Christiane Féral-Schuhl : « Il y a un moment où l’on se sent poussé à agir »

Bâtonnier des avocats de Paris de 2012 à 2013, Christiane Féral-Schuhl se présente maintenant à la présidence du Conseil national des barreaux (CNB). Sur fond de guerre intestine au sein des figures parisiennes après la publication d’un rapport – censé rester confidentiel – sur les dépenses de l’Ordre depuis cinq mandatures, l’avocate de 60 ans, spécialiste des technologies avancées revient sur les raisons de son engagement. Pour cette élection, Christiane Féral-Schuhl s’opposerait aux deux anciens bâtonniers Jean Castelain et Frédéric Sicard, mais tout peut encore changer puisque les listes ne sont pas encore déposées.

© Lika Banshoya

Christiane Féral-Schuhl

Bâtonnier des avocats de Paris de 2012 à 2013, Christiane Féral-Schuhl se présente maintenant à la présidence du Conseil national des barreaux (CNB). Sur fond de guerre intestine au sein des figures parisiennes après la publication d’un rapport – censé rester confidentiel – sur les dépenses de l’Ordre depuis cinq mandatures, l’avocate de 60 ans, spécialiste des technologies avancées revient sur les raisons de son engagement. Pour cette élection, Christiane Féral-Schuhl s’opposerait aux deux anciens bâtonniers Jean Castelain et Frédéric Sicard, mais tout peut encore changer puisque les listes ne sont pas encore déposées.

Décideurs. Ancienne bâtonnière, vous avez aussi occupé de nombreux postes au sein des institutions ordinales et nationales. Quelle est votre plus grande réussite ?

Le bâtonnat a été un moment très dense et très riche. J’ai été entourée d’un conseil de l’Ordre dynamique et impliqué et nous avons réalisé ensemble beaucoup de projets dont je suis fière.  Certains m'ont particulièrement tenu à cœur :
- Praeferentia, la centrale des avocats de France qui ne cesse de se développer, grâce et avec l’aide de la Conférence des bâtonniers. C’est un exemple de projet collectif, durable et national qui répond au plus près aux besoins des confrères à Paris, comme en province,
- la création de l'événement annuel « L'avocat dans la cité », qui a permis aux avocats parisiens d’aller à la rencontre des citoyens en donnant des consultations gratuites pendant une semaine sur le parvis de l'Hôtel de Ville. Un événement qui a d'ailleurs été lauréat des trophées Caractères 2017, 
- la création du barreau entrepreneurial pour accompagner les jeunes avocats dans la création de leurs cabinets,
- l'assurance perte collaboration,
- l'introduction d'une période d’immunité pour les avocates collaboratrices à leur retour de congé maternité,
- Campus international, dont la première édition a été une grande réussite à Hô Chi Minh Ville.
Il y en a encore beaucoup d’autres ! Et tous ces projets continuent à vivre et à se développer.  

Ils ont coûté beaucoup d’argent…

Toutes ces actions nécessitent des investissements, tout particulièrement en ressources humaines. Je déplore l’attitude de certains qui lâchent des chiffres pour faire croire que des dépenses inconséquentes ont été faites. Ce qui compte, ce sont les actions et les bilans. Et je n’ai pas à rougir de mon bilan qui affiche un résultat largement positif.

Je déplore l’attitude de certains qui lâchent des chiffres pour faire croire que des dépenses inconséquentes ont été faites. 

À titre personnel, ma plus grande réussite a été de fédérer un conseil de l’Ordre constitué d’individualités marquantes. J’ai pu établir des relations particulièrement fortes avec la plupart de ses membres et réaliser avec eux beaucoup de projets. De même, j’ai pu m’appuyer sur des services de l’Ordre particulièrement compétents et dévoués. Leur implication et leur travail ont été déterminants ! Oui, ma plus grande réussite aura été finalement d’établir des liens humains qui sont indispensables pour bâtir, construire et avancer.  

Vous vous présentez cette année à la présidence du Conseil national des barreaux. Avez-vous le sentiment que votre mission est inachevée ?

