Bruno Bonnell : "Laurent Wauquiez est engoncé dans l'électoralisme"

Un chef d’orchestre au service du temps long : c’est le rôle que rêve de revêtir Bruno Bonnell qui conduit la liste de la majorité présidentielle en Auvergne-Rhône-Alpes. Voici sa conception de la politique et ses projets pour la région.
Bruno Bonnell, député LREM du Rhône, est tête de liste de la majorité en Aura.

Un chef d’orchestre au service du temps long : c’est le rôle que rêve de revêtir Bruno Bonnell qui conduit la liste de la majorité présidentielle en Auvergne-Rhône-Alpes. Voici sa conception de la politique et ses projets pour la région.

Décideurs. Vous vous présentez face à Laurent Wauquiez, favori à sa réélection. Quel regard portez-vous sur sa gestion ?

Bruno Bonnell : La région Aura est récente, il faut lui créer une identité, générer un sentiment d’appartenance chez ses habitants. Rien n’a été fait en la matière, mis à part planter des panneaux bleus à l’entrée des communes pour décrire ce que la région finance. Résultat, les termes Aura, Auralpins, Auralipnes sont méconnus. Laurent Wauquiez avait l’occasion unique de fabriquer un territoire, Il s’est contenté de planter des panneaux pour vanter des subventions. Il s’agit d’une approche électoraliste qui vise sûrement à assouvir des ambitions nationales. Je souhaite avoir un fonctionnement de bâtisseur.

Objectivement, la région est bien gérée, mais grâce à son administration, pas à son président. Sa tâche est de fixer un cap, d’avoir une vision, pas de faire de la politique à la petite semaine. Je suis frappé de voir que sa liste ressemble à un cénacle de maires. Il en faut, nous en avons, mais 55 % des candidats sur notre liste sont sans engagement politique, ce qui apporte oxygénation, émulation et sang neuf. En somme, Laurent Wauquiez est engoncé dans l’électoralisme et ne fixe pas de cap.

À quels sujets pensez-vous ?

Des trains à hydrogène ont été commandés, c’est très bien. Notons que rien n’a été fait pour produire l’hydrogène dans la région alors que nous avons toutes les compétences pour le fabriquer, le stocker et innover. Les pouvoirs publics régionaux auraient dû jouer un rôle pour créer un écosystème.

"La majorité régionale pouvait façonner un territoire, elle s'est contentée de poser des panneaux bleus"

Nous savons que 70 % des pandémies viennent de contaminations animales. Coup de chance, en Aura nous disposons d’acteurs de référence, notamment des laboratoires comme Boehringer et bioMerieux mais aussi des universitaires renommés, des éleveurs passionnés. Un président de région doit servir de catalyseur pour créer un programme de trente ans afin de faire du territoire la référence mondiale du secteur. En Normandie, Hervé Morin joue ce rôle de stratège avec la filière équine.

Cela nécessite un président chef d’orchestre et non distributeur. Le plan de relance lui donne une manne de 14 milliards. Si je suis élu à la tête de la région, je ne me contenterai pas de distribuer au hasard, j’essaierai de créer des effets de levier pour assurer la prospérité d’Aura sur le long terme en évitant de m’enfermer dans le rôle de simple banquier. J’estime que ce travail d’ingénierie me prendra 40 % de mon temps !

Je revendique également des engagements sur une gouvernance de long terme en comptant nommer des vice-présidents à l’égalité et à la non-discrimination ou encore à l’UE pour inscrire davantage Aura dans le paysage communautaire.

Vous portez également une proposition originale : la création d’un chèque vacances régional…

Les mois qui viennent seront ceux de la relance et des vacances. Durant la crise sanitaire, les Français ont épargné 200 milliards de d’euros. La responsabilité d’un président de région est de faire en sorte qu’une partie de cette somme soit dirigée sur les hôtels, restaurants, lieux culturels de son territoire.

Bruno Bonnell promet d'être "un président chef d'orchestre  à la recherche d'effets de levier et non un simple distributeur de subventions".

Les candidats évoquent traditionnellement ce qu’ils comptent faire durant leur mandat. Vous innovez en fixant des ambitions sur trois périodes : trente jours, trois ans, trente ans…

Trente jours, c’est l’urgence et les mesures pour favoriser la relance. Trois ans, c’est le cap du mi-mandat qui est important : à ce moment est dressé un premier bilan où il faut avoir le courage d’arrêter ce qui ne marche pas, d’investir dans ce en quoi l’on ne croyait pas, bref il s’agit de se remettre en cause. Trente ans, c’est le temps nécessaire pour mener à bien des politiques sur le long terme : devenir la région la plus apprenante d’Europe, réussir la transition écologique. Pour cela, il faut voir sur le temps long et ne pas s’enfermer dans une gestion boutiquière comme c’est le cas en ce moment.

Vous êtes un entrepreneur lancé en politique. Après quatre ans, quel regard portez-vous sur cette transition ?

Le regard extérieur change. Avec mes entreprises, j’étais considéré comme un créateur de valeur, un stratège, un homme qui fait bouger les lignes. Les citoyens portent un regard différent sur la politique. Du jour au lendemain, j’ai été considéré comme une prise de guerre, un godillot, un naïf, un incompétent. Je mesure donc la défiance envers la classe politique qui s’exprime, par ailleurs, dans l’abstention. J’ai le sentiment que la politique est parfois engoncée dans du court terme, c’est-à-dire une réélection. Ce qui pousse au mensonge, à la séduction. À mon sens, le sens de l’engagement politique, c’est améliorer la vie des gens et le fonctionnement de la société. Cela suppose une refonte du fonctionnement politique. Les partis traditionnels ne sont pas prêts à cette transformation radicale qui est difficile à déployer. Je suis d’ailleurs attristé de voir que nous ne parvenons pas à raccommoder le lien entre citoyens et politique. C’est à mon sens notre principal échec depuis 2017, mais notre principal défi pour 2022.

Propos recueillis par Lucas Jakubowicz

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