Christophe Douat (MedinCell) : « L’autodétention du capital répond à notre vision humaniste de la pharmacie »

Lorsqu’elles ne sont pas simplement oubliées, les pilules diffusent une quantité immédiate de substances actives dépassant les normes thérapeutiques et engendrant des effets indésirables. La technologie Bepo, mise au point par MedinCell, offre une alternative améliorant l’observance et réduisant les effets secondaires. Rencontre avec Christophe Douat, porteur d’une révolution sous-cutanée.

© MedinCell

Christophe Douat au sein des locaux de MedinCell

Lorsqu’elles ne sont pas simplement oubliées, les pilules diffusent une quantité immédiate de substances actives dépassant les normes thérapeutiques et engendrant des effets indésirables. La technologie Bepo, mise au point par MedinCell, offre une alternative améliorant l’observance et réduisant les effets secondaires. Rencontre avec Christophe Douat, porteur d’une révolution sous-cutanée.

Décideurs. La technologie Bepo a été brevetée par MedinCell pour bouleverser la médecine à grande échelle. Quelles sont les caractéristiques de cette innovation ?

Christophe Douat. Depuis sa création en 2002 jusqu’en 2010, MedinCell a eu une activité centrée sur la recherche et le développement. Le résultat de ces années de travaux est la technologie Bepo qui constitue une révolution dans la prise de médicaments. Après une seule injection sous-cutanée, un dépôt bio résorbable se forme immédiatement et délivre la dose thérapeutique optimale de substances actives pendant plusieurs jours, semaines ou mois. Il n’y a donc aucun implant, souvent intramusculaire et inconfortable, à retirer au bout du traitement. Le dépôt, formé par un mix unique de polymères en fonction des substances à relâcher, est de la taille d’un demi petit pois et se dissout progressivement au fur et à mesure qu'il accomplit sa tâche, sans danger pour l’organisme.

Quels sont les problèmes actuels en matière d’observance et quelles réponses apporte votre solution ?

Près d’un patient sur deux ne démarre pas ou ne prend pas correctement le traitement qui lui a été prescrit. C’est le cas pour tout type de maladie et, si la vie des individus est en jeu, cela ne change pas beaucoup la donne. Par exemple, dans 30 % des cas, le rejet des organes à la suite d’une transplantation est lié à une mauvaise observance thérapeutique. Certains patients, comme les schizophrènes qui représentent 1 % de la population mondiale, sont encore plus concernés que d’autres. Les enjeux sanitaires sont nombreux sans parler des conséquences économiques pour le système de soins au global. Ces statistiques s’expliquent par l’oubli des patients, la crainte des effets secondaires mais aussi la négation de la présence de la maladie et la volonté de ne pas y penser. Avec les traitements adoptant la technologie Bepo, la diffusion continue des médicaments à la juste dose est assurée et sera parfaitement indolore pour le patient qui n’aura plus à y penser. Les contraintes d’une discipline de fer dans la prise de traitements, étalée parfois sur plusieurs mois, disparaîtront et les médicaments agiront mieux.

« Près d’un patient sur deux ne prend pas correctement son traitement »

Vous mettez l’accent sur une meilleure efficacité des agents actifs avec Bepo. Comment l’expliquez-vous ?

Une étude menée par des chercheurs de UCLA démontre qu’en stabilisant la délivrance d’un médicament contre la schizophrénie, on en améliore l'efficacité. Ces experts parlent d’un « game changer » pour décrire l’importance de leur découverte. Notre souhait est d’encourager la mise en place d’autres études pour que l’industrie pharmaceutique s’approprie cette problématique. Jusqu’à présent, la facilité de fabrication et d’administration des pilules ont fait oublier leurs défauts. Toutefois, il est essentiel d’avoir à l’esprit que la diffusion de substance active à la suite d’ingestion de pilule suit une courbe sinusoïdale. Lors de l’ingestion du médicament, les molécules délivrées dépassent en quantité le seuil thérapeutique recommandé, puis ce niveau diminue de manière précipitée jusqu’à la prochaine pilule. Les médicaments seront plus efficients grâce au relargage lissé dans le temps de la molécule médicamenteuse au sein de l’organisme. Ajoutons qu’une fois l’observance améliorée, les traitements seront de facto plus efficaces avec notre technologie.

Quels sont les coûts et le temps de fabrication nécessaires pour le développement des traitements adoptant votre technologie ?

