C.Itier (Haut-commissaire) : "La France est au début de son histoire avec l’impact investing"

L’impact Investing est une approche de l’investissement qui a comme premier objectif de répondre à un besoin social ou environnemental, à l’appui d’une rentabilité financière « modéré » : impact first !  Son développement en France, bien qu’important, n’est pourtant pas encore à la hauteur des pays anglo-saxons. Christophe Itier, Haut-Commissaire à l’Économie sociale et solidaire et à l’Innovation sociale, témoigne de la prise de conscience des pouvoirs publics et des investisseurs sur la question.
Christophe Itier

L’impact Investing est une approche de l’investissement qui a comme premier objectif de répondre à un besoin social ou environnemental, à l’appui d’une rentabilité financière « modéré » : impact first ! Son développement en France, bien qu’important, n’est pourtant pas encore à la hauteur des pays anglo-saxons. Christophe Itier, Haut-Commissaire à l’Économie sociale et solidaire et à l’Innovation sociale, témoigne de la prise de conscience des pouvoirs publics et des investisseurs sur la question.

Décideurs. Pourriez-vous revenir sur la place de l’impact investing en France, en comparaison notamment avec d’autres pays européens ?

Christophe Itier. Pour vous donner un ordre d’idée, au niveau mondial, l’impact investing représente 500 milliards d’euros d’encours. En Europe, celui-ci se situe à 100 milliards d’euros, tandis qu’en France, il est de seulement 4 milliards d’euros. Notre pays est au début de son histoire. L’impact investing prend aujourd’hui en compte une grande hétérogénéité des produits et d’acteurs. Notre enjeu premier est de mieux en définir les contours, aux côtés de la finance solidaire et de la finance responsable. Depuis 2011, les investisseurs montrent cependant un intérêt croissant pour ce sujet. En Europe, les encours en matière d’impact investing progressent ainsi en moyenne de 50 % chaque année.

Vous avez annoncé la création d’une instance de Place en matière d’impact investing. Quels seront son rôle et ses missions ? Comment va-t-elle s’organiser ?

Nous sommes actuellement dans une phase de préfiguration. Nous nous sommes inspirés des pratiques développées au Royaume-Uni, au Portugal et dans d’autres pays scandinaves. L’instance que nous souhaitons créer, permettra de clarifier les différents outils et de donner de la visibilité à ces produits d’investissements ainsi qu’aux investisseurs. Nous souhaitons également capitaliser sur les expériences menées et les fonds lancés jusqu’à présent. Les trois grands principes de cette instance seront : le conseil, la facilitation et la formation.

"Notre objectif est de mobiliser 1 milliard d’euros sous la bannière du French impact"

Comment convaincre les investisseurs privés et notamment les sociétés de gestion de vous suivre dans cette voie ?

Ce n’est pas un investissement sous contraintes mais bien une lame de fond. Au même titre que les entreprises s’interrogent sur l’équilibre entre la performance économique et les impacts écologiques et sociaux, le milieu de la finance entame une profonde réflexion sur le sens de son action. Cette tendance s’incarne sans l’intervention de l’État mais il est primordial que les pouvoirs publics créent les conditions idoines pour que les entreprises et les investisseurs puissent s’y engager efficacement. C’est ce que la loi Pacte et le French Impact impulsent côté entreprises. C’est notre but sur la place financière y compris avec les acteurs du monde philanthropique : aider les entreprises à impact à se développer et à arriver à maturité, afin qu’elles révèlent leur attractivité aux yeux des investisseurs et passent à l’échelle.

Quinze fonds d'investissements ont récemment rejoint le French impact : outil marketing ou véritable avancée ?

Les deux sont indissociables. Le marketing a ses vertus. Il met en lumière cette économie. Aujourd’hui, les investisseurs font pivoter leurs modèles pour créer les nouveaux outils d’investissement à impact. Notre volonté est de promouvoir leurs initiatives, ainsi que celles des entreprises. Il faut également clarifier les critères d’investissement à impact. C’est ce que nous opérons par le biais d’une charte spécifique. Sur le quinquennat, notre objectif est de mobiliser 1 milliard d’euros sous la bannière du French impact. Nous sommes à 400 millions d’euros. Nous souhaitons couvrir toutes les étapes de croissance des entreprises, ce qui sera particulièrement utile pour les phases sensibles d’amorçage ou de pré-amorçage.

Le futur développement des fonds impact investing est-il dépendant de leur rentabilité, de leur performance financière ?

L’impact investing opère un rééquilibrage entre la rentabilité et l’impact sociétal. Bien sûr, il n’y a pas de durabilité de l’investissement sans prise en compte de la rentabilité financière. Cette question doit cependant être pondérée au regard de l’impact social et environnemental de l’investissement. Nous devrons démontrer que la croissance des entreprises sociales va enclencher un cercle vertueux aboutissant à une meilleure rentabilité financière de ces opérations. Si nous voulons réussir cette transformation, il faudra à terme faire aussi évoluer la manière d’établir les notations financières et travailler à une comptabilité durable. Performances économique, sociale et écologique doivent désormais être placées sur un pied d’égalité.

"L’impact investing opère un rééquilibrage entre la rentabilité et l’impact sociétal"

Le contrat impact social (CIS), équivalent français des social impact bonds, a des difficultés à se développer en raison notamment de sa complexité.  Une mission conduite par Frédéric Lavenir a établi un guide de simplification. Comment se dessine l’avenir du CIS ?

Le contrat impact social est un instrument pertinent pour porter des innovations sociales et environnementales. C’est également un outil de transformation de l’action publique. En 2016, la première expérimentation a permis de créer le débat en France. Il faut reconnaitre que cet outil est complexe, difficile à mettre en œuvre. Il est adapté à certaine opération bien précise. Le contrat impact social n’a ainsi que peu d’intérêt pour les opérations d’un montant inférieur à 2 millions d’euros. Simplifier et normer ce qui peut l’être en créant des conventions types est un passage obligatoire. Le travail de simplification entrepris devra nous permettre de passer à l’échelle en termes de montant.

Un fonds de paiement au résultat doté de 30 millions d'euros va prochainement être lancé. Pourquoi sa création est-elle si importante ?

Nous allons lancer au printemps 2020 le premier fonds de paiement au résultat dans le but de simplifier le montage juridique, administratif et financier du contrat impact social. Ce fonds repose sur la volonté du gouvernement d’accélérer le développement de l’impact investing. Les ministères du Travail, de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires se sont également mobilisés sur ce sujet. Ils sont prêts à investir 30 millions d’euros au total pour un lancement des appels à projet, début 2020. Ce fonds mobiliserait des investisseurs privés. Avec La Caisse des Dépôts qui est notre partenaire, nous souhaitons lancer un appel d’offre pour créer un centre de ressources au service de fonds en s’inspirant de ce qui a fonctionné à l’étranger : mieux accompagner les parties prenantes des CIS et capitaliser les expériences.

Propos recueillis par Aurélien Florin et Chloé Buewaert

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