B. Heurteux (HBS-Research) : "Des associations entre start-up devront être réalisées"

Comment les Proptech vivent-elles cette crise ? Blaise Heurteux, associé-fondateur d’HBS-Research, apporte des éléments de réponse en exposant sa gestion de la situation et ses convictions.
Blaise Heurteux (©D.R.)

Comment les Proptech vivent-elles cette crise ? Blaise Heurteux, associé-fondateur d’HBS-Research, apporte des éléments de réponse en exposant sa gestion de la situation et ses convictions.

Décideurs. La solidarité est le leitmotiv des professionnels de la fabrique de la ville depuis le début du confinement. Comment cela se matérialise-t-il au sein de HBS-Research ?

Blaise Heurteux. Dès l’annonce du confinement par le Président de la République, nous avons demandé à nos 32 collaborateurs de ne plus venir au bureau. Nous avons décidé de gérer cette crise tous ensemble et avons refusé d’avoir recours au chômage partiel. Nous avons mis en place de nouveaux rendez-vous virtuels et échangeons beaucoup pour maintenir le lien entre nous. Notre attention se porte également vers notre écosystème car la solidarité fait partie de l’ADN des Proptech. Nous faisons preuve d’une grande transparence avec nos fournisseurs et nos actionnaires. Nous avons également recontacté tous nos clients pour comprendre comment ils gèrent le confinement, et les accompagner au mieux dans cette période. Nous proposons notamment des formations, des nouvelles fonctionnalités pour préparer la reprise et réfléchissons à des aménagements pour ceux qui ont des difficultés financières. Nous avons également lancé une offre de test gratuit de la place de l'immobilier pendant la durée de confinement, afin que des sociétés non-clients puissent découvrir nos outils et préparer la reprise. En tant que membre de CroissancePlus, nous partageons en parallèle notre expérience avec les autres entrepreneurs du réseau et nous nous nourrissons de leurs bonnes pratiques. Enfin, nous n’aurons pas recours aux aides financières de l’Etat tant que nous le pourrons, pour le laisser cet argent à ceux qui en ont vraiment besoin.

Quel regard portez-vous sur l’action du gouvernement dans cette situation de crise sanitaire ?

Quasiment tous les dirigeants politiques de la planète ont fait passer la santé avant l’économie. C’est impressionnant et cela témoigne d’une forme de maturité alors que nous n’avions pas observé les mêmes réactions lors des pandémies précédentes. Concernant la France, l’Etat et les acteurs publics comme la Bpifrance se sont rapidement et fortement mobilisés pour éviter la faillite des entreprises. Il faut leur tirer un coup de chapeau. Bien sûr, il y a eu des imperfections ou des ratés dans la communication. Mais nous devons être tous mobilisés autour de l’exécutif dans cette phase de crise. Nous ferons le bilan après.

Quelles sont vos propositions pour résoudre les problèmes liés à cette situation dans l'immobilier ?

Au niveau moral, je pense que cette crise met en lumière des aspirations sur lesquelles l’Etat devra surfer pour faire évoluer la société. Nous sommes arrivés aux limites de la mondialisation. Nous devons redevenir solidaires et apprendre à vivre avec notre écosystème de proximité. Par ailleurs, l’Etat ne peut pas tout. Il doit assurer les fonctions essentielles et ce sont aux entreprises de prendre le relais pour le reste en tant qu’entités dotées d’une raison d’être dépassant le simple profit. Nous avons atteint le stade de maturité nécessaire pour procéder à ce rééquilibrage.

Des sociétés font néanmoins porter actuellement la préservation de leurs trésoreries sur leurs fournisseurs. Les Proptech ne sont pas épargnées et certaines ne pourront pas faire face à cette situation. J’en appelle à la solidarité du marché. L’Etat joue son rôle en soutenant et en accompagnant les start-up, il ne faut pas réduire à néant ses efforts.

En parallèle, les Proptech doivent faire preuve de clairvoyance. Des associations entre start-up devront être réalisées pour constituer des acteurs de taille critique qui seront capables de passer cette crise et de faire évoluer après-demain le marché immobilier. Cela nécessite de la coordination mais aucune organisation n’est suffisamment puissante et indépendante aujourd’hui dans notre écosystème pour assurer ce rôle. La FNAIM pourrait pallier ce déficit en soutenant les Proptech. Ce serait un signal fort qui la replacerait au cœur des enjeux d’innovation dans l’immobilier.

Dans quelle mesure cette crise sanitaire pourrait faire évoluer à moyen terme votre stratégie et les grands principes de fonctionnement de l’immobilier ? 

Nous sommes à l’aube d’un retournement de marché qui va pousser les acteurs traditionnels à trouver des solutions innovantes pour gagner en efficacité à coûts équivalents voire moindres. Dans le même temps, nous passerons d’un marché favorable à l’offre à un marché favorable à la demande. Pour comprendre cette dernière, il faudra avoir accès à un grand volume de données. Nous nous préparons à cette transformation en faisant évoluer nos offres. Enfin, l’utilisation des m² va changer suite à cette période de confinement forcé. Cela entraînera une redéfinition du rôle du bureau.

Propos recueillis par François Perrigault (@fperrigault)

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Des aménageurs aux utilisateurs en passant par les investisseurs, les financeurs, les conseils immobiliers et juridiques, les associations ou encore les start-up, toutes les strates de la chaîne de valeur de la fabrique de la ville sont impactées par la crise sanitaire et ses incidences économiques. Décideurs donne la parole aux acteurs de cette industrie pour recueillir leurs analyses et leurs propositions.
Sommaire C. Murciani (Acofi Gestion) : "Notre solidarité s’exprime notamment envers nos emprunteurs" L. Camilli (Clearwater International) : "Les fonds de garantie thématiques constituent une solution intéressante" C. Lamaud : "Les investisseurs comme Anaxago doivent être présents dans les bons et les mauvais moments" C. Journo-Baur (Wishibam) : "Notre solution est d’utilité publique dans cette situation de crise sanitaire" C. Rayssac : "Bazimo a lancé des nouveaux projets de développement pendant le confinement" A. Emery : "La RICS va poursuivre ce qui a été initié depuis un an en France" B. Fremaux (Idex) : "La crise nous a touché de manière assez disparate" C. van Appelghem (Atlante Gestion) : "Le capital investissement devra porter un regard différent sur des actions de société" B. Marzloff (Chronos) : "La pandémie a été un laboratoire formidable pour la réforme de la ville"
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