C. Cabanis (Danone) : "Apporter la santé par l’alimentation au plus grand nombre"

Spécialisé dans les produits sains, le groupe Danone entend jouer un rôle majeur dans la révolution alimentaire qui se prépare. Entretien avec Cécile Cabanis, la directrice générale des finances du groupe désormais centenaire.

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Cécile Cabanis

Spécialisé dans les produits sains, le groupe Danone entend jouer un rôle majeur dans la révolution alimentaire qui se prépare. Entretien avec Cécile Cabanis, la directrice générale des finances du groupe désormais centenaire.

Décideurs. La croissance du groupe est régulière mais peut-être pas aussi soutenue que certains investisseurs le voudraient. Quelle lecture faites-vous de vos résultats 2018 et des trois premiers trimestres 2019 ? Quelles sont vos anticipations pour les années à venir ?

Cécile Cabanis. Notre performance a été solide en 2018 et nous avons poursuivi avec succès la transformation de Danone pour préparer l’avenir. Le renforcement de notre modèle opérationnel nous a permis de faire face à des événements défavorables et inattendus malgré lesquels nous avons réalisé notre objectif annuel. C’est ce qu’illustre par exemple l’accélération de notre capacité d’innovation, à l’origine d’un quart de nos ventes en 2018, en hausse par rapport à 16% en 2016.

Avec, comme anticipé, une accélération de la croissance sur les trois premiers trimestres 2019, notre modèle continue de montrer sa résilience. Beaucoup de nos initiatives pour travailler la qualité de la croissance, les innovations, le mix-prix et la gestion active de notre portefeuille produits, continuent de porter leurs fruits auprès de nos consommateurs et de nos clients. Nous continuons ainsi de transformer l’entreprise à un rythme qui lui permet de répondre au mieux aux évolutions de marché et de progresser vers nos objectifs de long terme, en nous appuyant sur nos priorités : accélérer la croissance, maximiser l’efficacité et allouer le capital avec discipline. Nous restons ainsi en bonne voie pour accélérer la croissance du chiffre d’affaires, améliorer durablement la marge opérationnelle courante et générer une forte croissance du BNPA courant.

D’ici 2030, vous souhaitez vous concentrer uniquement sur les produits sains et développer des marques engagées localement. Cette ambition est-elle compatible avec les contraintes d’un groupe international coté, en termes de rentabilité notamment ?

Non seulement ces ambitions sont compatibles, mais elles sont mêmes complémentaires ! 89 % de nos volumes vendus appartenaient à des catégories de produits recommandés pour une consommation quotidienne en 2018. Nous sommes en phase avec l’intérêt croissant des consommateurs pour des produits plus naturels, bio et moins sucrés, ainsi que pour des produits d’origine végétale. Nous améliorons en permanence le profil nutritionnel et l’étiquetage de nos produits afin que les choix alimentaires plus sains soient aussi les plus attractifs. Chez Danone, notre objectif est de construire un portefeuille unique de marques Manifesto, qui défendent leurs points de vue et ont un impact positif en faisant avancer des causes majeures tout en générant une croissance durable et rentable. Ces marques représentaient environ 20% de notre chiffre d’affaires en 2018 et connaissent une croissance supérieure à celle de nos autres marques. Notre ambition est que toutes nos marques entament leur transformation pour devenir des marques Manifesto.

"En phase avec l’intérêt croissant des consommateurs pour des produits plus naturels, bio et moins sucrés"

Déjà actionnaire minoritaire, vous venez d’acquérir 95 % du capital de Michel & Augustin via votre fonds d’investissements Danone Manifesto Venture. Pourquoi avoir fait cette opération alors que le modèle économique de l’entreprise reste encore à trouver ? Comment réussir son développement aux États-Unis, là où l'entreprise a jusqu'ici éprouvé certaines difficultés ?

Michel et Augustin est une entreprise unique et passionnante. Elle est unique non seulement par son portefeuille de produits dans diverses catégories (des cookies a la mousse au chocolat en passant par les yaourts a boire), par sa passion pour la pâtisserie qui encourage tous les salaries a passer leur CAP, mais aussi par sa façon directe et décalée de communiquer avec ses consommateurs sur les réseaux sociaux notamment. Pour Danone c’est une source d’idées et d’inspiration dans tous ces domaines, et nous sommes donc très contents de les compter dans notre écosystème via Danone Manifesto Ventures. Quant aux Etats-Unis, après quelques années de découverte et d’apprentissage, ce qui est assez fréquent quand on se lance sur un nouveau marché, nous nous réjouissons de voir en 2019 une accélération de la croissance de Michel et Augustin après une refonte de la marque pour la rendre plus compréhensible pour des consommateurs américains. Sur tous ces sujets, Danone Manifesto Ventures accompagne le changement et les collaborations entre les trublions de Michel et Augustin et les équipes Danone.

À l’image de Mitte ou d’Agricool, Danone n’hésite pas à investir dans des start-ups. Qu’attendez-vous de ces investissements ?

Le rôle de Danone Manifesto Ventures, notre fonds d’investissement et d’incubation créé en 2016, est d’accompagner les jeunes entreprises qui partout dans le monde inventent l’alimentation saine et durable de demain. Mitte à Berlin avec son modèle unique de minéralisation d’eau à domicile et Agricool qui fait pousser des fraises sans pesticides dans des fermes urbaines à Paris sont deux exemples de start-ups créant des modèles disruptifs qui à long terme peuvent inspirer chez Danone de nouvelles idées et de nouveaux modèles. Dans un contexte où la révolution de l’alimentation fait émerger de plus en plus d’entrepreneurs disruptifs, nous sommes convaincus que l’apport de ces start-ups est une opportunité d’enrichir la vision ‘One Planet. One Health’ de Danone, et c’est finalement cela qu’on attend avant tout de ces investissements. Et que les frottements de ces start-ups avec les organisations plus classiques de Danone permettent d’accélérer la transformation.

"Nous avons déployé un modèle de gouvernance participative inédit"

Danone a fêté ses 100 ans en 2019. Que peut-on vous souhaiter pour les 100 ans qui viennent ?

En effet, il y a 100 ans Isaac Carasso créait un aliment simple, avec l’objectif d’améliorer la santé des enfants barcelonais. C’était alors la création du premier yaourt Danone. En 100 ans, une chose n’a jamais changé : notre engagement d’apporter la santé par l’alimentation au plus grand nombre. Nous avons construit un portefeuille de produits unique, tourné vers la santé, et, à travers notre vision ‘One Planet. One Health’, nous restons fidèles aux valeurs qui ont inspiré le tout premier yaourt Danone. L’année 2019 marque le centenaire de Danone et nous l’avons abordée avec un sens unique du collectif, animés par le désir d’inventer l’avenir. Nous avons en effet déployé un modèle de gouvernance participative inédit, baptisé « Une personne, Une Voix, Une Action ». Nous accueillons ainsi chacun de nos 100 000 salariés comme actionnaire de l’entreprise et, après le lancement d’une consultation mondiale auprès d’eux l’année dernière, nous intégrons désormais leur voix dans le pilotage des priorités vers nos objectifs de long-terme, une voix qui éclairera régulièrement les prises de décision de notre Conseil d’Administration.

Propos recueillis par Aurélien Florin

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