Chine : la nouvelle terre promise des investisseurs

La croissance extraordinaire de la Chine au cours des cinquante dernières années n’a échappé à aucun observateur. Pourtant, peu d’investisseurs se risquent sur ce marché, par peur de l’inconnu mais surtout par manque de connaissances. Plongée au cœur de l’empire du Milieu… et de ses multiples opportunités de placement.

© Ella Hanochi

Jusque-là inaccessibles, les richesses de la Chine commencent à s’ouvrir aux capitaux étrangers.

La croissance extraordinaire de la Chine au cours des cinquante dernières années n’a échappé à aucun observateur. Pourtant, peu d’investisseurs se risquent sur ce marché, par peur de l’inconnu mais surtout par manque de connaissances. Plongée au cœur de l’empire du Milieu… et de ses multiples opportunités de placement.

Civilisation quadri-millénaire, la Chine est aujourd’hui la deuxième puissance mondiale avec 1,4 milliard d’habitants et 12 milliards de dollars de PIB. Chaque année, l’État grignote l’écart qui le sépare encore du numéro un, les États-Unis. Et les observateurs du marché sont unanimes : le numéro deux va dépasser son rival. Le Centre for Economics & Business Research prévoit l’année de la bascule en 2032, soit dans moins de quinze ans ! Pour un investisseur, l’horizon est proche. Cependant, peu se risquent sur les terres de Confucius, Mao et, désormais, Xi Jinping. « C’est un marché pourtant exceptionnel : il est profond, diversifié et liquide », s’enthousiasme Michel Audeban, fondateur et directeur général de Gemway Assets, société de gestion spécialisée dans les marchés émergents. Trois Bourses permettent aujourd’hui d’investir en Chine : Shenzhen et Shanghai, sur lesquelles il est possible d’investir en actions « A », libellées en yuans, et Hongkong, qui échange des actions « H », libellées en dollars de Hongkong. « Chaque jour, ces Bourses traitent respectivement 30, 35 et 15 Md$ de transactions en moyenne », ajoute Michel Audeban. Une quantité de trades exceptionnelle par comparaison avec la Bourse parisienne, pour qui 5 Md$ échangés constitue un pic d’activité.

« La Chine est un marché exceptionnel : il est profond, diversifié et liquide »

Trois Bourses

Mais la Bourse chinoise souffre d’une réputation… aventureuse. « La Bourse de Hongkong est une maison tenue, commente David Baverez, ancien gérant de fonds passé notamment par Fidelity devenu business angel basé à Hongkong. Le marché intérieur chinois, c'est le Far West. Sur 3 000 entreprises, 1 000 n'ont jamais publié leurs comptes – comptes qui sont souvent faux, en prime. » Un avis que partage Stephen Li Jen, CEO d’Eurizon SLJ Capital, société de gestion basée à Londres et spécialisée dans l'analyse macroéconomique et des mouvements monétaires : « Le marché actions chinois manque de transparence et est très spéculatif. » Un point que Michel Audeban ne dément pas, mais explique par la nature des investisseurs : « Aujourd'hui, 90 % du volume de la Bourse est réalisé par des particuliers et 10 % par des institutionnels, ce qui est le schéma inverse de nos Bourses européennes. » La spéculation est donc extrêmement forte, mais le marché est en train de se professionnaliser, notamment grâce au Stock Connect, programme mis en place il y a deux ans qui permet d'investir via la Bourse de Hongkong dans les actions A, et via les Bourses de Shanghai et Shenzhen dans les actions H. Le fondateur de Gemway Assets poursuit : « Il y a beaucoup de méfiance, mais est-elle justifiée ? Non, ce ne sont pas les normes comptables américaines, mais les problèmes de comptabilité concernent peu de sociétés et surtout des entreprises d’État. »

Ouverture à l’étranger

Signe de l’intérêt des marchés financiers pour la Chine, l’indice MSCI Emerging Markets a intégré en mai 2018 près de 230 valeurs cotées à Shanghai et Shenzhen – des actions A, donc. Elles ne pèsent actuellement que 0,78 % de l’indice, mais ce pourcentage pourrait monter, à terme, jusqu’à 17 %. Aujourd’hui, la Bourse chinoise est encore largement boudée par l’étranger : alors que le pourcentage d’actions détenues par des étrangers oscille entre 22 et 38 % au sein des Bourses mondiales, il n’est que de 2 % en Chine. « Il est évident que cela ne va pas rester à ce niveau, déclare Michel Audeban. Les investisseurs vont se tourner vers les sociétés chinoises qui, quand elles sont leaders de leur marché, sont souvent leaders mondiaux. Des géants comme Tencent ou Alibaba commencent à regarder en dehors de leurs frontières, d'abord en Asie. Il faut oublier cette vision désuète de la Chine qui reste gravée dans les esprits : le système de paiement d'Alibaba réalise aujourd'hui trois fois plus de transactions en dollars que Paypal. »

