C. Gomard (Women Leadership Capital) : " Ce fonds dispose d’un supplément d’âme évident "

Parce que les dirigeantes sont largement moins soutenues par les fonds d’investissement que leurs homologues masculins, Apicap a lancé Women Leadership Capital. Co-géré par Claire Gomard, ce fonds vise à soutenir les PME et ETI françaises et européennes rentables, dirigées par des femmes, ou à mixité forte dans leurs comités de direction. Retour sur les ambitions d’une initiative plus que louable à l’heure de l’explosion de l’ESG.

Parce que les dirigeantes sont largement moins soutenues par les fonds d’investissement que leurs homologues masculins, Apicap a lancé Women Leadership Capital. Co-géré par Claire Gomard, ce fonds vise à soutenir les PME et ETI françaises et européennes rentables, dirigées par des femmes, ou à mixité forte dans leurs comités de direction. Retour sur les ambitions d’une initiative plus que louable à l’heure de l’explosion de l’ESG.

Décideurs. Quelle est la genèse du fonds que vous venez de lancer ?

Claire Gomard. L’origine de ce fonds résulte d’un double constat chiffré. Une meilleure mixité, en matière de représentation des genres au sein de l’équipe dirigeante d’une entreprise, améliore ses performances financières et opérationnelles. Par ailleurs, elle apporte un mieux-être et un mieux-vivre au sein des équipes et permet de répondre davantage aux besoins des clients et des consommateurs en étant plus représentative de la société. De nombreuses études le prouvent, notamment celles de l’Institut Montaigne « Agir pour la parité, performance à la clé » de juillet 2019 ou celles de McKinsey  intitulées « Women matter : ten years of insight on gender diversity » (2017) et « Diversity matters » (2014). Selon cette dernière étude par exemple, augmenter de 10 % la mixité au sein des comités exécutifs accroît de 1,6 point de pourcentage la marge d’EBIT pour la société.

Par ailleurs, des études spécifiques, telle que celle menée et publiée par le groupe Sodexo en 2016 est édifiante. Réalisée sur 50 000 responsables d’une centaine d’entités du groupe Sodexo dans le monde sur une période de cinq ans, cette enquête prouve qu’une meilleure mixité au sein des équipes a été bénéfique pour ce qui est de la performance financière mais également extra-financière. En effet, on a noté une amélioration du taux de fidélisation des collaborateurs (plus de 8 points de pourcentage pour les entités ayant des équipes managériales mixtes), du taux de fidélisation des clients (plus de 9 points) ou de la sécurité (un taux d’accidents du travail réduit de plus de 12 points de pourcentage).  

Qui sont vos LP’s ? 

Ce fonds, dont la levée a été engagée très récemment, est un FPCI. Il vise en majorité des investisseurs institutionnels français et étrangers, mais également de l’« argent incarné » (family offices, entrepreneur(e)s fortuné(e)s, dirigeant(e)s, etc.). Nous ciblons des retours sur investissement à des niveaux de marché avec des multiples bruts de 2x - 2,5x*. Women Leadership Capital a, au regard de sa thèse d’investissement mixité femmes-hommes, un supplément d’âme évident et s’intègre très bien dans un cadre ESG, en particulier sur son volet social. Le fonds a pour ambition de contribuer à son échelle à ces sujets de mixité et de place de la femme dans l’économie qui constituent une évolution sociétale souhaitable désormais fortement portée par certains acteurs privés et publics. 

" Outre la mixité, la qualité de l’entreprise et de son management est le critère clé d’investissement "

Quels sont les critères qui conditionneront l’investissement de votre fonds au capital d’une société ?

Le premier critère est managérial. La société doit être dirigée soit par une femme directrice générale, présidente directrice générale, présidente, membre du directoire, ou actionnaire significative, soit par un comité de direction avec une mixité jugée satisfaisante (dans lequel chaque genre, homme ou femme, doit représenter au moins 30 % de l’effectif total). Mais au-delà du genre et de ce sujet mixité, il va de soi que la qualité de l’entreprise et de son management est le critère clé. 

