A. Mollet (Perl) : "L’entreprise à mission, une troisième voie entre business classique et ESS"

Perl, filiale de Nexity spécialisée dans l'usufruit locatif social, fête ses vingt ans. L’occasion pour Anne Mollet, directrice générale déléguée, de revenir sur les enjeux de leur modèle et les raisons qui les ont conduit vouloir devenir une entreprise à mission.

Perl, filiale de Nexity spécialisée dans l'usufruit locatif social, fête ses vingt ans. L’occasion pour Anne Mollet, directrice générale déléguée, de revenir sur les enjeux de leur modèle et les raisons qui les ont conduit vouloir devenir une entreprise à mission.

Décideurs. Pouvez-vous nous présenter le modèle de Perl ?

Anne Mollet. Perl, qui fête ses vingt ans cette année, a basé son modèle sur une innovation alors majeure : l'investissement immobilier en nue-propriété adossé à de l'usufruit locatif. Concrètement, nous permettons de partager, temporairement, la propriété et l’usage d'un logement... Cela permet à un investisseur particulier de faire l'acquisition d'un logement dont il n'aura pas l'usage pendant une période de quinze ans, et bénéficiera en contrepartie d’une décote de l'ordre de 40 %, correspondant aux loyers qu'il aurait dû percevoir pendant cette période. L'usage du bien est confié à un bailleur social qui peut développer du logement social sans pour autant nécessiter de fonds propres, un atout précieux au vu des difficultés de financement qu'ils rencontrent aujourd'hui. Notre modèle a vocation à créer du logement abordable au cœur des métropoles, en faisant le pont entre le monde du logement social et l'investissement privé. Perl, de par sa mission, est déjà une entreprise à mission !

Notre modèle a vocation à créer du logement abordable au cœur des métropoles

Qu'est-ce qui vous a décidé à franchir le pas de l'entreprise à mission ?

J'ai été contactée par Laurence Méhaignerie, fondatrice de Citizen Capital et Anne France Bonnet, fondatrice du cabinet de conseil en impact social Nuova Vista, qui étaient alors en train de fonder la Communauté des entreprises à mission. L'objectif alors affiché était de rassembler des entreprises qui s'interrogeaient sur leur mission et leur raison d'être, alors que la loi Pacte pointait le bout de son nez. Comment placer des entreprises qui ne faisaient pas partie de l'écosystème l'ESS (ndlr : économie sociale et solidaire) mais qui avaient cependant ce "supplément d'âme" ? Elle m'a proposé de rejoindre la démarche. Afin d'y réfléchir, nous avons mené une réflexion approfondie avec plusieurs autres entreprises ainsi qu'avec l'école des Mines ParisTech, et nous nous sommes pris au jeu et avons donc décidé de lancer la démarche, considérant que cela s'inscrivait dans l'ADN de Perl.

Comment avez-vous déployé cette démarche en interne ?

Quand on se lance dans un projet d'entreprise à mission, il faut deux choses : une conviction et un portage de la direction générale. Mais il faut surtout que ladite conviction soit portée par les collaborateurs. Assez rapidement, nous avons donc travaillé avec un groupe de managers de l'entreprise pour savoir comment l'idée était perçue, puis nous avons confronté les idées avec l'ensemble des collaborateurs. Il en est ressorti que managers comme collaborateurs partageaient les mêmes revendications : rendre plus lisible le modèle, renouer avec l'esprit précurseur de Perl, et enfin, encourager l'innovation et permettre d'intégrer dès aujourd'hui les grands enjeux de l'entreprise de demain. Nous avons donc formé un groupe de 25 collaborateurs, sur les 100 que compte l'entreprise, pour travailler sur la définition de la raison d'être et sur les engagements à prendre. Nous voyons dans l'entreprise à mission une troisième voie entre le business classique et l'ESS : concilier impact social et environnemental et profit n'est pas antinomique, et c'est cela que voulons montrer.

Où en êtes-vous aujourd'hui ?

Nous sommes quasiment d'accord sur la raison d'être et sur les engagements associés. Il nous reste maintenant à confronter ce travail mené en interne avec nos interlocuteurs externes : bailleurs sociaux, aménageurs, urbanistes, promoteurs vont être consultés dans les mois à venir. Après cela, nous pourrons procéder à l'inscription de la raison d'être dans les statuts de l'entreprise. Nous menons une action en accordéon entre le comex et les collaborateurs, c'est un travail de fond !

Pouvez-vous nous donner un avant-goût de ce que seront ces engagements ?

Le fond du travail mené par nos équipes porte sur trois thématiques qui sont les briques de base de notre métier : le développement de logements abordables en cœur de ville, la façon dont nous menons à bien cette mission, à savoir en partageant usage et propriété, et le travail partenarial entre les différentes parties prenantes que sont les bailleurs, les collectivités et les épargnants.

Auriez-vous des conseils à prodiguer aux entreprises qui souhaitent franchir le pas ?

Quand on travaille sur la raison d'être, il faut avant tout travailler sur la singularité de son entreprise : savoir qui l'on est, quelle est notre spécificité, pourquoi on le fait, et surtout où l'on a envie d'aller.

Propos recueillis par Boris Beltran

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Sommaire F. Bonnifet (C3D) : "Toutes les entreprises se saisiront des concepts de raison d’être et de société à mission dans les années à O. Wigniolle : "La raison d’être sera un fort moteur de développement et de performance économique pour Icade dans les dix ans à Y. Marque : "Notre raison d’être exprime ce que Covivio est déjà et le renforce" M. Oppenheim (Crédit Agricole Immobilier) : "Nous avons construit un projet de groupe autour de trois piliers" B. Lièvre-Thery : "Nous avons réfléchi à notre propre raison d’être pour nous inscrire pleinement dans celle de Société Générale M. Sissoko : "La raison d’être représente la colonne vertébrale de la stratégie de Citallios" J.-F. Bouillé : "Le changement de statut de la MAIF induira plusieurs sujets pour la direction immobilière"
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