Biophilie, à point nommée

Elaboré dans les années 1980, le concept de biophilie tend aujourd’hui à intégrer durablement les projets immobiliers, du cadre bâti aux aménagements d’espaces de travail. En jeu, l’amélioration de la santé, de la productivité et du bien-être.

Elaboré dans les années 1980, le concept de biophilie tend aujourd’hui à intégrer durablement les projets immobiliers, du cadre bâti aux aménagements d’espaces de travail. En jeu, l’amélioration de la santé, de la productivité et du bien-être.

« La biophilie, c’est cette connexion inconsciente qui lie les humains à la nature », écrit Edward O. Wilson, dans son ouvrage éponyme, Biophilie en 1984. Formée à partir de la racine grecque « bio » (vie) et du suffixe « phile » (qui aime), la biophilie désigne littéralement l’amour de la vie. Ce biologiste américain avance l'hypothèse d’une tendance humaine innée à chercher des liens avec la nature et le vivant.
Cet « instinct biophilique » partagé par tous et la satisfaction qui ressort d’une proximité avec la nature se manifestent aujourd’hui de multiples façons : engouement du grand public pour des publications sur l’intelligence des arbres, attrait croissant du jardinage pour les citadins, souci de végétalisation dans l’aménagement urbain.  Cette forme de prise de conscience collective et écologique face à la minéralité de la ville peut être envisagée comme une réponse salutaire au mode de vie en zone urbaine. En architecture et en art, les thèmes de la nature ne sont pas une inspiration nouvelle. Ils ont toujours imprégné les constructions, des dessins des grottes de Lascaux aux architectures contemporaines, comme les constructions de Franck Lloyd Wright ou Stefano Boeri, pour ne citer qu’eux.

Champ des possibles

Qu’en est-il aujourd’hui de la biophilie dans le bâti ? Peut-on parler de tendance durable ou d’un effet de mode ? « Le terme était en vogue puis ne l’était plus. Il revient actuellement sur le devant de la scène », note Pierre Darmet, secrétaire général du Conseil international biodiversité & immobilier (Cibi). « Élaborer un projet biophilique qui ait du sens va bien au-delà de la mise en place de plantes ou de moquette verte dans des espaces de travail. Il s’agit de chercher à introduire du vivant dans le cadre bâti, une démarche bien plus complexe », poursuit-il. Les quatorze modèles de conception biophilique identifiés par le cabinet de conseil en environnement américain Terrapin Bright Green (1) constituent selon lui la bible de référence en la matière. Cette étude explique comment, appliquée à l’architecture et l’aménagement, la biophilie se déploie au travers de multiples facettes. « Elle se met en place aussi bien avec des éléments naturels, des matières, des imitations de texture que des expériences sensorielles. Il s’agit aussi de suggérer la nature avec des réflexions de lumière, la présence de l’eau et aussi de l’art physique ou numérique », détaille Arnaud Ferrand, directeur de projet aménagement, design et bien-être au sein du cabinet conseil Arp-Astrance. Point essentiel, la perception de l’utilisateur. « Avant tout, la conception biophilique doit permettre l’appréciation du lieu », est-il observé dans l’étude.    
Terrapin Bright Green a également publié l’ouvrage Économie de la biophilie. Des études scientifiques majeures (2) ont mis en évidence les multiples bénéfices de la biophilie : hausse de la productivité dans les bureaux, baisse de la criminalité dans certains quartiers, rétablissement plus rapide de certains patients dans les hôpitaux, amélioration des résultats scolaires dans les écoles. L’effet est psychologique et physiologique. Au sein d’un environnement naturel, les hommes montrent des réponses physiques positives, notamment des baisses de la pression sanguine, du rythme cardiaque et du taux de cortisol, hormone liée au stress.

Une approche globale

« Considérant les montants dépensés par les entreprises chaque année en perte de productivité à cause de maladies liées au stress, une conception architecturale favorisant une reconnexion avec la nature peut être considérée comme un enjeu crucial », note Terrapin Bright Green. Offrir des vues sur la nature dans un bureau permet aux entreprises d’économiser 2000 dollars par employé et par an. Intégrer la biophilie apparaît comme une approche globale prenant en compte des aspects humains, sociaux et économiques.

Des acteurs majeurs de l’immobilier ont intégré ouvertement cette préoccupation qui a diverses incidences sur le confort des salariés, l’attractivité de l’entreprise et la marque employeur. Parmi eux, le promoteur Altarea Cogedim applique cette démarche sur ses opérations que ce soit en logement, en immobilier d’entreprise, en projet mixte ou en commerce. L’intérêt de la biophilie est de faire du sur-mesure. Pour Arnaud Ferrand, « Il faut bien comprendre que l’approche n’est pas duplicable et s’inspire toujours du génie des lieux. La mise en œuvre sera différente, d’un bâtiment à l’autre, d’un espace à l’autre, d’une ville à l’autre ».

Laetitia Sellam 

(1) 14 modèles de conception biophilique,
Terrapin Bright Green (2014)
Traduit par Arp-Astrance
(2) Le pouvoir de guérison d’une connexion avec la nature a été établi par le chercheur et professeur d’architecture Roger Ulrich dès 1984 en comparant les taux de récupération de patients bénéficiant ou non de vues sur la nature.

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