Arnaud Laurent (We Sprint) : “Notre métier d’incubateur est celui d’un micro fonds”

Avec son incubateur régional WeSprint, Arnaud Laurent cherche à accélérer la croissance des jeunes sociétés créées en Occitanie. En échange d’un pourcentage du capital, lui et son équipe proposent un accompagnement sur mesure aux start-up sélectionnées. Des investisseurs institutionnels de renom (BpiFrance et Société Générale) viennent de miser sur son modèle novateur.
Arnaud Laurent (à droite) et Patrick Chekib, cofondateurs de l'accélérateur régional de start-up WeSprint

Avec son incubateur régional WeSprint, Arnaud Laurent cherche à accélérer la croissance des jeunes sociétés créées en Occitanie. En échange d’un pourcentage du capital, lui et son équipe proposent un accompagnement sur mesure aux start-up sélectionnées. Des investisseurs institutionnels de renom (BpiFrance et Société Générale) viennent de miser sur son modèle novateur.

Décideurs. Pourquoi avoir choisi le Sud de la France pour lancer We Sprint ?

Arnaud Laurent. Paris et les grandes métropoles européennes disposent d’un grand nombre d’incubateurs de start-up. Les besoins des jeunes sociétés y sont presque tous assouvis. Pour les métropoles régionales, l’offre disponible n’est pas du tout aussi étoffée. En Occitanie par exemple, il n’y avait que trois ou quatre projets d’incubateurs privés avant nous alors que la région compte pour 10 % des levées de fonds nationales. Le secteur public a pu jouer un rôle central pour colmater ces brèches par le passé, mais nous pensons pouvoir prendre le relai. Jusqu’à récemment, les start-up toulousaines ou montpelliéraines qui cherchaient à se faire accélérer se déplaçaient quatre à cinq jours par semaine dans des structures spécialisées à Paris. Pour les entrepreneurs, ce manque de proximité pouvait conduire à un effet déceptif. Désormais, avec We Sprint, nous hébergeons des sociétés directement dans nos locaux à Toulouse et à Montpellier. Les moments et les espaces de partages privilégiés favorisent les interactions rapides et les opportunités de croissance. Nous sommes ainsi venus combler un trou dans la raquette régionale. L’objectif est aussi de proposer les services nécessaires aux start-up de la région pour qu’elles rattrapent l’écart de maturité qui a pu se creuser entre elles et leurs homologues parisiennes, notamment pour les levées de fonds. Le recrutement, le business development, le marketing et la communication sont autant de champs d’intervention pour notre équipe souhaitant favoriser la croissance des sociétés.

Votre modèle repose sur l’investissement dans les start-up que vous accompagnez. Quels sont les processus de sélection à l’entrée pour les jeunes pousses souhaitant bénéficier de cette formule ?

Les start-up nous envoient des dossiers de présentation que nous étudions attentivement. A l’arrivée, entre 5 et 10 % des sociétés ayant postulé finissent par rejoindre une nouvelle promotion dans nos locaux. J’ai l’habitude de dire que les trois critères de sélection les plus importants sont : l’équipe, l’équipe et encore l’équipe. Nous fondons notre jugement sur les hommes et les femmes. Le projet est bien entendu essentiel, mais les bonnes équipes aux profils équilibrés sont toujours capables de pivoter et de se renouveler si la première idée s’est avérée ne pas être la meilleure.

Combien de start-up accompagnez-vous aujourd’hui ?

A date, nous avons 30 sociétés en portefeuille. Nous détenons à chaque fois entre 3,5 % et 5 % des parts des start-up que nous incubons. Deux saisons d’accélérations supplémentaires sont annoncées. Ces jeunes sociétés peuvent espérer connaître les mêmes succès que masmarthome.com ou Linkjuice, deux projets ambitieux qui sont déjà parvenus à lever des sommes importantes et qui se développent très bien. Dans les secteurs du hardware, de la santé ou encore des legal tech, des sociétés aux projets originaux nous rejoignent.

En matière de développement de produit, quel accompagnement proposez-vous aux jeunes sociétés ?

Lorsqu’un projet nous est présenté, nous suivons une “checklist” des éléments satisfaisants et des autres à améliorer. Avec notre réseau d’entrepreneurs mentors et notre équipe de quinze personnes, nous intervenons dans tous les secteurs pour tirer la société vers le haut et unir nos forces avec celles des sociétés incubées. Mes associés et moi, nous nous concentrons sur la stratégie. En complément, notre équipe adopte une approche technique et opérationnelle pour travailler en direct avec les start-up. Notre CTO est ainsi capable d’accompagner l’émergence de projets digitaux, et nous intervenons aussi sur des campagnes Adwords ou sur des créations visuelles grâce à nos graphistes… Cette double compétence stratégique et opérationnelle nous différencie d’autres accélérateurs essentiellement portés sur la théorie.

“Nos trois critères de sélection les plus importants sont : l’équipe, l’équipe et encore l’équipe”

Pour le développement commercial, de quels services peuvent bénéficier les start-up incubées chez vous ?

Cinq business developers de WeSprint sont capables de monter des réseaux de distribution pour les sociétés de nos promotions. Ils structurent ainsi l’avenir des sociétés. La constitution de fichiers de prospects et la représentation de la société lors de salons commerciaux figurent aussi parmi nos prérogatives. En nous occupant de la mise en place d’un CRM commercial efficace, nous nous occupons également du suivi des pistes de développement identifiées, via le marketing automation. Des e-mails personnalisés sont ainsi envoyés aux visiteurs des stands de nos sociétés pour que leurs clients potentiels ne les oublient pas.

Et pour les questions juridiques ou les levées de fonds ?

Un avocat répond à nos questions quotidiennes par chat. La rédaction des CGV et CGU des sites internet est prise en charge rapidement. Pour les autres aspects plus complexes à l’instar des levées de fonds, nous avons aussi un cabinet d’avocat avec lequel nous avons construit des liens solides.

Vous venez de lever 3,5 millions d’euros. Pourquoi avez-vous décidé de réaliser ce tour de table et comment ces nouveaux moyens financiers seront utilisés ?

Nous avons bâti une structure atypique et notre modèle de rentabilité obéit à une temporalité long termiste. Notre métier est celui d’un micro fonds, comme il en existe déjà aux Etats-Unis. Nous misons sur un portefeuille d’une centaine de titres et nous nous rémunérons sur les succès lorsqu’il y a des sorties d’envergures (reventes, introduction en bourse…). En attendant ces événements charnières, nous devons financer les salaires et les autres coûts fixes pour continuer d’offrir un service de qualité.

Les incubateurs sont toujours plus nombreux en France. Ne risque-t-on pas un jour d’atteindre une concentration trop importante de structures de ce type par rapport aux besoins réels ?

Non, je ne pense pas car il y aura des opérations de consolidations sur ce marché. Certains acteurs en difficulté vont mourir et d’autres vont prendre le pas. Lorsqu’un groupe d’acteurs seran dominant, les plus petits accélérateurs deviendront des cibles d’acquisition externes.

 

Propos recueillis par Thomas Bastin (@ThBastin)

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