C. Cattoir (M comme Mutuelle) : "La dette privée a beaucoup d’intérêt"

C. Cattoir (M comme Mutuelle) : "La dette privée a beaucoup d’intérêt"
Christophe Cattoir, M comme Mutuelle

Avec des taux historiquement bas, il est aujourd’hui difficile pour les gérants de créer de la valeur. Comment les investisseurs institutionnels gèrent-ils leur poche obligataire ? Christophe Cattoir, directeur de la gestion d’actifs chez M comme Mutuelle, nous présente sa stratégie de gestion.

Décideurs. Quel est votre rôle au sein de M comme mutuelle ?

Christophe Cattoir. En tant que directeur de la gestion d’actifs de M comme mutuelle, je gère, accompagné d’un adjoint, le portefeuille de réserves qui représente des fonds propres s’élevant à environ 100 millions d’euros. La mutuelle affiche environ 150 millions d’euros de taille de bilan au total qui recouvre environ 200 000 personnes protégées essentiellement par des contrats-santé. Concernant notre allocation stratégique, elle représente 70 % de produits de taux et 30 % d’actions et assimilées avec des bornes tactiques, des marges de manœuvre. Notre gestion se décline en différents types de mode de gestion : 30 % d’obligations que l’on gère en direct, 60 % d’OPC divers et variés en termes de classes d’actifs et de stratégies et 10 % d’immobilier.

Quelle est votre politique en matière d’investissements alternatifs ?

En matière d’investissements alternatifs, nous sommes investis sur différents type de supports : des fonds ouverts de type hedge funds (environ 5 %) ; de l’immobilier physique et papier (environ 10 %) ; des fonds de private equity (environ 3 %) et des fonds de private debt (environ 2 %).

"Nous n’avons pas vocation à investir dans des méga-fonds"

Quelle est votre stratégie en matière de private equity et private debt ?

Nous sommes investis depuis plus de dix ans en private equity et avons deux partenaires historiques qui sont des sociétés de gestion régionales basées à Lille et Rouen. Nous sommes actuellement investis sur quatre fonds de petite taille et de proximité, investis principalement sur les Hauts-de-France et en Normandie. Outre l’aspect purement financier, ces fonds présentent l’avantage d’être au contact des entreprises que nous finançons et d’entretenir ces relations, notamment avec des gestionnaires privés et family offices. A contrario, nous n’avons pas vocation à investir dans des méga-fonds car nos tickets se limitent à 1 million d’euros. Par ailleurs, nous ne sommes pas investis à ce jour sur des fonds d’infrastructure car jusqu’à maintenant, les fonds qui nous paraissaient intéressants nécessitaient des tickets d’entrée trop élevés pour nous – s’élevant souvent à 5 millions d’euros – même si du point de vue de la construction de portefeuille, ces stratégies ont beaucoup de sens. 

"Ce sont de bons axes d’investissement, cependant la liquidité est moindre qu’une obligation classique"

La dette privée a beaucoup d’intérêt compte tenu du contexte obligataire de taux et de primes de risques très bas. Pour un institutionnel comme nous qui a un besoin structurel de taux de rendement, c’est un produit alternatif intéressant qui présente des taux de rentabilité interne (TRI) autour de 4 % et peu de risques de taux car ce sont souvent des fonds de dette à taux variable. Nous en disposons de deux types : un fonds ouvert pour lequel la liquidité est de 15 à 30 jours, ce qui est assez liquide et des fonds fermés dont les objectifs de performance sont plus élevés avec un risque plus important. Ce sont de bons axes d’investissement, cependant la liquidité est moindre qu’une obligation classique. Nous devons donc prendre soin d’identifier des assets managers qui sont légitimes et qui ont un background bancaire. Nous prêtons une grande attention aux gérants pour s’assurer qu’ils soient bien en lien avec les banques.

Comment voyez-vous la montée en puissance des cryptomonnaies, de la blockchain ?

Je suis très perplexe quant au développement de ces actifs. La blockchain est encore jeune mais c’est une technologie intéressante qui mérite d’être développée, notamment du point de vue de la transparence. Concernant les cryptomonnaies, je les considère comme un jeu de hasard, donc il ne me semble pas convenable d’y investir pour le moment, surtout pour des institutionnels. Il subsiste un véritable problème de réglementation, il serait souhaitable qu’un encadrement supplémentaire et des critères qui défi nissent une monnaie soient remplis.

Quelle place ont les exchanged-traded funds (ETF) dans votre allocation ?

Aujourd’hui, ils présentent une faible part de notre allocation mais nous en avions beaucoup auparavant. En tant que gérant actif, les fonds que nous sélectionnons viennent de gérants actifs, voire de conviction. A priori les ETF ne sont pas notre priorité mais ils présentent un intérêt, notamment lorsque nous n’arrivons pas à identifi er un gérant d’alpha assez robuste pour un certain type de stratégie. De plus, c’est un bon outil tactique d’allocation d’actifs qui permet d’intervenir de manière dynamique dans les marchés. Ils sont de plus en plus intelligents, spécifiques et répliquent des stratégies de manière pure. Finalement, c’est un axe potentiel d’investissement pour les années à venir car les stratégies actives et passives tendent de plus en plus à converger.

Propos recueillis par Juliette Woods

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retrouvez l'intégralité du dossier Investisseurs institutionnels : les investissements alternatifs sous les feux de la rampe

La tendance est à la démocratisation des classes d’actifs alternatifs, et les institutionnels font la part belle à ces placements. Private equity, private debt ou encore immobilier sont au centre de toutes les attentions, et pour cause : un environnement de taux bas, additionné à un marché actions volatile venant se coupler à un gain d’intérêt sur les secteurs porteurs tels que la tech ou la santé sur le non coté semblent favoriser les comportements des portefeuilles de cette classe d’actifs vers une certaine résilience, comme ce fut le cas lors de la crise sanitaire. Outre l’aspect financier, ces fonds ont un fort potentiel sur les questions environnementales. Best in class ou stratégie d’exclusion font aujourd’hui partie intégrante de la gestion des experts, ce qui ouvre le champ des possibles aux projets de transition écologique et bas carbone. Décryptage des stratégies d’allocation des institutionnels français.
Sommaire M. Cohen (Groupama) : "Nous souhaitons développer l’infrastructure à moyen terme" E. Kerenflec'h (Carac) : " La classe d’actifs du non-coté a fait preuve d’une certaine résilience lors de la crise sanitaire " J. André (La Mutuelle Générale) : "L’environnement de taux bas actuel nous pousse à chercher des primes de liquidité" Nicole Musicco nommée CIO chez CalPERS
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