Catherine Touvrey : « La dimension humaine résidera encore et toujours au fondement du mutualisme »

Big bang dans l’univers mutualiste ! Le groupe Vyv, créé le 13 septembre dernier, s’impose comme le premier acteur de l’assurance santé en France et rebat les cartes pour l’ensemble du secteur. Directrice générale d’Harmonie Mutuelle, l’une des entités fondatrices, Catherine Touvrey nous décrit les enjeux autour de cette fusion à grande échelle aussi bien pour les employeurs que pour les adhérents individuels.
Catherine Touvrey, directrice générale d'Harmonie Mutuelle & directrice assurance et protection financière du groupe Vyv

Big bang dans l’univers mutualiste ! Le groupe Vyv, créé le 13 septembre dernier, s’impose comme le premier acteur de l’assurance santé en France et rebat les cartes pour l’ensemble du secteur. Directrice générale d’Harmonie Mutuelle, l’une des entités fondatrices, Catherine Touvrey nous décrit les enjeux autour de cette fusion à grande échelle aussi bien pour les employeurs que pour les adhérents individuels.

Décideurs. La fusion MGEN-Istya-Harmonie a accouché le 13 septembre d’un mastodonte de l’assurance santé avec le groupe Vyv. Quels sont les facteurs à l’origine de cette concentration du secteur ?

Catherine Touvrey. Trois phénomènes orientent ces rapprochements. Le premier est lié aux exigences formulées envers le secteur de l’assurance, soumis à une réglementation de plus en plus stricte, à l’instar de l’univers bancaire. Les enjeux de respect du droit des consommateurs, de la sécurité des données et de professionnalisme global requièrent d’importantes ressources que seuls des établissements de grande taille peuvent rassembler. Pour faire face à ce niveau d’obligations et apporter des réponses de protection adéquates, il est indispensable que les acteurs en place unissent leurs forces. La seconde raison exogène qui entraîne ce mouvement de concentration réside dans les bouleversements inhérents à l’essor du digital. La question de la marque devient ainsi centrale. Aujourd’hui, bâtir une identité jouissant d’une résonance nationale ou internationale exige des moyens considérables. Enfin, les différents membres du groupe Vyv ont un projet de protection sociale, durable et solidaire en commun, reposant sur une logique d’intégration de l’offre de soins et de services. Cela nécessite d’être présent sur des parts de marché suffisamment élevées pour mieux négocier et investir avec les professionnels de santé. La médecine de demain reposera sur des moyens qui ne seront pas accessibles à une entité de dimension locale.

Quels bénéfices promettez-vous à vos adhérents à la suite de la constitution d’un tél géant mutualiste ?

Notre volonté première est de garantir une réponse mutualiste dans la durée. La structure juridique du groupe Vyv est reliée au Code de la mutualité. Les valeurs clés de ce modèle, autour de la proximité, de la solidarité, de la responsabilité et de l’ouverture continueront de vivre et de se développer. Le groupe génère 1,5 milliard de chiffre d’affaires grâce à ses 25 000 collaborateurs et ses partenariats avec 900 établissements sur le territoire français. C’est une logique d’acteur de santé global qui nous anime. Par rapport à d’autres secteurs de l’assurance, nous produisons par nous-mêmes un certain nombre de réponses. Une promesse d’universalité se dégage aussi de ce nouveau groupe disposant de positions significatives dans tous les secteurs en France, que ce soit auprès des fonctionnaires, des salariés de PME/ETI et aussi de grands comptes. Notre capacité d’investissements sur de nouveaux produits et services bénéficiera également aux particuliers auprès de qui nous voulons être toujours plus proches.

« La médecine de demain reposera sur des moyens qui ne seront pas accessibles à une entité de dimension locale »

Avec Harmonie, 58 000 entreprises figurent parmi vos adhérents. Comment ont évolué vos relations avec ces sociétés depuis la mise en place de la mutuelle complémentaire obligatoire ?

L’Accord national interprofessionnel (ANI), à l’origine de cette obligation légale, a joué le rôle d’accélérateur à certains égards mais cela n’a pas en soi déclenché de nouvelles tendances. Les préoccupations des dirigeants concernant la qualité de vie au travail et l’entreprise comme territoire de santé étaient déjà perceptibles avant l’ANI. On ne pouvait pas en dire autant il y a une dizaine d’années, et ce mouvement s’accentue. La bonne santé des collaborateurs est dorénavant identifiée comme un élément clé de la performance et de la productivité des sociétés. Ces dernières sont par ailleurs toujours plus attentives au pilotage de leurs risques. Les écarts de tarification et le reste à charge peuvent atteindre des niveaux très élevés, par exemple dans l’optique, en fonction de l’appartenance ou non au bon réseau de mutuelle. Les exigences des sociétés s’affirment sur ce point pour mieux gérer les leviers du risque. Une dernière évolution majeure concerne l’appropriation du sujet de la protection sociale par les petites entreprises. Si elles tâtonnent encore, elles sont plus disposées que jamais à s’emparer de cette question.

