Bruno Retailleau (LR) : « L'abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes marque un tournant dans le quinquennat »

Fervent défenseur du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat et conseiller régional des Pays de la Loire, voit dans la décision du gouvernement « une capitulation » aux effets désastreux ; en termes de manque à gagner pour la région comme de message adressé à tous ceux qui, à l’avenir, souhaiteraient s’opposer à un quelconque projet d’infrastructure.

Fervent défenseur du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat et conseiller régional des Pays de la Loire, voit dans la décision du gouvernement « une capitulation » aux effets désastreux ; en termes de manque à gagner pour la région comme de message adressé à tous ceux qui, à l’avenir, souhaiteraient s’opposer à un quelconque projet d’infrastructure.

Décideurs. Johanna Rolland, la maire de Nantes, et Jean-Marc Ayrault voient dans cette décision un déni de démocratie et une trahison gouvernementale. Est-ce également votre avis ?

Bruno Retailleau. Absolument. La construction de cet aéroport était un projet d’intérêt général qui rassemblait tous les élus de l’Ouest. Cette décision est catastrophique et pour la région – pour qui cet aéroport représentait un grand projet économique et répondait à un véritable enjeu de mobilité – et pour l’autorité de l’État puisqu’il s’agit tout simplement d’un renoncement.

Le gouvernement estime pourtant que l’État ne sort pas affaibli de cette décision…

Prétendre cela est un pur déni de réalité. Il est bien évident que sans le chantage des zadistes le chantier aurait été achevé depuis longtemps. Raison pour laquelle cette décision est une capitulation en rase campagne qui non seulement constitue un déni du droit et de la démocratie mais adresse un signal d’encouragement aux partisans de la violence. Le signal est clair : il suffit de monter une Zad et de recourir à la violence pour faire échouer un projet d’intérêt public, même lorsque celui-ci a la légitimité du suffrage démocratique.

Est-ce la raison pour laquelle vous voyez dans cet épilogue un tournant du quinquennat ?

J’y vois un tournant pour deux raisons : la première est que, jusqu’à maintenant, Emmanuel Macron avait une devise, « Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis », or en abandonnant ce projet il trahit un engagement pris solennellement pendant la campagne. La seconde est que, jusqu’à maintenant, le Président se targuait d’avoir rétabli une certaine verticalité, une autorité de l’État. Notre-Dame-des-Landes était son premier test, et celui-ci s’est soldé par un échec.

Pensez-vous que le dossier soit clos ou que la gestion de « l’après » s’avérera délicate ?

Je ne crois pas un instant que le gouvernement procédera comme il l’a affirmé à des évacuations. Ce qui va se passer désormais est facile à imaginer : on va pousser quelques plots pour dégager les routes puis on va laisser en l’état cet espace occupé qui n’est rien d’autre qu’un camps retranché puisqu’on y trouve des explosifs et des armes à feu. C’est irresponsable. Encore une fois, les sociétés démocratiques ont trouvé deux moyens de régler pacifiquement les désaccords : le vote et le droit. Avec cette décision, le gouvernement donne tort aux deux et encourage le retour à une troisième voie, archaïque : le recours à la violence. Cela revient à fournir un mode opératoire à tous ceux qui, à l’avenir, souhaiteront faire échouer un projet d’infrastructure.

On vous sait très sensible à l’enjeu de la décentralisation. Sur ce plan, voyez-vous dans cet abandon du projet une occasion manquée ?

Cela ne fait aucun doute. Non seulement parce que cet aéroport devait contribuer à désenclaver la région qui souffre d’une véritable pénurie en matière de réseaux de transports, d’autre part parce qu’on sait qu’on ne pourra agrandir l’aéroport de Nantes-Atlantique de manière à lui permettre d’absorber l’augmentation de trafic lié au développement économique de la région. C’est pourquoi je vois dans cette décision une mesure de recentralisation et l’illustration d’une forme de mépris de Paris pour la province.

Quelle conséquence en attendez-vous pour la région ?

Cet abandon du projet aura un impact évident sur la croissance économique de la région ainsi que sur son attractivité. C’est pourquoi nous allons nous battre. De mon côté je demande à l’État de réparer le préjudice causé et de financer la mise à niveau des infrastructures essentielles qui manquent aujourd’hui à l’Ouest.

Propos recueillis par Caroline Castets

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