Claude Fischer (ASCPE-Les Entretiens Eurafricains) : « L’objectif : offrir des options de réformes des politiques publiques »

Rencontre avec Claude Fischer-Herzog, sémillante directrice d’ASCPE-Les Entretiens Eurafricains qui organise les premiers entretiens sur le continent, axés sur l’investissement et la valorisation des projets en Afrique de l’Ouest, les 3 et 4 février prochains à Ouagadougou, au Burkina-Faso.

Rencontre avec Claude Fischer-Herzog, sémillante directrice d’ASCPE-Les Entretiens Eurafricains qui organise les premiers entretiens sur le continent, axés sur l’investissement et la valorisation des projets en Afrique de l’Ouest, les 3 et 4 février prochains à Ouagadougou, au Burkina-Faso.

Décideurs. Quelle est la genèse des Entretiens Eurafricains ?

 

Claude Fischer-Herzog. Les Entretiens Eurafricains sont nés du Sommet de la société civile qu’ASCPE a organisé avec Confrontations Europe en marge du Sommet des chefs d’Etat d’avril 2014 à Bruxelles. L’ambition est de travailler sur de nouvelles relations entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest, plus en retard que l’Afrique de l’Est qui a bénéficié d’une culture anglo-saxonne moins centralisée et ouverte au monde. Il faut réformer nos modèles étatiques ici et là-bas et donner toute leur place aux entreprises et aux territoires qui doivent devenir de véritables partenaires des institutions. Comment développer le dialogue public-privé et inciter les entreprises à investir ? Ces questions sont au cœur des Entretiens Eurafricains qui se déclinent en conférences mensuelles à Paris et à Bruxelles et trouvent leur débouché dans des rencontres internationales.

 

Décideurs. Les 3 et 4 février prochains auront lieu à Ouagadougou les premiers Entretiens Eurafricains basés sur le continent africain, qu'attendez-vous de ces deux jours de débats ?

 

C. F-H. Ces Entretiens Eurafricains seront le premier grand rendez-vous international après la mise en place du nouveau gouvernement de Roch Kaboré. Ils vont rassembler plus de 300 personnes sur deux jours du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Sénégal et d’Europe, avec les interventions de soixante personnalités de haut niveau de plusieurs secteurs industriels et de services (agriculture et agroalimentaire, énergie, transport et construction, numérique, éducation et finance…) pour un dialogue entre eux et avec des représentants de l’UEMOA, des institutions publiques comme le réseau des associations de la promotion des investissements en Afrique de l’Ouest , de l’UE, du MAEDI, partenaire des EE. Nous entendrons aussi des témoignages de femmes et de jeunes. Nous espérons offrir à l’issue des débats quelques options de réformes des politiques publiques qui devront se traduire en actions pour une mise en œuvre.
 

Décideurs. Ces premiers Entretiens Eurafricains auront pour thème l'Afrique de l'Ouest. Quels sont selon vous les défis à relever afin de pallier aux besoins de l'ouest africain ?

 

C. F-H. Les Entretiens Eurafricains sont axés sur l’investissement et la valorisation des projets. On a voulu comprendre pourquoi l’Afrique qui connaît des taux de croissance entre 5 et 10 % et où émerge une classe moyenne, ne bénéficie pas sur son territoire de plus d’investissements européens, tendanciellement en baisse, alors que la Chine, l’Inde, la Turquie et le Brésil arrivent dans la région. Nous connaissons l’aversion aux risques des investisseurs dans le contexte macroéconomique (impact de la crise mondiale, baisse du prix des matières premières,  insécurité…), mais nous nous interrogerons sur le manque de projets, alors qu’il y a d’immenses besoins  et des défis démographiques et climatiques. Nous examinerons les conditions à la mise en œuvre des projets et à leur financement : adapter la formation professionnelle aux besoins, réguler les marchés locaux et régionaux avec un droit des affaires et une réforme du foncier qui favorise l’implantation d’entreprises en milieu urbain et l’accès des femmes aux terres en milieu rural, favoriser les partenariats public-privé (PPP) pour les infrastructures électriques, ferroviaires ou routières, définir les missions de la banque, de l’assurance et de la réassurance, celle des nouveaux fonds d’investissement, pour les PME et les petits porteurs de projet... Ce sont ces sujets qui seront au cœur des débats des tables rondes.

 

Décideurs. Les évolutions dans la région se feront-elles nécessairement à l'aune d'une plus forte intégration régionale ?

 

C. F-H. C’est évident. La région souffre du manque de coopérations entre les pays et le franc CFA, adossé à un euro trop cher, ne compense pas l’absence de politique économique et budgétaire  - un défi partagé avec l’Union Européenne ! Ce n’est pas à l’ordre du jour de ces Entretiens Eurafricains, mais en les organisant à Ouagadougou, nous voulons manifester notre soutien au Burkina Faso qui vit sa transition démocratique. Tous les regards sont tournés vers lui. Il a un devoir de réussite. C’est un challenge pour ce pays pauvre, situé au cœur de l’Afrique de l’Ouest : il doit pouvoir se désenclaver, nouer de nouvelles relations avec ses voisins, et notamment la Côte d’Ivoire et le Ghana qui doivent jouer leur rôle de locomotive en coopération, et accueillir les entreprises européennes qui lui permettront d’offrir à sa jeunesse (plus de 60% de la population) une « croissance enrichissante » et l’emploi, et contribuer au développement de toute la région.

 

E.S.

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