L’obligation de la mutuelle complémentaire n’est-elle pas antinomique avec la proximité et la personnalisation des offres que vous prônez ?

Ce qui est obligatoire, c’est de mettre en place une couverture d’entreprise suivant un minimum d’accompagnement. À partir de ce socle, il n’y a aucun niveau de prestation identique imposé à tous par le législateur. L’adaptation aux besoins particuliers se fait sentir à deux échelles différentes. La première est celle du secteur d’activité. Lorsque les branches négocient, elles connaissent les risques qui leur sont propres. Les enjeux de qualité de vie au travail diffèrent du tout au tout entre le Syntec numérique et les services à la personne. De même entre la restauration et l’aéronautique, on peut évoquer des réalités ainsi que des propositions de solutions très variées. La seconde échelle de discussions pertinentes est celle des territoires. Beaucoup d’études ont révélé la variabilité des dépassements d’honoraires et des restes à charge d’une région à l’autre. Les besoins médicaux n’ont pas la même prévalence selon les aires géographiques. Ceci explique pourquoi nous ne voyons pas de contradiction entre un niveau d’obligation minimal et un besoin de répondre au cas par cas aux entreprises.

« Nous ne voyons pas de contradiction entre un niveau d’obligation minimal et un besoin de répondre au cas par cas aux entreprises »

Pouvez-vous nous donner des exemples concrets d’intervention de votre groupe ?

Pour lutter contre l’absentéisme de courte et de longue durée, plusieurs projets ont été lancés dans certaines entreprises, centrés l’articulation entre vie professionnelle et vie personnelle. Nous avons aussi mené des actions vis-à-vis des aidants afin de leur apporter des réponses en matière d’absorption des charges mentales qu’ils endurent. Si ces salariés aident leurs parents, ils doivent eux-mêmes recevoir un soutien adapté. Nous fonctionnons avec une logique de catalogue suivant un programme clé : la santé gagne l’entreprise. Les actions généralistes côtoient des initiatives nécessairement locales comme la prévention des gestes répétitifs réalisée par nos ingénieurs spécialisés. Cela ne peut que s’imaginer entreprise par entreprise. Un dernier exemple, nous avons noué un partenariat avec des chambres consulaires accompagnant des dirigeants de petites sociétés. L’objectif poursuivi est de lutter contre la solitude et l’isolement de ces chefs d’entreprise.

Vous affichez votre volonté de construire la mutuelle du XXIe siècle. Quelles seront les caractéristiques de la mutuelle de demain ?

La dimension humaine résidera encore et toujours au fondement du mutualisme. La préoccupation des personnes ne se situe pas en périphérie mais bien au cœur de nos réponses et de notre gouvernance. Cette aspiration doit être ressentie à l’extérieur mais aussi par nos salariés en interne. Le facteur humain sera mieux pris en compte dans nos sociétés à l’avenir. D’autre part, il sera inconcevable de rejeter a priori les évolutions technologiques à venir. Celles-ci devront s’articuler avec notre logique humaine pour être intégrées à notre offre. Les bouleversements sont déjà nombreux dans le secteur de la e-santé, avec la diffusion des objets connectés. Les actes médicaux s’appuient eux-aussi sur des outils toujours plus sophistiqués et nous souhaitons accompagner nos adhérents vers cette modernité annoncée. Cela se traduit concrètement par l’organisation de références gratuites réalisées avec Michel Cymes sur les thèmes de la santé connectée et des données personnelles. Notre filiale Harmonie médical service intervient aussi pour rendre accessible la technologie de pointe au plus grand nombre. Demain, nous pourrons proposer par exemple des exosquelettes développés par Wandercraft pour faciliter le quotidien des personnes en situation de handicap. Enfin, les offres transverses et multimétiers vont prendre de l’envergure dans les prochaines années. Si notre expertise santé est aujourd’hui reconnue, elle est en mesure de s’étendre dans différents univers. La prévention est liée à notre métier et il semblerait presque naturel de voir s’étendre nos interventions dans l’habitat ou dans la ville pour ne pas abandonner de parcelles du parcours de santé.

 

Propos recueillis par Thomas Bastin (@ThBastin)

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