C. Abiteboul (HCVC) : "D'ici trois ans, pas moins de vingt marques automobiles se lanceront"

L’ancien directeur général de Renault F1, Cyril Abiteboul, rejoint le fonds HCVC (ex-Hardware Club). Le nouveau Venture Partner revient sur ce virage professionnel et présente ses futures missions au sein de la structure d’investissement early stage, dont le portefeuille est valorisé 1,2 milliard de dollars.

L’ancien directeur général de Renault F1, Cyril Abiteboul, rejoint le fonds HCVC (ex-Hardware Club). Le nouveau Venture Partner revient sur ce virage professionnel et présente ses futures missions au sein de la structure d’investissement early stage, dont le portefeuille est valorisé 1,2 milliard de dollars.

Décideurs. Après vingt ans de carrière en Formule 1 chez Renault F1 Team, qu’est-ce qui vous a mené à rejoindre un fonds de venture capital ?

Cyril Abiteboul. Ce changement peut paraître singulier mais lorsqu’on a évolué dans le milieu de la Formule 1, le parcours professionnel est forcément atypique. Je suis tombé dans la F1 un peu par hasard et ce que j’ai vécu était hors normes. Au cours de ces nombreuses années, j’ai eu la chance de faire de formidables rencontres, de renforcer ma passion pour le monde automobile et de participer à des aventures que je n’aurais jamais imaginées. Au-delà du sport, j’ai coordonné plusieurs opérations de M&A, notamment au moment où Renault a cherché un repreneur pour son entité Formule 1 en 2009, ou lorsque j’ai proposé au groupe d’investisseurs malaisiens une stratégie de sortie pour Caterham F1 Team. Et puis il a fallu organiser un certain nombre de retournements de sociétés sur des horizons de temps courts, similaires à ceux du venture capital. En quittant le monde du sport automobile, je me suis dit que c’était une bonne voie vers laquelle me tourner.

Et pourquoi HCVC en particulier ?

C’est Alexis Houssou, fondateur et Managing Partner de HCVC, qui m’a contacté.  De ce côté de l’Atlantique, les profils recrutés sont peut-être un peu plus conservateurs qu’aux États-Unis, où il arrive qu’ils soient plus diversifiés. De mon côté, en rejoignant HCVC, j’unifie mes passions et mon goût pour la technologie, l’entrepreneuriat et l’industrie. Sans oublier que d’un point de vue plus macro-économique, les sujets de mobilité, dans lesquels j’évolue, et d’électronique ou d’intelligence artificielle, expertises de HCVC, convergent.

"De ce côté de l’Atlantique, les profils recrutés sont peut-être un peu plus conservateurs qu’aux États-Unis"

Mon arrivée s’intègre aussi dans la prévision d’un deuxième fonds, après un premier de 50 millions de dollars bouclé en 2018, qui a permis de réaliser à ce jour 40 deals. L’idée consiste aujourd’hui à apporter une enveloppe plus conséquente, tout en restant raisonnable. En effet, la période actuelle voit beaucoup de levées avec des montants importants et de nouveaux véhicules financiers. Mais, il ne faut pas perdre de vue les obligations prises vis-à-vis des investisseurs ni la thèse initiale d’investissement dans la deep tech et la hard tech, des secteurs pas très à la mode il y a encore peu. Mais des univers qui se rapprochent le plus des technologies et des acteurs auxquels j’étais exposé dans l’univers de la Formule 1.

Quel y sera votre rôle ?

Je participerai aux levées de fonds de HCVC, en exploitant mon réseau d’industriels, d’institutionnels, ou encore de gestionnaires de family offices, ainsi qu’à l’identification de projets innovants, partout dans le monde. Du point de vue sectoriel, je me concentrerai davantage sur les sujets de mobilité au sens large. En tout cas, j’apporterai mon soutien aux entrepreneurs, en conseil ou en management. C’est ce dont je m’occupais auparavant, en mettant en place des organisations ou des gouvernances qui se devaient d’être structurées pour être compétitives, tout en restant extrêmement agiles et efficaces.

Comment voyez-vous évoluer la mobilité dans les prochaines années ?

Je n’ai pas de certitudes par nature. Néanmoins, le marché de la mobilité devrait se fragmenter tous azimuts dans un premier temps et la chaîne de valeur sera bouleversée. L’électrification facilite l’émergence de nouveaux acteurs et de nouveaux objets de mobilité, comme on l’a vu avec les trottinettes et les vélos. Dans les trois prochaines années, j’ai pu recenser pas moins d’une vingtaine de marques automobiles qui se lanceront. À moyen terme, pourquoi ne pas imaginer de nouveaux objets, aujourd’hui encore inconnus, voir le jour. Le mix énergétique sera aussi plus fragmenté que ce qu’il a été au cours des 50 dernières années. Avec l’essence et les moteurs thermiques qui ne disparaîtront pas du jour au lendemain, on peut imager le stockage par batteries évidemment, mais également l’hydrogène, en particulier pour certaines applications sous réserve que les progrès se poursuivent sur les défis de stockage, de sécurité, de production et d’infrastructure. Enfin, les modèles de propriété continueront à s’adapter aux usages.

"Il ne faut pas perdre de vue les obligations prises vis-à-vis des investisseurs"

Quelles leçons de management tirez-vous de votre expérience en Formule 1 ?

Start-up comme équipes de Formule 1 partagent des points communs, à savoir qu’on y travaille en équipe réduite avec un calendrier ultra serré qui n’est pas entièrement dicté de l’intérieur. Je retiens donc le style managérial de développement des relations entre les équipes, qui fonctionnait bien pour une équipe en forte croissance. Transparence et horizontalité sont propres au milieu de l’entrepreneuriat. Ensuite, il faut savoir s’ouvrir, regarder autour de soi. La pression du court-terme rend difficile la projection sur un temps long et on peut passer à côté de belles opportunités.

Propos recueillis par Anne-Gabrielle Mangeret

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