circulaire et une expérimentation ciblée du revenu minimum universel. Européen convaincu désireux de voir l’Europe « parler d’une seule voix » face aux autres puissances mondiales – à commencer par la Russie – Mark Rutte ne cache pas ses priorités en tête desquelles il place le respect des règles budgétaires et l’achèvement de l’union bancaire.

Démission

Reste à savoir si l’homme fort des Pays-Bas serait disposé à accepter de succéder à Donald Tusk si cela devait lui être proposé. Sachant que le président du Conseil ne peut exercer de mandat national, cette prise de fonction impliquerait nécessairement sa démission du poste de premier ministre, perspective à laquelle il s’était dit opposé il y a plusieurs mois déjà, affirmant vouloir achever son mandat à la tête de son pays. Quant à Angela Merkel, elle aurait fait savoir qu’elle ne serait plus candidate à un poste politique, ni en Allemagne ni en Europe… Fin du suspense le 21 juin.

Caroline Castets

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