Carrière internationale et soft skills, ce que recherchent les recruteurs

Chaque année, des milliers de jeunes professionnels font leur entrée sur le marché du droit. Le Forum des carrières juridiques, organisé le 8 décembre par carrières-juridiques.com et sous le haut patronage du ministère de la Justice, permet aux recruteurs et candidats de se rencontrer le temps d’une journée.

Chaque année, des milliers de jeunes professionnels font leur entrée sur le marché du droit. Le Forum des carrières juridiques, organisé le 8 décembre par carrières-juridiques.com et sous le haut patronage du ministère de la Justice, permet aux recruteurs et candidats de se rencontrer le temps d’une journée.

C’est avec une formule un peu poétique que Frédéric Sicard, ancien bâtonnier de Paris (2016-2017), ouvre l’édition 2017 du Forum des carrières juridiques : « Nous sommes aujourd’hui quelques centaines, et je suis sûr qu’un jour nous serons des milliers ». Aujourd’hui, un peu plus de mille professionnels du droit, élèves avocats et autres, ont fait le déplacement jusqu’au Pavillon d’Armenonville, C.V. en main, espoir en poche. Futurs acteurs du droit, ils viennent à la rencontre des cabinets d’avocats, des directions d’entreprises, des legaltechs et des institutions publiques qui, durant une journée, se tiennent à leur disposition pour les conseiller, les orienter, et peut-être même leur offrir une place dans leur structure. Côté recruteurs, c’est le moment de repérer les talents.

La question cruciale est posée aux avocats dès la keynote : « Qu’est-ce qu’un bon avocat, aujourd’hui ? ». Une interrogation périlleuse, à laquelle chacun donne une réponse personnalisée. « C’est être gai mais sérieux, rigoureux mais anticonformiste, s’impliquer tout en prenant de la distance » déclare Elie Kleiman, managing partner chez Freshfields Bruckhaus Deringer. « C’est également pouvoir s’adapter au changement constant », complète-t-il. Philippe Portier, associé chez Jeantet affirme de son côté : « Il faut savoir se construire une individualité forte, c’est cela qui crée la confiance. La confiance elle, attire les clients, et ce sont les clients qui font le partner. Voilà pourquoi il est très important de développer les soft skills » comme l’empathie, la créativité, la confiance… Des qualités essentielles pour des professions du droit en pleine mutation. Car tous, sans exception, le disent : un bon avocat n’est pas seulement un bon juriste. Il doit développer des compétences comportementales.

 

« Do you speak english ? »

 « Les fondamentaux d’une carrière d’avocat restent les mêmes, à quelques différences près », affirme Philippe Portier. Force est de constater que des changements s’opèrent, à commencer par celui de l’internationalisation. Les avocats n’ont qu’une phrase à la bouche depuis le début de la matinée : « Aujourd’hui, il faut sortir de l’Hexagone, il faut avoir une expérience à l’étranger », affirme Frédéric Sicard. Aux quatre coins du Pavillon d’Armenonville, des jeunes diplômés en tailleur ou en costume-cravate affluent pour rencontrer les recruteurs pour se rendre aux nombreuses conférences qui les intéressent. L’une d’entre elles, « Boostez votre carrière à l’international », donne le ton. Arash Attar-Rezvani, avocat chez Skadden, avec deux LLM au compteur, raconte ses expériences. Pour lui, partir à l’étranger est un moyen de se distinguer. « À condition de faire preuve de souplesse et d’ouverture d’esprit », prévient Joan Betti, responsable développement chez HEAD. Sur les 1167 candidats présents au Forum, seuls 23 % d’entre eux ont effectué un LLM.

