Bernie Sanders : la contre-performance

Parti archi-favori dans la course à l’investiture démocrate de ce Super Tuesday, Bernie Sanders s’est fait griller la politesse par son rival plus modéré, Joe Biden, dont la spectaculaire remontée bouscule les pronostics. Preuve que le positionnement radical du vétéran de la gauche peine encore à susciter l’adhésion. Même une fois ancré dans l’héritage Rooseveltien.

Parti archi-favori dans la course à l’investiture démocrate de ce Super Tuesday, Bernie Sanders s’est fait griller la politesse par son rival plus modéré, Joe Biden, dont la spectaculaire remontée bouscule les pronostics. Preuve que le positionnement radical du vétéran de la gauche peine encore à susciter l’adhésion. Même une fois ancré dans l’héritage Rooseveltien.

Personne n’y croyait et pourtant, c’est bien Joe Biden qui a créé l’événement mardi 3 mars en remportant lors du Super Tuesday une série de victoires inespérées ; en Arkansas, en Virginie, en Caroline du Nord, dans le Massachusetts et même au Texas, État sur lequel son rival Bernie Sanders comptait particulièrement pour creuser la distance. Seul véritable lot de consolation laissé à l’ex-favori : la Californie. Un État certes stratégique du fait de ses 415 délégués mais qui ne suffit pas à masquer l’impression de contre-performance laissée par cette journée dans le camp Sanders. Surtout maintenant que le ralliement de Michael Bloomberg à Joe Biden vient faire un peu plus pencher la balance en faveur de l’ex vice-président d’Obama et relancer les doutes sur la capacité du candidat Sanders à rassembler au-delà de sa base. Il faut dire que son programme, jugé trop à gauche jusqu’au sein de son propre camps, a de quoi rebuter bon nombre d’Américains. Même démocrates.

Rupture

Car si l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche a perturbé les alliances diplomatiques et mis à mal les équilibres géopolitiques, celle de Bernie Sanders, s’il venait à lui succéder, devrait sérieusement impacter les fondamentaux mêmes du capitalisme. C’est en tous cas sur cette promesse – aux allures de menace pour beaucoup – qu’il galvanisait les foules il y a encore quelques jours ; avec un programme socialiste assumé – autrement dit, franchement communiste pour beaucoup… – et, donc, en rupture marquée avec la tradition politique américaine qui, s’il lui a valu l’adhésion de toute une partie de la gauche - et notamment de la jeunesse et des écolos - pourrait aussi lui coûter l’investiture tant, à 78 ans, le vétéran de la présidentielle verse peu dans la demi-mesure.

Positionnement radical

Lui Président, ce sera haro sur les riches – grandes entreprises et ménages les plus fortunés – et, surtout, sur les milliardaires, cette catégorie honnie de la population à laquelle il n’a pas hésité à déclarer une guerre ouverte en promettant l’instauration d’une taxe de 5 % pour toute fortune excédant le milliard de dollars et de 8 % pour celles dépassant les 10 milliards. À cela s’ajouteront notamment l’adoption d’une couverture santé universelle, une série d’investissements massifs dans les infrastructures du pays et le déploiement d’un pacte écologique aux allures de mesures d’urgence : un « green New Deal » visant à sortir les États-Unis des énergies carbonées dans le domaine des transports et de l’électricité d’ici à dix ans. Si ce positionnement radical permet à Bernie Sanders de se démarquer des autres figures du parti – et notamment de son rival Joe Biden –, aux engagements plus modérés et au profil plus centriste, il le rend également incompatible avec une large partie de l’électorat. Ceci, même à l’heure où l’opinion américaine semble « plus à gauche » qu’elle ne l’a jamais été.

Héritier de Roosevelt

Dans ce climat déjà propice à la montée des idéaux de gauche, le sénateur du Vermont dispose d’un atout de taille : celui que lui confère la dimension « héritier de Roosevelt » qui, cultivée avec soin, lui aura permis de légitimer son programme en l’ancrant dans la continuité du New Deal. Ce projet de refonte de l’économie américaine qui, rappellent les politologues, ne visait pourtant pas à détruire le capitalisme mais bien, au contraire, à assurer sa survie en le protégeant de ses excès au moyen d’une charte des droits économiques – « economic bill of rights » – pensée pour assurer aux citoyens américains, outre des droits civiques, des droits économiques censés lui garantir salaire décent, logement, retraite, couverture santé… sans lesquels, estimait le Président Roosevelt, il ne saurait y avoir de liberté individuelle. C’est donc sur cette même ambition d’équité sociale que Bernie Sanders affirme avoir ancré son programme, évoquant un « socialisme démocratique » lorsque, du côté de ses adversaires, on parle volontiers de populisme avant de rappeler l’impact massif que les mesures annoncées auraient sur l’économie du pays avec un coût estimé à 4 900 milliards de dollars annuels, soit 23 % du PIB. Le prix d’un idéal et de la révolution qui va avec sans doute…

Caroline Castets

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