Arnaud Chambriard (Neftys) : « Notre mission est de donner aux PME le pouvoir d’innover »

Neftys est la première plateforme de financement des entreprises innovantes en France. Cette société permet à des entreprises innovantes et prometteuses mais non encore rentables de renflouer leur trésorerie via un préfinancement de leur crédit d’impôt recherche. Rencontre avec son président-fondateur Arnaud Chambriard.

Neftys est la première plateforme de financement des entreprises innovantes en France. Cette société permet à des entreprises innovantes et prometteuses mais non encore rentables de renflouer leur trésorerie via un préfinancement de leur crédit d’impôt recherche. Rencontre avec son président-fondateur Arnaud Chambriard.

Quel est constat vous a poussé à fonder Neftys ?

En France, les entreprises innovantes bénéficient d’un dispositif unique au monde : le crédit d’impôt recherche (CIR). Pour chaque euro investi en R&D, 30 centimes sont remboursés par l’État à l’entreprise sous la forme d’une déduction d’impôt (si l’entreprise est bénéficiaire) ou d’un chèque (si l’entreprise n’est pas rentable). Mais dans ce dernier cas, le paiement n’est souvent délivré que 6 mois ou plus après le dépôt de la liasse fiscale, soit près de 12 à 18 mois après l’engagement des dépenses de recherche et développement. Les entreprises ont alors un important décalage de trésorerie à financer, dont la durée est difficile à évaluer en raison des incertitudes sur les délais de paiement du Trésor Public. Elles peuvent alors en théorie se tourner vers les banques pour récupérer cet argent nécessaire à leur fonctionnement quotidien.

Cependant, les établissements de crédit se concentrent généralement sur le profil de crédit  de ces entreprises, sans considération particulière pour le caractère innovant de leurs travaux de recherche. Or, nombre d’entre elles ne dégagent pas encore de marge ni même de CA, dans la mesure où elles sont encore en amont de la commercialisation de leur futur produit. De nombreuses sociétés prometteuses peuvent ainsi se retrouver en grande difficulté financière malgré la qualité de leurs travaux de R&D.  

Qu’avez-vous fait pour y remédier ?

À notre création en 2012, seules les banques avaient la possibilité de financer le CIR dans le cadre de la loi Dailly. Nous nous sommes alors rapprochés du législateur et des pouvoirs publics pour leur soumettre l’idée d’élargir le régime de cession des créances de CIR à des organismes de titrisation. Cette possibilité a été votée fin 2013 dans le cadre d’un amendement législatif. Avec l’aide de notre partenaire ACOFI Gestion, nous avons lancé un 1er fonds Preficir en 2015, abondé à parts égales par des investisseurs privés et publics (dont la CDC et le FEI). Un nouveau fonds en a pris le relais début 2020 avec une capacité d’intervention de l’ordre de 180 millions d’euros par an.

Comment qualifieriez-vous votre positionnement à l’heure actuelle ?

Nos clients sont des start-up ou petites PME dans plus de 90 % des cas, à très haute intensité technologique et souvent à la pointe dans leur domaine d’expertise. Nous intervenons à partir de 90-100 k€ de CIR minimum, sans critères financiers d’octroi, en termes de CA, de rentabilité ou de fonds propres : nous sélectionnons les dossiers avant tout sur la qualité du CIR et sur la continuité d’exploitation de l’entreprise jusqu’à la date de dépôt de sa liasse fiscale. Nous intervenons le plus souvent pour répondre à des situations de crises de trésorerie ou en accompagnement d’une levée de fonds, mais aussi lorsque l’entreprise souhaite accélérer ses travaux de recherche. Nous avons à date (février 2020) préfinancé 450 millions d’euros de CIR et un millier d’opérations (pour un montant médian d’environ 250k€ par opération), ce qui fait de Neftys la première fintech de financement des entreprises en France.

Quel est votre business model ?

Nous avons fait le choix du volume et de la simplicité, c’est-à dire de facturer notre financement à un taux unique de 4,25% par an (hors frais de dossier et d’audit), quelle que soit la situation financière ou fiscale de l’entreprise, la taille ou la solidité de son CIR, ou encore la durée de son préfinancement.

Qu’est-ce qui vous passionne dans ce métier ?

Nous rencontrons tous les jours des dirigeants passionnés et passionnants avec lesquels nous avons la chance de nouer des relations de proximité très forte. Surtout, nous avons le sentiment d’être utile aux personnes, qui ont pris de gros risques et se battent tous les jours pour faire progresser la recherche et l’innovation en France. « Demain se finance aujourd’hui », comme le dit notre slogan.

Qu’est-ce qui vous empêche de dormir la nuit ?

Nous accompagnons des entreprises généralement fragiles, sans prendre d’autre garantie que leur créance de CIR (née ou en germe). Notre métier nécessite donc une bonne compréhension des difficultés de trésorerie auxquelles nos clients sont confrontés en même temps qu’une parfaite maîtrise d’un environnement fiscal changeant et complexe. Il y a aussi un autre risque, moins palpable mais que nous prenons tout aussi au sérieux : celui de contribuer involontairement à financer une recherche ou des produits trop éloignés de nos convictions, c’est-à-dire de l’emploi et du « Tech for Good ».

Quelles sont vos perspectives d’évolution ?

Beaucoup d’opportunités se présentent à nous, et plusieurs pistes se dégagent actuellement pour une mise en œuvre opérationnelle d’ici la fin de l’année 2020, avec toujours la même idée en tête : élargir et faciliter l’accès au financement des entreprises innovantes.

Propos recueillis par Baptiste Delcambre

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