Bernard Le Bras (Suravenir) : "Le 100 % fonds en euros n’est pas la solution"

Alors que les principaux indices boursiers se sont effondrés lorsque les premières mesures de confinement ont été prises, les fonds en euros font office d’éléments stabilisateurs dans le patrimoine des français. La baisse de leurs rendements altère à peine la confiance accordée par les détenteurs de contrat d’assurance vie. Un avis partagé par Bernard Le Bras, président du directoire de Suravenir.
Bernard Le Bras

Alors que les principaux indices boursiers se sont effondrés lorsque les premières mesures de confinement ont été prises, les fonds en euros font office d’éléments stabilisateurs dans le patrimoine des français. La baisse de leurs rendements altère à peine la confiance accordée par les détenteurs de contrat d’assurance vie. Un avis partagé par Bernard Le Bras, président du directoire de Suravenir.

Décideurs.  Quels sont les principaux réflexes d'épargne des détenteurs de contrat d'assurance-vie ? Vers quelles classes d'actifs sont-ils attirés ?

Bernard Le Bras.  Dans ce contexte particulier, l’assurance-vie reste pour les clients une valeur refuge. Elle permet aux détenteurs de ces contrats de préserver leur épargne de la meilleure des façons. L’assurance-vie comprend des fonds en euros et des unités de comptes. Les fonds en euros rapportent de moins en moins mais garantissent le capital investi ainsi qu’un rendement. Les contrats multi-supports comprennent des unités de comptes investies en actions qui ont beaucoup baissé récemment. Malgré tout, des unités de compte comme les produits structurés tiennent leur promesse. En prenant tout cela en compte, le client qui investit de manière équilibrée et diversifiée ne se heurtera pas à une perte majeure. L’assurance-vie reste, dans un contexte compliqué, un contrat très sécurisant pour le client.

Les assureurs restreignent l'accès vers leurs fonds en euros. Comment les épargnants s'adaptent-ils à ce changement ? Cela peut-il réduire l'attrait de l'assurance-vie, au profit du nouveau plan d'épargne retraite par exemple ?

Effectivement, un certain nombre d’assureurs ont restreint l’accès à leurs fonds en euros. Le 100 % fonds en euros n’est pas la solution. La diversification au sein d’une assurance-vie reste la meilleure orientation. Des restrictions se sont donc imposées avec un pourcentage maximum de fonds en euros dans un contrat détenu par un client. Nous leur imposons de prendre plus de risques dans l’objectif d’un rendement supérieur sur le long terme. Objectivement, dans le contexte actuel, les produits structurés restent de très bons produits. Ce qui amène beaucoup de clients à vouloir en souscrire puisque les points d’entrée sont beaucoup plus bas. Les unités de comptes immobilières proposent, quant à elles, des rendements proches de 4 % à 5 %, donc supérieurs au fonds en euros.  Il est cependant difficile de prévoir comment l’immobilier va évoluer dans les années à venir. En diversifiant entre les fonds euros, les produits structurés et les unités de compte immobilières, le client tirera son épingle du jeu et sera le véritable gagnant.

Les turbulences sur les marchés financiers provoquées par la crise sanitaire et économique que nous traversons peuvent-elles amener les épargnants à changer leur allocation, et plus généralement leur habitude d'épargne ?

Lorsque les marchés ont très fortement baissé, nous avons vu des arbitrages des unités de compte vers les fonds en euros. Aujourd’hui, nous commençons à constater des phénomènes inverses, des clients qui reviennent sur des valeurs actions qui ont beaucoup souffert. Chaque personne prend un pari personnel puisque nous ne pouvons pas savoir si nous avons atteint les cours les plus bas. 

"Les clients feront de l’assurance-vie le vecteur pour donner du sens à leur épargne"

L'assurance-vie est encore l'apanage des grands établissements bancaires qui concentrent l'essentiel des encours sous gestion. Pourtant, leur contrat fonctionne le plus souvent en architecture fermée, avec des frais élevés et des fonds en euros peu performants. Comment expliquez-vous cette situation ?

Effectivement, l’assurance-vie proposée par les banques attire une part importante de la collecte. Ce différentiel est encore davantage marqué au niveau des encours. Aujourd’hui, les clients des établissements bancaires restent fidèles à leurs fonds en euros même lorsqu’ils n’offrent pas les meilleurs rendements du marché. Ceux qui profitent le plus de la situation actuelle sont les conseillers en gestion de patrimoine et les conseillers internet. Leurs clients comprennent bien les mouvements qui ont eu lieu, ne montrant pas de signes de panique. Certains sont même prêts à faire évoluer leurs actifs et à réinvestir.

Quel potentiel de développement voyez-vous pour l'assurance-vie en ligne ? À quel profil d'épargnant s'adresse-t-elle ? Pourquoi ne se développe-t-elle pas plus rapidement ?

Tout le monde avait imaginé que l’assurance-vie en ligne allait exploser et que les volumes seraient considérables. Comme tout mode de distribution, il faut du temps pour que le client soit convaincu. Mais nous constatons une progression régulière et significative. La clientèle est variée mais reste jeune. L’assurance-vie en ligne se met en place et va monter en puissance. À l’instar d’un avion sur une piste de décollage, les chiffres vont augmenter de manière exponentielle lorsque la dynamique aura décollé. 

Quel avenir dessinez-vous pour l'assurance-vie ? Quel sera le contrat de demain ?

Aujourd’hui, plusieurs pistes sont à l’étude dans les compagnies d’assurance avec l’impact des pouvoirs publics. Le paysage est complétement différent et l’assurance-vie va devoir se réinventer d’une manière ou d’une autre. L’avenir n’est plus sur les fonds euros. Les clients feront de l’assurance-vie le vecteur pour donner du sens à leur épargne. Cela pourra passer par des fonds Investissement socialement responsable (ISR), des fonds euro-croissance ou des unités de compte. L’avenir de l’assurance-vie repose sur la conciliation entre le rendement régulier donné au client, si possible supérieur à l’inflation, et une contribution positive au développement de l’économie.

Propos recueillis par Chloé Buewaert

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