Si l'ont inclut l’année de campagne, un bâtonnat représente quatre années d’une vie au service de ses confrères, loin de son cabinet et de ses clients. Après mon mandat, j’ai repris mon exercice à la tête d’un cabinet qui me passionne. Et j’ai retrouvé progressivement la même dynamique, puis, comme lors de mes candidatures au conseil de l’Ordre, puis au bâtonnat, arrive un moment où l’on se sent poussé à agir, où l’on se dit « je dois continuer ». J'ai réalisé à quel point les avocats devaient rassembler leurs forces et mutualiser leurs moyens pour faire face à un marché en pleine révolution.  
Je pense pouvoir utilement accompagner mes confrères à un moment clé d'évolutions sans commune mesure qui touchent notre profession et de notre pays. Le CNB doit devenir un moteur de la compétitivité des avocats. Je veux transformer la réalité à laquelle nous sommes confrontés en opportunités pour tous les avocats quel que soit leur lieu d'exercice et quelle que soit leur pratique.

Une mesure à citer en particulier ?

Je demanderai au CNB de revoir notamment les modalités de reconnaissance des spécialités. L’avenir nous appartient puisque la société se développe sur des territoires de droit, garanties de compétitivité offertes aux avocats.

Plus largement, quel est le point fondamental sur lequel vous souhaiteriez travailler pour vos confrères ?

La méthode ! Au-delà de toutes les propositions que je vais faire, il me paraît fondamental que les responsables de nos institutions adoptent des méthodes constructives pour être en phase avec les attentes des avocats comme avec le modus operandi des pouvoirs publics. Le CNB repose à la fois sur les représentations ordinales, sur les syndicats et finalement sur tous les avocats, chacun dans son rôle et dans sa mission. J’aime quand le CNB fédère les énergies et accompagne le déploiement des initiatives, comme l’illustrent les trophées de l’initiative décernés par l’observatoire de la profession à de jeunes cabinets innovants.

Quelle est votre proposition pour faire évoluer le CNB structurellement ?

Il nous incombe, dans un objectif commun, de construire une profession unie. Il ne suffit pas de réunir les meilleurs talents pour être la meilleure organisation. Il faut réussir à les faire collaborer positivement et efficacement pour créer de la valeur.  Il ne s’agit pas seulement d'être efficace mais également adapté pour participer à l'évolution d'un monde dans lequel les entreprises, les cabinets d’avocats ou les organisations seront de moins en moins des structures avec un périmètre défini et de plus en plus des écosystèmes ouverts. C’est une transition que nous devons – et que nous pouvons – réussir, chacun dans nos cabinets, et collectivement au et avec le CNB.

La chaîne la plus forte n’a que la résistance de son maillon le plus faible

La qualité du management et de la gestion de l’information sera essentielle, notamment pour pouvoir exploiter facilement les réflexions et les travaux déjà réalisés, partager ceux en cours d'élaboration. Des outils adaptés devront être mise en place : je créerai une plate-forme collaborative permettant à chacun de s’exprimer. Notre diversité, nos différences voire nos divergences représentent une force créative. Le CNB doit être un exemple de transition collaborative et numérique pour le développement des cabinets d’avocats, quelle que soit leur taille.
Je veux aussi que les projets conduits au sein du CNB soient partagés dans leur conception et dans leurs développements et profitent à chacun dans un quotidien redécouvert. Il faut oser des « combinaisons de saveurs » non encore explorées et accepter de se laisser surprendre pour mieux choisir l’innovation, pas nécessairement technologique mais avant tout comme un état d’esprit.

Comment transformer un état d'epsrit en réalisation ?

Concrètement, je vais créer un laboratoire de l'innovation pour diffuser les méthodes qui fonctionnent, et partager les savoir-faire et les bonnes pratiques de cabinets pilotes. Cette mutualisation de l’innovation est un facteur de compétitivité et d’unité par la réduction des disparités de moyens. Je voudrais également que les avocats soient présents dans les chambres de commerce et dans toutes les instances décisionnaires du monde économique.

Que voulez-vous dire par « construire une force solidaire » pour des praticiens de culture individualiste ?

Construire tout d’abord. Loin des clivages et des rumeurs qui empoisonnent parfois l’action des meilleurs d’entre nous. Il n’y a jamais eu de place dans mon action pour la division et il n’y en aura jamais. Nous devons construire et construire ensemble.
Construire une force. Les avocats sont une force qui s’ignore. Il faut qu’elle se révèle à elle-même, qu’elle s’impose face aux pouvoirs publics et que sa représentation nationale construise un rapport de force qui remette l’avocat au cœur de la société et non à la périphérie.
Construire une force solidaire : la chaîne la plus forte n’a que la résistance de son maillon le plus faible. Nous construirons ensemble une force qui doit permettre à toutes celles et à tous ceux qui vivent la passion de leur métier d’en vivre dignement afin de réinventer la mission qui est la nôtre.

Propos recueillis par Pascale D’Amore

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