Nous avons pour ambition d’accompagner dix à quinze PME et ETI situées en France ou en Europe réalisant entre 5 et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. Ces sociétés doivent être rentables et en forte croissance et nous investissons, en majoritaire ou en minoritaire, des montants compris entre 8 et 20 millions d’euros en capital-développement ou en capital-transmission, mais pas en capital-risque. Aussi, nous sommes à l’écoute des dirigeantes-repreneuses ou d’équipes de management repreneurs avec une mixité jugée harmonieuse (en nombre et en fonction exercée), souhaitant reprendre à nos côtés une PME en transmission ou des actifs ou filiales de groupes (carve-out, spin-off). 

Comment expliquer, d’après vous, la situation actuelle dans laquelle les femmes dirigeantes sont bien moins soutenues par les fonds que les hommes dans la même position ?

Effectivement, sur les 4 000 sociétés actuellement soutenues par des fonds de capital-développement et capital-transmission (Arx Corporate Finance, Novembre 2019), environ 3 % seulement sont dirigées par des femmes avec un rôle de DG ou PDG (Diane, Novembre 2019). C’est évidemment trop peu, au regard de la représentation des femmes DG et PDG de PME qui représentent 15 % des 60 00 PME réalisant un chiffre d’affaires entre 5 et 100 millions de chiffre d’affaires, et très loin de la représentation des femmes sorties de grandes écoles (49 % pour les écoles de commerce, et environ 30 % pour les écoles d’ingénieur). Les raisons en sont multiples et très bien expliquées dans le rapport de l’Institut Montaigne « Agir pour la parité, performance à la clé ».

"Nous bâtissons un deal flow propriétaire, notamment grâce au développement d’une database interne très riche de sociétés dirigées par des femmes "

Quel est votre but ?

L’objectif est d’atteindre un hard cap à 200 millions d’euros. Nous visons un premier closing en septembre-octobre 2020 et un final closing 18 mois après le premier closing. Nous n’avons pas d’angle sectoriel particulier et restons un fonds généraliste avec des expertises notamment dans huit secteurs : services aux entreprises, santé, biens de consommation, distribution spécialisée, industrie, tech & software, services à la personne et agroalimentaire. 

Avez-vous déjà bouclé un investissement ?

Nous n’avons pas encore bouclé d’investissement, le fonds venant de commencer sa levée, mais nous bâtissons dès à présent un deal flow propriétaire, notamment grâce au développement d’une database interne très riche de sociétés dirigées par des femmes mais aussi de femmes avec l’ambition de reprendre une PME en transmission. Nos réunions du Club Women Leadership Capital en région et dans les grandes villes en Europe alimentent également cette base. Par ailleurs, nous sommes en train de développer un indice performance mixité propriétaire que nous commençons à administrer à de nombreuses sociétés, afin d’évaluer leur situation en matière de mixité dans leurs organes de direction, mais plus généralement leur politique interne en matière de représentation des genres (Apicap Performance Mixity Index) et son impact sur leurs performances opérationnelles et financières.  

" Nous souhaitons une mixité intégrale, que ce soit au sein de l’équipe d’investissement du fonds, ou dans notre écosystème "

Pouvez-vous nous en dire plus sur le comité stratégique du fonds qui regroupe personnalités du monde économique, artistique, sportif, académique ? 

Nous avons un écosystème de grande qualité composé d’advisory board members, d’operating partners, d’ambassadrices et ambassadeurs en région, et de mentors. Nous souhaitons une mixité intégrale, que ce soit au sein de l’équipe d’investissement du fonds, ou dans notre écosystème.

L’advisory board (le comité stratégique) de Women Leadership Capital est composé de douze personnalités de premier plan dont Chrystèle Gimaret (PDG, Ekoklean), Bernard Michel (président, Viparis), Anne-Claire Berg (VP Culture & Engagement, Danone), Marie-Célie Guillaume (DG, Paris-La Défense), Baudouin d’Hérouville (managing partner, Tomorrow Capital Partners), Tania Zouikin (VP, 20-20 Investment Association), Catherine Bouvier d’Yvoire (MP, Chartered Standard Bank), Tiphaine Auzière (avocate) et Céline Lazorthes (fondatrice de Leetchi et de la Charte Sista).

Propos recueillis par Sybille Vié

* ces éléments et informations ne sont donnés qu’à titre indicatif et ne constituent pas une garantie de rendement futur, ni ne doivent être interprétés comme des conseils en investissement ou recommandation de souscription aux parts qui seront émises par le fonds

 

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