Aramco sort du noir

Avec l’entrée en Bourse d’Aramco, l’Arabie saoudite compte impulser des changements économiques et sociaux profonds sur son territoire. Mais quel est le poids financier réel de cette société ? Quel sera l’impact futur de cette cotation sur l’industrie internationale ?

Avec l’entrée en Bourse d’Aramco, l’Arabie saoudite compte impulser des changements économiques et sociaux profonds sur son territoire. Mais quel est le poids financier réel de cette société ? Quel sera l’impact futur de cette cotation sur l’industrie internationale ?

Appelée des vœux du prince héritier d’Arabie saoudite Mohamed ben Salmane, la société Aramco, le groupe pétrolier public saoudien, ouvre 1,5 % de son capital aux investisseurs. Cette décision, effective après plusieurs années de valse-hésitation, est la clé de voûte d’une politique de changements socio-économiques dans le royaume saoudien. À la tête de la compagnie, le prince souhaite ainsi diversifier les sources de revenus du pays, trop dépendant des hydrocarbures : les pressions de l’ONU pour réduire l’empreinte carbone obligent les grands pétroliers à modifier leur business model. « L’Arabie saoudite subit actuellement un déficit budgétaire : la production massive de pétrole – on parle de 10 à 12 millions de barils par jour à un prix unitaire de 60 dollars – ne couvre plus les dépenses domestiques du Royaume », argumente Véronique Chapplow, spécialiste Investissement Impact Actions chez M&G Investments. Le programme Vision 2030, qui sera financé en partie grâce aux fonds dégagés par la cotation en Bourse, a pour but de développer d’autres secteurs économiques comme les services, et les énergies renouvelables. Aujourd’hui, par exemple, le tourisme contribue à hauteur de 2 % de l’économie saoudienne. D’ici à 2030, le gouvernement aimerait que ce secteur atteigne les 10 %.

En 2018, le profit net d’Aramco s'élevait à 110 milliards de dollars tandis que celui d’Apple, société cotée la plus lucrative au monde, est de 60 milliards.

Une major assez opaque

Jusqu’à la publication officielle de son introduction boursière, le 10 novembre dernier, Aramco était une société puissante mais assez opaque. Son entrée sur le marché permet de mesurer son poids réel dans l’économie mondiale. Ainsi, de janvier à septembre 2019, la major du pétrole engrange quelque 68 milliards de dollars de profit net. En 2018, ce chiffre se montait à 110 milliards de dollars. En comparaison, le profit net d’Apple, la société cotée la plus lucrative au monde, affiche 60 milliards sur la même période 2018. « Aramco a les coûts de production du pétrole les plus bas au monde, analyse Véronique Chapplow. Pour les grands acteurs côtés, il se situe autour de 55 dollars par baril. La major arabe, elle, a un coût de 10 dollars par unité ». La raison de cet avantage concurrentiel déterminant ? « Les gisements saoudiens sont plus aisés à exploiter. Les autres compagnies extraient le pétrole dans des régions reculées ou grâce à des plateformes offshores en pleine mer, parfois avec des technologies très complexes et coûteuses. »


Opération séduction

Malgré son bilan financier mirobolant, la privatisation d’Aramco ne devrait pas bouleverser les marchés mondiaux. L’ouverture de son capital reste en effet minime, le gouvernement saoudien souhaitant garder le monopole du groupe pour orienter sa stratégie et sa gestion. Quant à l’impact de cet IPO sur les banques, il devrait être marginal : les prêts aux sociétés pétrolières ne représentent pas plus de 10 % du portefeuille du secteur. « Cet IPO vise davantage les investisseurs locaux que ceux du monde anglo-saxon. Aujourd’hui, faute de confiance, le marché international n’est pas prêt à injecter des capitaux dans cette société », indique l’experte de M&G Investments. Une crise de confiance aggravée par l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018. Il faudra bien plus qu’une opération financière orchestrée de main de maître pour apaiser les esprits.

Nicolas Bauche

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