L’effet Trump

Pour les plus frileux, il existe une autre manière d’investir en Chine : acheter des actions d'entreprises de la tech européenne. Il s’agit d’identifier des cibles potentielles de rachat pour les Chinois, qui sont dans une phase d'accélération de leurs investissements étrangers. « Au cours des vingt dernières années, l'enjeu a été d'abreuver la Chine de capital, analyse David Baverez. Aujourd'hui, le pays en regorge et le flux s'inverse. La première épargne du monde est celle de la Chine, et elle va être orientée. » L’État communiste a montré sa volonté de s’ouvrir, notamment à travers un programme d'investissement de grande ampleur, la Belt and Road Initiative. Annoncé en 2013, ce projet a l'ambition de créer une nouvelle route de la soie, dédiée aux secteurs des infrastructures, de la construction, des transports, de l'énergie mais aussi de l'éducation. Il a pour le moment bénéficié à des pays comme l’Iran ou l’Égypte, qui ont mené d’ambitieux projets d’infrastructures. Et si l’Europe occidentale n’a pas encore signé de partenariats similaires, elle dispose d’une position idéale face aux Chinois, et ce, grâce au président américain. Ce dernier a, en effet, signifié sa volonté de limiter les investissements chinois aux États-Unis, en plus d’avoir imposé des droits de douane de 25 % sur 50 milliards de dollars d’importations chinoises. Dans le viseur de Donald Trump figure le plan « Made in China 2025 », adopté il y a trois ans. Ce plan affiche la volonté de Xi Jinping de faire de son pays le leader d’un certain nombre de secteurs technologiques, de l’industrie manufacturière à l’intelligence artificielle. « Il y a une bataille politique et économique pour prendre le leadership dans le secteur de la tech, analyse Michel Audeban. Mais pour nous, il est certain que l'hégémonie des États-Unis va disparaître au profit, a minima, d'un duopole sino-américain. »

« L'hégémonie des États-Unis va disparaître au profit, a minima, d'un duopole sino-américain. »

Avance technologique

Et la technologie chinoise n’a aujourd’hui rien à envier à celle de voisins outre-Pacifique. Si l’on évoque à tort et à travers la révolution digitale des entreprises européennes, celle des entreprises chinoises est déjà passée à la vitesse supérieure. « Elles ont sauté une étape : elles n’ont jamais construit d’hypermarchés, mais sont directement passées aux courses 100 % dématérialisées », résume David Baverez. Résultat : les structures de coût des pépites chinoises sont jusqu’à cinq fois plus légères que celles de leurs homologues occidentales. La société, elle aussi, est en pleine mutation. Le développement d'une classe moyenne mais aussi d'une classe high net worth est en effet une aubaine pour les entreprises qui sauront capter cette valeur. « Cette classe ʺpremiumʺ représente aujourd'hui 60 millions de personnes, soit déjà la taille de la France. En 2025, elle comptera probablement deux fois plus d'individus », estime Michel Audeban. Seul marché véritablement risqué, l’immobilier chinois affiche des prix qui feraient pâlir des capitales réputées pour leur cherté, comme Londres ou Paris.

L’option obligataire

Stephen Li Jen s’intéresse pour sa part à un autre marché : celui des obligations. « Le marché obligataire chinois est désormais le troisième plus important en taille au monde. L'été prochain, les investisseurs pensent qu’il sera numéro deux mondial », selon le CEO d’Eurizon SLJ Capital. Ce marché s’ouvre progressivement aux participations étrangères, porté par un gouvernement qui a la volonté de rendre la Chine compétitive. « L’État souhaite encourager les investissements étrangers pour compenser les sorties de capitaux qui ont tendance à s’amplifier quand une économie s'enrichit », poursuit-il. Et si les obligations d’entreprises lui paraissent « moins sûres » pour le moment, la dette étatique ou d’entreprises d’État est un actif attractif et peu risqué. Un avis que partage Michel Audeban : « La Chine détient le tiers des réserves mondiales et la dette est presque entièrement détenue par des Chinois. » Ce point est important et l’Europe le sait bien : c’est la panique au sein des détenteurs étrangers de dettes d’Etats européens qui a causé, en 2010, la crise qui a mené à la faillite de la Grèce.

Un yuan fort

Et côté monnaie ? Si la chute du yuan depuis le début de l’année 2018 a échauffé les esprits, il n’y a pas d’inquiétude à avoir selon Stephen Li Jen : « Les autorité chinoises souhaitent développer le statut international du yuan afin qu'il devienne une monnaie de réserve au même titre que le dollar américain ou l’euro », affirme l’expert. Le gouvernement a déployé beaucoup d’énergie sur le marché mais aussi sur le volet institutionnel afin d’atteindre cet objectif. « Les Chinois veulent que le yuan soit le Deutsche Mark de l'Asie, confirme Michel Audeban. Ils travaillent à créer une monnaie stable et de plus en plus liquide. » Détenir du yuan dans son portefeuille ne serait donc pas une folie. Au contraire, il s’agit d’une « bonne source de diversification », selon Stephen Li Jen. Et d’ajouter : « Le monde doit se faire à l'idée que la Chine est un marché majeur. Les marchés émergents sont désormais influencés par deux soleils dans un même système : les États-Unis et la Chine. »

Marché d’avenir

Absence de démocratie et libéralisme forment un cocktail économique diaboliquement efficace qui permet à la Chine d’allier performance et stabilité. Malgré la fronde des États-Unis, le pays reste une terre extrêmement attractive pour les investisseurs qui sauront naviguer à travers les méandres de ce marché dense et complexe. « Des entreprises comme Alcatel, Areva ou Alstom ont disparu ou sont en passe de disparaître parce qu'elles n'ont pas compris la Chine, assène David Baverez. Des entreprises comme Seb, Michelin, Zara ou LVMH, au contraire, ont su comprendre le marché chinois et cela s'est très vite ressenti sur leurs cours de Bourse. » Une chose est certaine : l’histoire chinoise s’écrira, avec ou sans l’Europe. « Il faut arrêter d'être obnubilés par les États-Unis !, tonne le business angel. Les Chinois sont prêts à travailler avec les Européens. Il y a devant nous une fenêtre historique. » À nous, donc, de savoir en profiter.

@Camille Prigent

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