C. Burtin (Bordier & Cie) : " Le private equity prend de plus en plus de place dans l’offre des banques privées "

Depuis 1844, la banque Bordier & Cie accompagne familles et dirigeants d’entreprise dans la structuration et la préservation de leur patrimoine. Son directeur général en France, Christophe Burtin, revient pour Décideurs sur les évolutions récentes de son marché.

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Depuis 1844, la banque Bordier & Cie accompagne familles et dirigeants d’entreprise dans la structuration et la préservation de leur patrimoine. Son directeur général en France, Christophe Burtin, revient pour Décideurs sur les évolutions récentes de son marché.

Décideurs. Quels sont les grands sujets qui vous ont animé ces derniers mois ?

Christophe Burtin. En premier lieu, ce sont des sujets de développement. Nous étudions des opportunités de croissance, notamment interne avec des recrutements de talents. Le marché des banquiers privés est toujours actif mais me semble plus raisonnable, même constat s’agissant du pricing des offres de gestion, avec une volonté accrue de retour sur investissement. Je constate que les acteurs se focalisent enfin sur la qualité de leur compte de résultat et plus seulement sur la croissance de leurs actifs. Cette évolution nous satisfait car le secteur a souffert ces dernières années de velléités de croissance à tout prix. Ceci nous donne finalement un cadre concurrentiel plus homogène et rationnel. Ensuite, et comme l’ensemble du marché, nous avons rationalisé notre offre et notre organisation « post Mifid 2». Nous sommes, depuis un an, organisés en trois grands pôles : développement, gestion et opérations. C’est maintenant en ordre de marche et cela nous a permis de gagner en productivité, notre taille humaine nous permettant par ailleurs de prendre des décisions rapidement

Comment avez-vous géré la fin d’année 2018 mouvementée sur les marchés ?

L’objectif pour tous les acteurs, après une année difficile sur les marchés, a été de redresser la barre pour redonner confiance aux clients et délivrer de la performance, en adéquation avec le profil de risque de chacun. Les quatre premiers mois de 2019 ont été très favorables, nous sommes très heureux de ce « rebond en V » et d’avoir pu rattraper l’essentiel de la performance négative de 2018. Ceci nous a permis de prendre des bénéfices à bon escient et de réduire tactiquement la part d’actifs risqués dans les portefeuilles. Un des enjeux majeurs de notre profession est de parvenir à dégager une performance annualisée attractive, malgré le contexte de taux très bas qui pénalise le fixed income. Enfin, le private equity prend de plus en plus de place dans l’offre des banques privées, et s’élargit pour certaines vers la dette privée ou encore l’immobilier. Sur ces sujets, nous consacrons de plus en plus de temps à l’analyse et au suivi de ces véhicules que nous avons sélectionnés.

La classe d’actifs du non-coté prend donc de l’importance. Comment cela se matérialise-t-il chez Bordier & Cie ?

Nous proposons cette classe d’actifs notamment via la plateforme Hermance Capital dont Bordier & Cie est l’un des trois actionnaires. Trois fonds ont été lancés depuis l’an dernier, sur les thèmes de la dette immobilière, des LBO US midcap et un dernier en cours de levée sur des fonds real estate value add. Hermance Capital nous apporte un accès privilégié à de très bons acteurs internationaux, par exemple dans le fonds real estate, la moitié de ses sous-jacents sont des fonds américains.

Comment organisez-vous votre travail avec les family offices ?

Chaque banquier ou gérant senior a des relations avec certains family offices. Nous développons ainsi des partenariats au fil du temps. Nous intervenons sur des délégations de gestion sous mandat, à la fois sur des comptes-titres, des contrats d’assurance-vie ou des fonds dédiés. Ces family-offices viennent chercher chez nous une gestion en direct sur des actions ou des obligations.

Comment vous positionnez-vous sur votre marché, notamment face aux banques privées adossées à un réseau ?

Compte tenu de notre taille, même si nous étions dans un marché en décroissance, cela ne nous empêcherait pas de croitre grâce au recrutement régulier de professionnels senior et au gain de parts de marchés. Nous pourrions aisément doubler de taille dans un marché en stagnation. Cela s’explique notamment par le fait que l’environnement concurrentiel est devenu plus rationnel, mais également du fait de l’impact de Mifid II qui a mis en avant nos avantages compétitifs, tels que la gestion en direct ainsi qu’une très large architecture ouverte qui chez d’autres se réduit fortement.

De quelles manière Bordier & Cie accompagne les entrepreneurs ?

Un dirigeant de PME ou d’ETI va trouver chez nous une banque d’entrepreneurs. Bordier & Cie est un groupe indépendant avec des valeurs fortes portées par la famille à sa tête depuis cinq générations,  organisé selon un statut de commandite qui prévoit une responsabilité illimitée des associés sur leur patrimoine personnel. Cela signifie beaucoup de choses au quotidien

Enfin, et c’est fondamental les clients qui nous rejoignent donnent de l’importance, pour eux et leur famille, à la construction d’une relation de confiance à long terme avec leur banquier privé, plus qu’à la marque.

Quelle est votre démarche vis-à-vis des millenials ?

Nous sommes très à l’écoute de cette clientèle qui ne correspond pas au schéma traditionnel des banques privées. C’est une clientèle plus volatile et le private equity comme l’investissement socialement responsable sont indispensables pour répondre à leurs attentes. Finalement, je pense que c’est une clientèle qui a besoin de faire son expérience avec différents établissements pour pouvoir comprendre les atouts et les inconvénients de chaque type de structure.

Propos recueillis par Yacine Kadri

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