C.Jouenne-Lanne (Société Générale) : « Valoriser les projets, pas leur financement »

C.Jouenne-Lanne (Société Générale) : « Valoriser les projets, pas leur financement »

En 2010, quand la Société Générale lance son plan « Ambition SG 2015 », elle y introduit la volonté de développer l’engagement citoyen au sein du groupe. Cécile Jouenne-Lanne intègre alors la banque en tant que directrice de la citoyenneté et responsable de la fondation. Elle évoque sa mission… et la délicate question de la communication sur ces sujets qui suscitent parfois une forme de scepticisme.

Décideurs. Quelles sont vos missions ?

Cécile Jouenne-Lanne. J’ai en charge la conduite des actions de mécénat financier de la fondation Société Générale. J’assure également, avec une équipe de quatre personnes, la coordination et le développement des différentes initiatives de mécénat de compétences au sein du groupe, dans l’ensemble des pays où il est implanté.

De quelle manière les actions de mécénat de compétences sont-elles initiées ?

Ce sont les managers le plus souvent qui nous sollicitent pour mettre en place un programme au sein de leur équipe. La plupart du temps, il s’agit de dégager quelques heures par mois, trois journées par an… Parfois plus. Récemment, l’un d’entre eux s’est adressé à nous avec le souhait de mobiliser 100 jours homme pour son département, composé de 70 personnes. Bien entendu, il le fait par conviction ; il s’agit d’un pré-requis. Mais il y voit d’autres intérêts : le mécénat de compétences constitue un outil d’attraction et de fidélisation. Il contribue également à l’émergence d’un esprit d’équipe et génère une véritable cohésion au sein de ses membres.

La direction du groupe vous assigne-t-elle des objectifs précis en termes d’engagement des collaborateurs ?

Oui, tout à fait. Notre rôle est d’augmenter chaque année le nombre de collaborateurs engagés. En 2018, nous devons parvenir à impliquer 17 000 personnes, soit 1000 personnes de plus que l’année dernière. Ces objectifs sont déterminés par le board. Ils figurent parmi les indicateurs extra-financiers rendus publics par le Groupe.

Vous êtes aussi responsable de la fondation, quelle est sa raison d’être ?

Dès qu’elle a vu le jour en 2006, la fondation a fait le choix de soutenir l’insertion professionnelle. Peu d’entreprises s’orientent sur cette question un peu « difficile ». Lorsque la loi Aillagon* est entrée en vigueur, beaucoup ont créé leur fondation et l’ont utilisée comme un outil d’image. Or il n’est pas facile de communiquer sur le thème de l’insertion professionnelle…

Comment éviter d’être accusé de « s’afficher » pour des questions d’image uniquement ?

Je ne vois pas comment on pourrait nous en accuser car précisément nous ne cherchons pas à nous afficher. Au sens propre comme au sens figuré d’ailleurs. Si certaines entreprises consacrent des campagnes de communication à leurs actions pro bono… Nous ne le faisons pas. Bien sûr, nous ne nous cachons pas non plus. La fondation dispose de son propre site internet qui relate ses actualités par exemple. Mais nous valorisons toujours les projets eux-mêmes, pas leur financement.

Quel regard portez-vous sur les débats survenus à l’occasion de la loi Pacte sur la raison d’être des entreprises ? Quel sens cela peut-il avoir pour une banque ?

Cette question dépasse un peu mes fonctions… je vous répondrai à titre personnel. La mission de Société Générale est d’être une banque. Elle doit financer le développement de l’économie, tout en se comportant correctement vis-à-vis de ses collaborateurs. Elle peut avoir envie d’aller au-delà, grâce à des dispositifs comme celui de la fondation d’entreprise. Il s’agit d’un outil désintéressé, philanthropique. Ce n’est pas Société Générale qui améliore les choses mais les personnes sur le terrain. Nous leur permettons simplement d’agir.

Marie-Hélène Brissot

*La loi n°2003-709 du 1er  août 2003 relative au mécénat, aux associations et aux fondations dite « Loi Aillagon » a institué un dispositif fiscal destiné à développer le mécénat des entreprises et des particuliers

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