Pour assurer une diffusion linéaire de la substance active du médicament, nous devons adapter le bon mix de polymères. Cela requiert deux ans à nos experts pour chaque agent actif. Ensuite, les tests prennent plus ou moins de temps en fonction de la période de relargage souhaitée. Si le médicament doit être relâché pendant deux semaines, les tests peuvent s’enchaîner rapidement. Avec une durée d’action de six mois, les études de résultats prennent mécaniquement plus de temps. Par ailleurs, les coûts de production sont optimisés. Pour les projets humanitaires auxquels nous participons, les kits distribués, composés d’une seringue et d’un dépôt prêt à être injecté, doivent coûter moins de deux euros. Afin d’arriver à ce résultat, nous profitons d’un outil industriel déjà en place. Grâce à notre joint-venture avec Corbion, le numéro un mondial des polymères médicaux, nous disposons notamment des capacités d’une usine ayant coûté vingt millions de dollars, implantée aux États-Unis. Entre 80 et 120 millions d’euros sont ensuite nécessaires pour le développement d’un produit, soit l’équivalent d’un Airbus !

Quels sont les projets humanitaires auxquels vous faîtes référence ?

Nous venons par exemple de signer une collaboration majeure avec la Fondation Bill & Melinda Gates. Melinda a fait le tour du monde durant des mois afin d’identifier les besoins prioritaires des pays en développement. Parmi les principales conclusions qu’elle a dressées, le planning familial s’est avéré essentiel pour de nombreuses régions du monde. Alors que quatre-vingts millions de femmes ont une grossesse non désirée et qu’un quart d’entre elles avortent dans des conditions difficiles, la mortalité infantile et maternelle demeure bien trop élevée dans les pays en développement. Le moyen de contraception idéal dans ces régions du monde devrait être un implant sous-cutané, relâchant des molécules sans effets secondaires et biodégradables. Cela limiterait le nombre d’interventions thérapeutiques tout en améliorant le contrôle des naissances. Notre technologie est susceptible de générer un impact formidable dans ce type de projets.

Jusqu’au mois d’octobre, le capital de MedinCell était détenu par les fondateurs et employés de la société. Pourquoi avoir recherché des fonds supplémentaires auprès de CM-CIC Innovation ?

L’autodétention du capital répond à notre vision humaniste de la pharmacie, tout comme notre volonté de placer le traitement du patient au cœur de notre modèle plutôt que de laisser l’intérêt financier guider nos décisions. La valorisation de la société n’a cessé de grimper après nos différentes avancées. Il nous semble à présent opportun, pour accélérer notre croissance, de lever des sommes d’argent sur le marché, sans pour autant perdre le contrôle majoritaire de la société. Notre objectif est de devenir public dès juin 2018. Avant cette introduction à Euronext Paris, il nous fallait un premier investisseur de renom à nos côtés pour accompagner cette opération et offrir de la confiance aux autres acteurs financiers. Cette banque investit sur ses fonds propres et jouit d’une vision long terme, ce qui nous a bien entendu séduit. L’entrée d’un second investisseur est attendue avant la fin de l’année, et un deuxième tour de table international devrait être réalisé au premier trimestre 2018.

Quel regard portez-vous sur l’année 2017 de MedinCell ?

C’était, pour nous, une année décisive. Fin 2016, nous étions 80 personnes investies dans cette aventure, aujourd’hui, nous sommes 110 et nous continuons de recruter. Le produit, le business model et l’équipe ont tous fait leurs preuves et nous donnent les gages nécessaires à des développements de plus grande envergure. L’un de nos produits a validé ses études cliniques en phase I aux États-Unis et devrait valider la phase III prochainement. Ces tests sont simplifiés car nous travaillons ici avec des médicaments génériques. D’autres développements de médicaments en interne boostent notre business avec pour objectif de lancer le développement d’un nouveau produit Bepo chaque trimestre. Ensuite, notre business model a séduit deux laboratoires pharmaceutiques du top 10 mondial, dont Sandoz avec qui nous avons signé un partenariat ambitieux.MedinCell vient par ailleurs d’être désignée l’entreprise la plus créative de France lors des Trophées PME Bougeons-nous. Notre hypercroissance nous a enfin permis d’obtenir le « Pass French Tech », délivré par BPI France. Tous les signaux sont donc au vert et nous commençons à en récolter les fruits.

Quand vos premiers produits seront-ils commercialisés ?

En plus de notre premier produit qui doit entrer en phase III prochainement, deux produits devraient passer leurs tests cliniques de phase I en 2018. La première sortie commerciale d’un produit sous Bepo sera effective en 2020, ou 2021 au plus tard. Jusqu’à 50 % des ventes futures peuvent nous être reversées grâce à notre indépendance financière et nos solides fondations. Précisons en somme que notre technologie est brevetée dans soixante-dix neuf pays et que notre force de frappe sera mondiale.

Propos recueillis par Thomas Bastin (@ThBastin)

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