Relativement coûteux, le LLM n’est pas la seule façon de se construire une carrière à l’international. La condition sine qua none est de parler anglais. Une compétence qui devient presque obligatoire sur un C.V., peu importe la matière ou le cabinet. À l’étage, Jean-Martial Buisson, intervenant de la conférence « Droit social : des métiers à visage humain ? » et associé chez Fromont Briens, raconte : « On pense que le droit social est franco-français, mais c’est faux, l’anglais est notre langue de travail ». L’international offre bel et bien de nouvelles perspectives. Pour preuve : la file d’attente devant les cabinets internationaux ne cesse de s’allonger. La sélection y est rude : les C.V. retenus comportent tous les mentions « anglais courant » et « expérience à l’étranger ». Mais les recruteurs peuvent également avoir d’autres exigences.  

Même droit, nouveaux métiers

Mélissa, 27 ans, doit attendre encore une demi-heure avant de donner son C.V. à un prestigieux cabinet international. Une quinzaine de personnes patientent, comme elle, dans une salle en pleine effusion. Son profil correspond à celui d’une candidate traditionnelle et elle a toutes les chances d’être repérée : elle parle anglais, elle a des expériences professionnelles et elle est élève avocat, comme 26% des candidats présents aujourd’hui. Quelques mètres plus loin, Charles de Braquilanges, cofondateur et responsable commercial de la legaltech Izilaw, discute avec un candidat. Lui, n’attend pas du candidat la même chose que ses voisins. « Nous recherchons des profils atypiques, des juristes qui ont une appétence pour les nouvelles technologies, ou qui développent d’autres compétences, commerciale ou marketing par exemple ».

Un profil hybride de plus en plus recherché par les recruteurs des professions exposées dans la conférence « Nouveaux métiers du droit : legaltech, compliance, avocat-agents sportifs ». « De nouveaux postes émergent, comme juriste chef de projet, juriste compliance ou juriste contrat », note Jean Gasnault, coordinateur du programme 6 « Former le juriste de demain » chez Openlaw. « Soyez des entrepreneurs », ajoute Sabah Boumesla à côté de lui. L’associée fondatrice de Rêveability Avocat fait écho aux paroles de Philippe Portier au début de la journée : « Nous, avocats, sommes des entrepreneurs de profession libérale, et notre entreprise est notre clientèle ». Maîtrise du digital, nouvelles compétences, soft skills, langue étrangère, fibre entrepreneuriale…. Tout comme le profil des candidats qui veulent y entrer, « le monde du droit se diversifie » rappelle ce dernier. Le juriste de demain devra rester le même, tout en étant différent. Un beau challenge.

Parmi ceux qui étaient présents : 
 

McDermott Will & Emery 

Spécialiste du droit fiscal, du private equity et des fusions-acquisitions, la firme attire. Devant le cabinet, la file d’attente, composée « de jeunes diplômés à la recherche d’un stage ou de jeunes avocats candidats pour une collaboration », est longue. Un succès dû à la renommée internationale de McDermott Will & Emery, qui donne d’ailleurs la priorité aux élèves avocats dont le cursus comprend une année d’étude à l’étranger.
 

Flichy Grangé Avocats 

Le cabinet de niche en droit social a rencontré un large panel de candidats. Si la plupart des intéressés sont des diplômés de master 2 ou de jeunes avocats, les exposants de la firme ont entrevu certains étudiants (L3 ou M1) particulièrement intéressés par le droit du travail. De quoi susciter des vocations, même si le profil idéal reste « un avocat doté des qualités humaines, avec une appétence technique pour le droit social, débrouillard, capable d’être conseil mais aussi d’assister ses clients dans le cadre du contentieux ».

 

La police nationale et l’armée de terre

Les études de droit ne mènent pas uniquement aux professions d’avocat, de notaire ou de juge. Plus récemment, la police et l’armée ont rejoint les exposants du forum. Après son diplôme, un juriste peut, par exemple, devenir officier sous contrat dans l’armée ou présenter le concours de commissaire de police. Les qualités requises : maîtriser le droit pénal et avoir une bonne culture générale. « Certains viennent déjà informés, d’autres ne savent pas qu’il existe des carrières juridiques dans les institutions publiques, nous les renseignons », nous apprend un participant au forum.

Marine Calvo et Mathilde Pujol

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