Brigitte Klinkert, ministre de l'Insertion par temps de crise

Brigitte Klinkert est l’une des rares bonnes nouvelles que l’on doit au Covid-19. Sa gestion exemplaire de la crise sanitaire dans le département qu’elle présidait, le Haut-Rhin, et qui fut le plus touché de France, ont convaincu le Président de la République et le Premier ministre de lui confier le ministère de l’Insertion. Une victoire pour "la France des territoires" et un poste stratégique alors que la crise économique risque de frapper l’emploi de plein fouet, notamment pour les jeunes.

Brigitte Klinkert est l’une des rares bonnes nouvelles que l’on doit au Covid-19. Sa gestion exemplaire de la crise sanitaire dans le département qu’elle présidait, le Haut-Rhin, et qui fut le plus touché de France, ont convaincu le Président de la République et le Premier ministre de lui confier le ministère de l’Insertion. Une victoire pour "la France des territoires" et un poste stratégique alors que la crise économique risque de frapper l’emploi de plein fouet, notamment pour les jeunes.

Le Crémant, traditionnel vin pétillant d’Alsace, a du couler à l’annonce de la nomination de Brigitte Klinkert au ministère de l’Insertion. C’est que l’heureuse élue a sa région de naissance vissée à l’âme. Quelques jours auparavant, celle qui était alors présidente du conseil départemental du Haut-Rhin se félicitait de voir publié au Journal Officiel l’arrêté permettant aux automobilistes de son département et de celui voisin du Bas-Rhin d’apposer sur leur véhicule le logo de la future collectivité européenne d’Alsace (CEA). Peccadille ? Non, la nouvelle ministre y voit "un signal fort".

Les "Français de l’intérieur", comme on surnomme encore parfois les non-alsaciens doivent en prendre conscience : celle qui tient les rênes du ministère de l’Insertion est une girondine pure et dure, une fédéraliste assumée qui avait mal vécue la dilution de sa chère Alsace au sein d’une région Grand Est aux contours flous.  En 2017, Elle avait d’ailleurs plaidé l’idée d’une région à part entière auprès d’un autre alsacien influent, Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée. 3 ans plus tard, si la "sécession" n’a pas eu lieu, la future collectivité européenne d’Alsace née de la fusion entre les deux départements du Rhin existe bel et bien et verra dès le 1 janvier prochain le transfert de certaines compétences autrefois dévolues à l’État.

"Une petite élue"

Une victoire au long cours pour celle qui se définit comme "une combattante" ayant "vécu la décentralisation de l’intérieur". Première et seule femme élue conseillère départementale du Haut-Rhin en 1994, petite-fille de Joseph Rey, emblématique maire démocrate-chrétien de Colmar entre 1947 et 1977, cette diplômée d’administration publique préfère les décisions venues du terrain aux grandes envolées jacobines. Aussi, l’une de ses premières déclarations consistera en un rappel : "j'ai bien précisé au Premier ministre que j'étais une petite élue pragmatique mais efficace. Du coup, on peut considérer que c'est la France des territoires qui a été prise en compte, c'est aussi un signe de considération du chef de l'État à l'égard de l'Alsace".

Cette fameuse France des territoires, la nouvelle ministre l’avait mise en œuvre dans des conditions ô combien difficiles au plus fort de la crise du Covid-19. C’est à partir de Mulhouse, dans le département qu’elle présidait, que le rassemblement évangélique allait répandre l’épidémie comme une trainée de poudre. "Un point de bascule" qui fit de son département le plus touché de France. Mobilisée 24 heures sur 24 pendant plusieurs semaines, c’est elle qui a alerté les services de l’État au plus tôt, mobilisé des lits supplémentaires en réanimation ou aidé par ses réseaux allemands au transfert de nombreux malades. Celle qui n’était encore qu’une « petite élue locale » devient aux yeux des Français l’un des symboles d’un pouvoir décentralisé qui tente coûte que coûte d’agir, au mieux et au plus près : une leçon d’efficacité…et d’avenir. Son activisme est remarqué par Emmanuel Macron qui s’est déplacé plusieurs fois à Mulhouse pendant la crise sanitaire et c’est donc forte de son expérience de la gestion de crise qu’elle est finalement nommée ministre le 7 juillet dernier.

La polémique RSA Bénévolat

Mais c’est aussi son investissement autour de la problématique de l’insertion qui l’a évidemment conduite au ministère du même nom et suscité dans le même temps, une inquiétude dans le monde associatif. La raison ? Le "RSA bénévolat", une mesure instaurée par le conseil départemental du Haut-Rhin en 2016 lorsque Brigitte Klinkert n’en était pas encore la présidente et qui suscita à l’époque la polémique. Son principe : un dispositif imposant aux bénéficiaires du RSA d’effectuer sept heures de travail bénévole par semaine pour des associations, collectivités locales, maisons de retraite, ou établissements publics pour percevoir leurs allocations. Volée de bois vert chez certaines associations, le conseil d’État est appelé à la rescousse. Résultat : le principe du bénévolat est accepté par la justice administrative mais retoque son caractère obligatoire. La mesure sera donc dès lors désormais uniquement proposé aux volontaires.

Si elle a tenu à rassurer les associations d’aide à l’insertion en déclarant sur BFM Business qu’"il n'est pas question pour moi de généraliser toutes les politiques que j'ai mise en place sur le département du Haut-Rhin", elle assume pleinement le dispositif : "Le système du bénévolat RSA est une bonne formule. (...) Les bénéficiaires du RSA sont heureux de faire ces actions. (...) Ça recréé du lien social et parfois même, grâce au bénévolat, des bénéficiaires du RSA ont retrouvé un job".

Le terrain seul juge de paix

Voulant clairement remettre la valeur travail au premier rang de la doctrine gouvernementale, Emmanuel Macron pourrait-il, lui, envisager une généralisation du RSA Bénévolat ? La ministre a semblé y répondre au cours du même entretien en déclarant : "ce qui se passe bien dans un département en fonction du contexte local ne se passera pas obligatoirement bien dans un autre département. Donc on ne peut pas obligatoirement généraliser. (...) Il faut pratiquer la différenciation. Ce qui est possible sur un département n'est pas possible sur tous les départements. Et ça tombe bien parce que c'est aussi ce que veut faire le président de la République et le Premier ministre".

Encore et toujours le terrain comme seul juge de paix. C’est donc évidemment par ce biais qu’elle a voulu caractériser ses premiers pas, vendredi dernier, en compagnie d’Elisabeth Borne, sa ministre de tutelle : une visite de terrain, à Chennevières-sur-Marne où les deux ministres ont échangé avec les agents de Pôle emploi sur le dispositif Emploi Store une offre de services digitale à destination des personnes en recherche d’emploi. Au retour de cette visite, Brigitte Klinkert a tenu à célébrer ces structures "qui ont su s’adapter à la crise sanitaire pour continuer à accompagner au mieux le retour vers l’emploi. Notre mobilisation à tous sera clé". En ces temps incertains, la sienne ne sera pas de trop.

Sébastien Petitot

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