En avril dernier, après huit mois de bataille boursière, le leader du conseil et des services informatiques Capgemini faisait l’acquisition du spécialiste des services d’ingénierie et de R&D Altran. Les premiers effets du rapprochement se font déjà sentir.

En 2019, Cagemini annonçait vouloir s’offrir Altran. Son but ? Donner naissance à un acteur numérique de la transformation digitale des entreprises d’envergure mondiale. C’est chose faite depuis avril dernier. Et le groupe a eu du flair puisqu’en cette période de crise sanitaire le digital est devenu un sujet central pour l’économie. Capgemini a profité de l’intégration d’Altran pour lancer dès cette année de nouvelles offres, baptisées "Intelligent Industry", qui ont pour mission d’aider les entreprises industrielles à répondre aux défis de la révolution digitale mais aussi à en saisir les opportunités.  

Transformation digitale des entreprises

Le groupe propose notamment des solutions à destination des constructeurs et équipementiers automobiles pour permettre un développement "sûr et fiable" des voitures autonomes. "Par exemple, grâce à l’expertise combinée et unique de Capgemini et d’Altran en matière d’ingénierie automobile, de données et de technologies, le Groupe PSA a pu accélérer le traitement de l’énorme volume de données généré par ses campagnes de tests", explique le groupe. Le rapprochement opérationnel entre le leader du conseil et des services informatiques, Capgemini, et le spécialiste des services d’ingénieries et de R&D, Altran commence déjà à porter ses fruits dans les comptes. En septembre, la directrice financière de Capgemini, Carole Ferrand, indiquait à La Lettre de la Bourse que les deux tiers des synergies de coûts prévues (soit entre 70 et 100 millions d’euros) pourraient être générées dès juin 2021. Quant aux revenus supplémentaires à venir, pas moins de 250 opportunités commerciales en commun étaient déjà identifiées par les équipes. En tout, le groupe aux 17 milliards d’euros de chiffre d’affaires combinés compte plus de 265 000 collaborateurs.

Bataille boursière

Pourtant, la partie n’était pas gagnée d’avance. L’offre amicale de Capgemini sur Altran fit l’objet d’une véritable bataille boursière qui dura près de huit mois. Non content du montant de 14 euros – relevé à 14,5 – par action proposé par l’acheteur, le fonds activiste américain Elliott part à l’offensive. Celui qui contrôlait environ 15 % du capital et de droits de votes d’Altran refuse d’apporter ses titres à une opération dont il juge les termes financiers insuffisants.

Le fonds activiste Elliott s'est opposé à l'opération pendant 8 mois

Il faudra que la crise sanitaire passe par là pour que le récalcitrant s’incline en mars dernier, alors que les marchés financiers subissaient de fortes turbulences rendant le prix attractif. Mais aussi parce que la justice rejetait mi-mars le recours déposé contre l’offre par certains minoritaires, permettant à Capgemini de relancer l’OPA sur Altran et de le retirer de la cote.

Le cap maintenu est une belle victoire pour Capgemini mais aussi pour son emblématique patron sortant, Paul Hermelin, PDG du groupe depuis 2012, qui cède sa place de DG à Aiman Ezzat en mai. Pour le moment, l’entreprise ne démérite pas. Au dernier semestre, elle affiche un chiffre d’affaires de 7,58 milliards d’euros, en baisse de 3,4 % en organique mais en croissance de 8,2 % en données réelles portée par le digital et le cloud. Autre indicateur au vert : le maintien d’un bon niveau de rentabilité, avec une marge opérationnelle à 10,8 %. Pour le moment, Capgemini n’envisage pas de nouvelles acquisitions d’envergure, préférant se concentrer sur l’intégration d’Altran et la réduction de son levier financier. Prudence est mère de sûreté, surtout par temps de crise.

Olivia Vignaud

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