Bernard Arnault et Notre-Dame : en pôle position

Le PDG de LVMH a commencé sa carrière à 25 ans dans l’entreprise familiale. 45 ans et 60 milliards d’euros plus tard, le voilà l’homme le plus riche d’Europe, Le 15 avril il a annoncé un don de 200 millions pour aider à la reconstruction de Notre-Dame. Si les chiffres sont connus, l’homme est plus discret. Retour sur un parcours d’exception.

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Le PDG de LVMH a commencé sa carrière à 25 ans dans l’entreprise familiale. 45 ans et 60 milliards d’euros plus tard, le voilà l’homme le plus riche d’Europe, Le 15 avril il a annoncé un don de 200 millions pour aider à la reconstruction de Notre-Dame. Si les chiffres sont connus, l’homme est plus discret. Retour sur un parcours d’exception.

La famille : sa première force

C’est l’histoire d’un jeune homme du Nord pas tout à fait comme les autres, qui a appris et qui n’accepte pas la défaite, chez qui le travail et la réussite représentent le fil conducteur de Bernard Arnault. Le parcours de l’homme le plus riche d’Europe débute en 1949 à Croix, une commune située non loin de Roubaix. Fils de de Marie-Joseph Savinel, d’origine auvergnate, et de Jean Arnault, ingénieur de l’École centrale et propriétaire d’une entreprise de travaux publics, Bernard Arnault baigne dans le monde de l’entreprise dès son plus jeune âge. Élevé par sa grand-mère Maminette, « à la rigueur catholico-auvergnate » de son propre aveu, il apprend à être économe. Après des études en classes préparatoires au lycée Faidherbe de Lille, il est admissible à Polytechnique, mais ne peut se rendre aux épreuves physiques à cause d’un bras cassé. Qu’à cela ne tienne, et bien qu’admis à l’École des Mines, il repasse le concours l’année qui suit et intègre le prestigieux corps des X en 1969. Un premier tour de force. À 25 ans, il rejoint Ferret-Savinel, l’entreprise familiale dont son père est devenu dirigeant en 1950 après que le grand-père maternel de Bernard Arnault, Étienne Savinel l’eut créé en 1926. Rapidement, comme à son habitude, il prend les choses en main  et persuade son père de vendre la branche BTP de l’entreprise pour se consacrer à une nouvelle activité. Après une profonde restructuration, ce dernier suit son idée et peut désormais jouir d’un capital de 40 millions de francs. Ferret-Savinel devient Férinel, société de promotion immobilière, et Bernard Arnault embrasse son destin d’entrepreneur.

Le luxe dans la tête

Confiant et fort de son succès hexagonal, il s’expatrie aux États-Unis en 1981 pour y lancer Ferinel Inc. L’aventure au pays de l’Oncle Sam ne rencontre pas le succès escompté : Bernard Arnault rentre au bercail en 1984… pour amorcer la saga entrepreneuriale et l’immense réussite qu’on lui connaît. C’est à ce moment qu’il se tourne vers le secteur du luxe et rachète la Financière Agache-Willot avec le soutien d’Antoine Bernheim de la banque Lazard. Cette société fiduciaire est alors propriétaire de Boussac Saint Frère, acteur majeur du textile dans le Nord, et des marques Christian Dior, Conforama, ainsi que de l’enseigne Le Bon Marché à Paris. À cette époque, le secteur du textile connaît de grandes difficultés. Afin de remettre l’entreprise sur pieds, le gouvernement octroie près d’un milliard de francs de subventions au groupe Boussac entre 1982 et 1985[1]. Il procède à une importante restructuration pour ne conserver que la marque Christian Dior et le magasin Le Bon Marché qui deviendront les fers de lance de son empire. Une acquisition, bien sentie, de 40 millions de francs, soit l’essentiel de la fortune familiale, qui fera du patron français l'heureux propriétaire d'une société valorisée à huit milliards de francs en 1987. La même année, après un krach boursier, il entre au capital de LVMH. S’affirmant comme homme fort de l’entreprise, il en acquiert 25 % des parts en 1988. Tirant profit des dissensions entre Alain Chevalier et Henri Racamier, les deux co-présidents du groupe, il fait aboutir une OPA qui le propulsera à la tête du géant du luxe en 1989. Depuis cette date, Bernard Arnault n’a cessé d’appliquer ses principes de gouvernance : décentralisation des centres de décision pour chaque enseigne du groupe afin qu’elles conservent leur identité ou encore financement de la croissance de nouvelles marques par celles déjà bien établies. Le résultat est sans appel : la valeur du groupe est multipliée par quinze et le chiffre d’affaires progresse de plus de 500 %.

Son objectif : gagner

Gagner, vaincre, triompher. Ces mots auraient pu être associés à Gengis Khan ou Attila Le Hun, mais ils s’accordent aussi à la personnalité du patron le plus riche de France. Pour Bernard Arnault, il ne s’agit pas seulement d’aboutir à un succès financier mais aussi de laisser la concurrence sur la ligne de départ. Et ne lui parlez pas de Bill Gates ou de Steve Jobs, de Microsoft ou d’Apple qu’il juge avoir « un cycle de vie beaucoup plus éphémère que celui d'entreprises souvent centenaires ». Deux entreprises du secteur des technologies, un des rares marchés où l’on entend peu parler du natif de Roubaix. Peut-être bien parce qu’il était là avant tout le monde, avec notamment 30 millions de dollars investis dans Netflix…en 1999. Francis Bacon disait que « le savoir, c’est le pouvoir ». Bernard Arnault a dû consulter ses ouvrages.

Son confident : Pierre Godé, avocat et professeur de droit, décédé le 31 janvier 2018

Son fait d’armes : Acquisition de la Financière Agache-Willot

Sa plus grande réussite : ses enfants, à qui il léguera LVMH

Son plus grand flop : Ferinel Inc

Yacine Kadri

 

[1] En 1987, la Commission européenne a estimé que ces aides ont faussé le jeu de la concurrence au sein des États membres et a exigé du groupe Boussac le remboursement de 338,56 millions de francs.

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