Ce qu'il faut retenir du débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen

Ce qu'il faut retenir du débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen

International, économie, UE, éducation, immigration… Si le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen a été moins véhément qu’il y a cinq ans, des divergences fondamentales demeurent. Décryptage.

"On s’est beaucoup discipliné depuis cinq ans" ont reconnu les deux participants un sourire en coin avant d’entamer le dernier tiers du débat. Et de fait, peu de "clashs" à se mettre sous la dent durant cette longue passe d’armes au cours de laquelle chacun a voulu faire étalage de sa présidentialité. Si en 2017 Emmanuel Macron s’était distingué en parlant de "poudre de perlimpinpin" ou de "carabistouille", cette fois-ci il a utilisé le terme "finito" et cité Gérard Majax. Sur la forme, si les échanges furent plus policés en surface, sur le fond, les deux responsables politiques ont fait preuve d’une vision irréconciliable. 

Russie : Marine Le Pen dans le pétrin

Position pro-Poutine, complaisance après l’annexion de la Crimée en 2014, prêt octroyé au RN par une banque russe, visite au Kremlin peu avant le premier tour de la présidentielle de 2017… Sur la question russe, Marine Le Pen était vulnérable. Et Emmanuel Macron ne s’est pas privé d’attaquer : "Vous dépendez du pouvoir russe et vous dépendez de monsieur Poutine. Vous parlez à votre banquier quand vous parlez à la Russie".

Face à ces propos qui étaient attendus, Marine Le Pen n’a pu offrir une ligne de défense efficace, se contentant de clamer à plusieurs reprises "c’est faux" ou en se contentant d’exhumer un tweet vieux de 2014. Plus étrange encore, elle a assimilé sa visite au Kremlin aux déplacements du président russe à Versailles ou à Brégançon. Seule différence, il s’agissait de visites officielles d’un chef d’État.

Union européenne : vision claire contre vision floue

Tourisme, protection animale, protection de l’enfance… Le programme de Marine Le Pen comprend de nombreux livrets thématiques. Mais il n’en existe aucun sur l’UE. Que propose la candidate RN ? "Je souhaite rester dans l’UE mais la transformer en Europe des nations" a affirmé Marine Le Pen qui a également déploré que "la France ne défende pas ses intérêts à Bruxelles ou Strasbourg". Tout en oubliant de préciser que ce sont les eurodéputés de son bord qui sont les plus abstentionnistes…

De son côté, Emmanuel Macron a estimé que le projet de sa rivale revenait à "faire bande à part", à "changer tout seul les règles du club". Selon lui, "votre projet, quand on remet brique à brique les choses en place, c’est quitter l’Europe (…) Vous mentez sur la marchandise, vous avez un projet de rétrécissement". Emmanuel Macron a précisé que c'est grâce à l’UE que la dette Covid est maîtrisée et le vaccin commandé massivement.

Retraite : un débat riche en informations

La question de la retraite à 65 ans est une sorte de sparadrap qui colle à Emmanuel Macron comme lcelui du capitaine Haddock. Le débat d’entre deux-tours lui a permis de préciser la nature de son projet. Le palier de 65 ans serait atteint en 2031, l’âge de la retraite serait décalé progressivement par tranches de quatre mois. La réforme permettra, d’après le président de la République, d’augmenter le minimum contributif de 900 à 1 100 euros, d’équilibrer le système de retraite sans toucher à la fiscalité. Le candidat a également souligné que des facteurs tels que la pénibilité ou la carrière longue seraient pris en considération.

De son côté, Marine Le Pen a assuré qu’avec elle à l’Élysée, « les Français partiront entre 60 et 62 ans avec une retraite pleine ». Elle s’est fermement opposée à une retraite à 65 ans qualifiée « d’injustice absolument insupportable ».

Environnement et énergie

Aux yeux des électeurs de gauche qu’Emmanuel Macron s’évertue à séduire en vue du second tour, le bilan écologique du président de la République n’est pas à la hauteur. Pour tenter de redresser la barre, un certain nombre de mesures sont égrainées : nomination d’un ministre chargé de la planification écologique assisté de deux secrétaires d’Etat chargés de la planification énergétique et territoriale, accélération de la rénovation thermique (700 000 logements par an), leasing pour les locations longue durée de véhicules électriques. Sur l’énergie, il a vanté un "mix énergétique" faisant la part belle au nucléaire.

Marine Le Pen, de son côté, vise à mettre "fin à l’hypocrisie" en s’attaquant au "modèle fondé sur le libre échange qualifié de «modèle qui tue la planète". Elle vante le localisme et le patriotisme économique. Dans le viseur de la candidate RN, les éoliennes perçues comme "une gêne pour la biodiversité", une source d’énergie "intermittente" qui fait "baisser le prix de l’immobilier".

Education

En matière d’éducation, Marine Le Pen propose globalement de revenir sur les réformes du quinquennat qui s’achève. Au menu : fin de parcoursup, retour des filières S, ES et L au lycée, instauration d’un baccalauréat plus difficile à décrocher. Parmi les propositions originales, elle compte rendre gratuit l’accès aux trains pour les étudiants de 18 à 25 à ans. Conformément à la tradition de son bord politique, elle a vivement dénoncé l’insécurité régnant dans les classes. Erreur de sa part, elle a estimé que les établissements REP et REP+ étaient uniquement dans les grandes villes, ce qui est faux.

Lors de sa prise de parole sur le sujet, Emmanuel Macron a évoqué le retour des mathématiques jusqu’au bac, confessant à demi mot l’échec de la réforme Blanquer. Est envisagé un dédoublement des classes de sixième et de seconde dans les établissements REP et REP+ puisque, selon le candidat centriste, il s’agit de "classes charnières".

Laïcité

Comme prévu, sur les questions de laïcité, les deux candidats ont fait étalage de leurs divergences. Si Marine Le Pen promet que "l’islam est une religion qui a toute sa place en France", elle compte toutefois interdire le voile dans l’espace public puisqu’il s’agit selon elle d’un "uniforme imposé par les islamistes". Emmanuel Macron a fait étalage de son opposition en arguant que cette mesure est une "loi de rejet", "infaisable". "Combien de policiers et de gendarmes seront nécessaires ?" a-t-il questionné en pointant un risque de "guerre civile".

 

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