B. Bourdon (Brafa) : "Faire ce qu’il y a de mieux pour le marché de l’art en Belgique"

La 67e édition de la Brussels Art Fair (Brafa), l’une des plus anciennes et prestigieuses foires d’art d’Europe, rassemblera 115 galeries du 19 au 26 juin 2022 à Brussels Expo, évènement où plus de 60 000 visiteurs ont l’habitude de se rendre. Beatrix Bourdon, managing director, évoque ce qui fait le succès de ce rendez-vous annuel des férus d’art en tout genre.

© Karel Duerinckx

Beatrix Bourdon, managing director de la Brafa

La 67e édition de la Brussels Art Fair (Brafa), l’une des plus anciennes et prestigieuses foires d’art d’Europe, rassemblera 115 galeries du 19 au 26 juin 2022 à Brussels Expo, évènement où plus de 60 000 visiteurs ont l’habitude de se rendre. Beatrix Bourdon, managing director, évoque ce qui fait le succès de ce rendez-vous annuel des férus d’art en tout genre.

Décideurs. À moins d’un mois de la foire, où en sont les préparatifs ?

Béatrix Bourdon. Initialement prévue en janvier, nous avons décidé fin novembre 2021 de la reporter à cet été, et de changer son emplacement mi-décembre. Cela a été un vrai challenge de créer cette foire en si peu de temps. Nous sommes évidemment très occupés mais enthousiastes. Il y a encore beaucoup de travail. Nous sommes dans les starting-blocks.

Vous changez de site, est-ce pour donner une nouvelle dynamique à la foire ?

Cela faisait dix-neuf ans que nous étions sur le site industriel de Tour & Taxis, dont l’évolution – avec la construction d’un immeuble sur le parking – ne correspond plus à nos besoins. Nous avons opté pour Brussels Expo, construit pour l’Exposition universelle en 1935 et 1958, qui dispose de plusieurs bâtiments et offre une grande flexibilité, bien plus adapté à notre foire. Avant Tour & Taxis, la Brafa se déroulait au Palais des beaux-arts de Bruxelles. Chaque changement de lieu est une évolution positive.

Comment sélectionnez-vous les galeries participantes ?

Nous voulons maintenir la qualité des exposants et ne souhaitons pas simplement remplir la foire. Le but est de faire ce qu’il y a de mieux pour le marché de l’art en Belgique. Nous essayons de prendre les meilleures décisions pour les marchands. Un conseil d’administration composé de sept galeristes est chargé de passer en revue les galeries qui souhaitent participer. L’un des premiers critères de sélection est bien sûr la qualité de l’exposant mais sa spécialité joue aussi un rôle important car la Brafa est une foire éclectique. Dans ce même esprit de diversité, nous accueillons également des galeries implantées en Europe et dans le monde afin de toucher des publics variés. Enfin, nous regardons si les galeries sont présentes sur d’autres foires. Cela nous permet d’évaluer leur portée et leur capacité à inviter leur clientèle.

Quinze pays sont représentés, mais pas la Russie…

La galerie russe Heritage était présente auparavant mais ne le sera pas pour cette édition. Nous avons la chance d’être une foire de dimension européenne. La France est très bien représentée avec 30 marchands présents. La "belgitude" est appréciée des Français.

Quelles seront les nouveautés sur cette foire, outre l’emplacement et la date ?

La foire évolue d’année en année, sans pour autant parler de révolution. Nous en sommes à la 67e édition, c’est une foire très stable. Pour la première fois néanmoins notre invité d’honneur, Arne Quinze, sera belge. Ce qu’il fait est beau, plein de couleurs, ce dont nous avons besoin aujourd’hui. La Brafa sera un feu d’artifice de couleurs. Nous avons de grands artistes en Belgique et voulions retourner à nos sources.

"La Brafa sera un feu d’artifice de couleurs"

Par ailleurs le plan de sol a été repensé. Avec deux palais réservés, nous voulions une seule entrée, ce qui est complexe. En matière de décoration, le tapis du salon est, comme chaque année et sur les 7000 mètres carrés de l’événement, dessiné par un artiste. Ce sera Arne Quinze pour cette édition. Le tapis sera fabriqué par un producteur danois, Ege, à base de filets de pêche et de bouteilles en plastique recyclés. C’est dans l’ère du temps, et tout nouveau pour nous. Enfin, les arts islamiques seront présents pour la première fois avec la galerie parisienne Kevorkian.

Que pensez-vous des NFT ? Pourraient-ils un jour faire partie de la Brafa ?

Un jour peut-être, pourquoi pas. La bande dessinée a été introduite il y a quinze ans. Tout évolue tellement vite. Le street art pourrait faire son apparition à la Brafa également.. En tant qu’organisateur, nous aurons encore de belles surprises dans les années à venir. C’est la découverte permanente.

Quelles sont les spécificités de la Brafa, par rapport à d’autres foires ?

Les galeries sont de plus en plus spécialisées mais aussi éclectiques, sortant de leur domaine. La Brafa n’est pas organisée par section. Avec le plan de sol varié, le but est que le visiteur découvre différentes spécialités et de nouvelles œuvres. Il doit littéralement visiter tout l’espace s’il veut découvrir toutes les galeries d’une même spécialité, ce qui lui permet également de faire de nouvelles découvertes.

"C’est une foire très conviviale, tant pour le public que pour les exposants"

Ce qui nous différencie est donc la diversité des exposants et les spécialités représentées. Nous essayons de faire ce qu’il y a de mieux, en toute simplicité. C’est une foire très conviviale, tant pour le public que pour les exposants. Sur le plan géographique, la Brafa est facilement accessible : Eurostar, Thalys, aéroport… Chaque année tout est repensé : exposants, décoration… afin d’y apporter de la magie et d’épater le public à chaque édition.

Comment la foire est-elle financée ?

Les galeries financent la Brafa à hauteur de 80 %. Les prix n’ont pas augmenté depuis plusieurs années. C’est une foire « raisonnable » comparée à d’autres événements. Les exposants s’y sentent à l’aise et sont de bonne humeur. La formule Brafa, organisée par une association de galeristes, permet aux exposants de subir moins de pression commerciale. Cela agrémente la bonne ambiance générale qui règne sur le salon. Notre partenaire principal, la Delen Private Bank, nous accompagne depuis quinze ans. Tous les objets présentés ont vocation à être vendus, sauf ceux de la Fondation Roi Baudouin qui expose ses dernières acquisitions.

Votre public est constitué d’amateurs d’art, de collectionneurs, de conservateurs de musées… Rencontrez-vous des investisseurs dans les allées de la Brafa, présents dans une optique d’achat-revente ?

Le public s’est fort rajeuni, attiré par l’art contemporain mais curieux de découvrir d’autres époques, d’autres spécialités. Pour répondre à votre question, certaines personnes viennent accompagnées d’art advisors, que ce soit pour commencer des collections ou dans une optique d’investissement. Les collectionneurs sont en général très discrets.

Quels sont les enjeux des prochaines éditions de la Brafa ?

Nous souhaitons continuer d’évoluer comme nous le faisons actuellement, tout en restant à taille humaine et en préservant nos valeurs. Nous ne voulons pas devenir gigantesque ou une usine de l’art, mais rester attentifs aux évolutions du marché, aux nouvelles galeries.

Propos recueillis par Marc Munier

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