Cercle Montesquieu : Laure Lavorel prend les rênes

Cercle Montesquieu : Laure Lavorel prend les rênes

La directrice juridique internationale de Broadcom, Laure Lavorel, est la nouvelle présidente du Cercle Montesquieu. La jeune femme dynamique aux engagements multiples a été élue par les membres de l’association lors de l’assemblée générale le 17 juin dernier.

Pas facile de prendre le relais de Nicolas Guérin à la tête du Cercle Montesquieu. L’association des directeurs juridiques était depuis trois ans dirigée par celui qui est devenu secrétaire général et secrétaire du conseil d’administration d’Orange après plus de vingt ans de maison. Laure Lavorel lui emboîte le pas, avec de nombreuses idées en tête : « Être président du Cercle n’est pas un rôle individuel, ce n’est pas être un chef d’équipe mais un coordinateur », débute d’emblée celle qui fourmille de projets. Il y a ceux qui s’inscrivent dans le prolongement de ses prédécesseurs bien sûr, comme la création de la grande profession du droit et l’accès à la confidentialité des avis (Laure Lavorel a créé en 2008 le barreau en entreprise) et l’ouverture du membership du Cercle (Nicolas Guérin a incité les adhésions des directeurs juridiques d'entreprises de toutes taille, elle souhaite s’adresser à ceux qui exercent depuis l’étranger). Et il y a ceux qu’elle se réserve.

L’intégration du risque juridique

Le premier est directement lié avec son engagement personnel : la lutte contre les discriminations, celles liées au handicap notamment. Elle veut faire du Cercle un exemple d’intégration de la diversité et des personnes en difficulté dans le droit. « Nous sommes tous responsables, insiste-t-elle. Nous devons aider les jeunes souhaitant faire des études supérieures », en intégrant ces profils dans les entreprises. « La commission DJ au féminin pour la promotion des femmes dans les directions juridiques a très bien marché, insiste-t-elle. Nous devons dupliquer la démarche pour lutte contre toutes les formes de discrimination. »

Deuxième combat que la présidente du Cercle Montesquieu souhaite mener de front : la multiplication des juristes dans les conseils d’administration. Pour cette mère de trois enfants, de nombreuses affaires judiciaires pourraient être évitées si le top management était suffisamment éclairé par des techniciens du droit. Pour les éviter, l’intégration du risque juridique dans la stratégie est primordiale.

Prendre des décisions 

Pour le reste, à l’instar des danseurs, l’avocate passionnée par la danse classique depuis l’enfance essaye de faire preuve à la fois de technicité et de créativité. « En tout cas je m’y emploie quotidiennement », avoue la nouvelle présidente. Des qualités qu’elle a dû déployer lors du rachat de CA technologies par Broadcom l’année dernière. « L’objectif de la fusion pour Broadcom était de développer l’Europe et la branche software, explique celle qui a étendu son intervention à l’Asie depuis l’opération de rapprochement. La direction juridique est le support du business. Le vrai chalenge était de comprendre la vie de la nouvelle entité, le seul fossé était celui entre une entreprise de l’Est des États-Unis à une entreprise de la côté ouest », résume-t-elle simplement. Quoi qu’il en soit, le changement de dimension de son entreprise conforte sa vision du métier : « Être avocat et juriste, c’est le même métier, sauf que si le premier reste un conseil ponctuel, le second prend des risques. Ce que j’aime dans le métier de directeur juridique c’est prendre des décisions ! » La dernière en date : convaincre sa direction de l’intérêt de mettre en place un contrat unique BtoB pour le monde entier. « Nous sommes parvenus à identifier quatre droits dans le monde pour créer des contrats commerciaux qui s’appliquent quelle que soit la zone géographique, grâce à la collaboration des juristes de toutes nos entités », explique Laure Lavorel. Pour ce travail, réalisé en 40h environ, Broadcom n’a pas fait appel à un outil digital externe puisque le contenu des règles devait être pensé par ses juristes. Cela n’empêche, la directrice est une fervente défenseuse de la collaboration entre start-up du droit et professions juridiques. À la tête du Cercle, elle souhaite accompagner la transformation de sa profession, dans la continuité de la Factory, qu’elle a créée en 2018 au sein de l’association. Une sorte de lab pour faciliter la collaboration entre droit et technologie.

Un tempérament de fonceuse 

Enfin, Laure Lavorel est une fervente partisane de la grande profession du droit. Celle qui est entrée en entreprise en 1999, d’abord chez Oracle puis chez CA Technologies en 2002, a exercé la profession d’avocate durant huit ans (aux côtés de Jean-Louis Cocusse puis chez Willkie Farr & Gallagher à New York et chez Archibald à Paris). Avocats, juristes, entrepreneurs et même magistrats, tous ont intérêt à travailler ensemble. Elle le prouve en acceptant la charge de juge consulaire durant plus de quatre ans (2011-2014) tout autant que par son tempérament de fonceuse : « Nous avons été de tous les combats en vue de l’obtention du legal privilege, réagit-elle. Le besoin de réforme est toujours important même si dans les faits nous sommes de véritables business partners. Avocats et juristes sommes de plus en plus liés, nous travaillons ensemble et avançons main dans la main. » Et de conclure sur les formations communes dispensées avec l’école du barreau de Paris (EFB) mais aussi sur l’importance de la présence de juristes, in house ou conseils, dans les conseils d’administration des entreprises. Les combats de Laure Lavorel sont tous liés. La boucle est bouclée.  

Pascale D’Amore

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