A-L.Roucher (Mirova) : "Les fonds ISR en actions ont montré leur résilience"

Les conséquences de la crise sanitaire auraient pu se traduire par un recul de l’investissement socialement responsable. Les derniers chiffres montrent qu’il n’en est rien, bien au contraire. Le confinement a engendré une prise de conscience collective des enjeux climatiques pour les investisseurs. Un avis plus que partagé par Anne-Laurence Roucher, directrice générale déléguée de Mirova.
Anne-Laurence Roucher

Les conséquences de la crise sanitaire auraient pu se traduire par un recul de l’investissement socialement responsable. Les derniers chiffres montrent qu’il n’en est rien, bien au contraire. Le confinement a engendré une prise de conscience collective des enjeux climatiques pour les investisseurs. Un avis plus que partagé par Anne-Laurence Roucher, directrice générale déléguée de Mirova.

Décideurs. Pourriez-vous revenir sur la place de la finance verte en France, en comparaison avec d'autres pays européens et avec les États-Unis ?

Anne-Laurence Roucher :  La France n’a pas à rougir de sa situation. La finance durable s’articule autour de plusieurs parties prenantes. Les entreprises sont au cœur du dispositif en tant qu’émetteurs, de même que les émetteurs publics. Les fournisseurs de capitaux ou d’accès aux capitaux (banques, gestionnaires d’actifs), participent aussi à cette dynamique en arrangeant par exemple l’émission des obligations vertes ou en finançant les émetteurs en capital ou en dette. Les régulateurs imposent quant à eux des normes et des obligations de reporting aux parties prenantes. Force est de constater que l’Europe est très en avance sur les États-Unis et l’Asie. La notion de places financières vertes est protéiforme aux États-Unis. En Europe, la France fait partie des leaders et ce à plusieurs niveaux. Nous sommes en effet l’un des rares états à avoir émis des obligations souveraines vertes, avec en parallèle une dynamique forte de nombreuses entreprises (émission d’obligations vertes, développement d’offres de produits et services répondant aux enjeux du développement durable). Les parties prenantes ont aussi des obligations de reporting qui favorisent la transparence en matière de transition environnementale. La mise en place de labels ainsi qu’une taxonomie verte ne fera qu’amplifier cette tendance.                     

Votre société de gestion est dédiée à 100 % à l'investissement durable. Une société de gestion peut-elle aujourd'hui se positionner uniquement sur des produits de finance verte et être rentable ?

Très clairement, oui. Notre proposition de valeur est d’offrir des stratégies d’investissements délivrant à la fois un impact positif et une performance financière solide. Cette combinaison apporte à nos clients un investissement robuste et résilient. Typiquement, en ce moment, nos performances actions se situent au-dessus de nos benchmarks. Quand beaucoup d’acteurs ont dû subir une décollecte, notre taux de croissance est quant à lui resté très élevé depuis le début de l’année. En ajoutant une dimension supplémentaire à notre analyse, nous ajoutons certes des coûts de recherche ESG, mais nous identifions aussi des gisements de création de valeur pour nos investissements, qui stimulent notre croissance et donc notre profitabilité. 

"Les mentalités changent. In fine, c’est cela qui favorisera le développement de la finance verte."

Comment les fonds ISR se sont-ils comportés face aux fonds dits "classiques" sans contraintes d'investissement ?

Durant la crise du covid-19, les fonds ISR en actions ont montré leur résilience. La première raison est sectorielle. Les fonds ISR ont tendance à être sous-exposés à certains secteurs comme les énergies fossiles ou encore les financières. Le deuxième élément est notre capacité à sectionner les entreprises dans lesquelles investir. Notre performance réside aussi dans notre aptitude à distinguer les entreprises ayant le meilleur potentiel d’appréciation indépendamment de leurs secteurs. Concernant la gestion obligataire, nous avons légèrement souffert puisque nous étions surexposés en gestion de crédit. Nos actifs réels tels que les parcs éoliens, photovoltaïques et barrages hydrauliques se sont montrés résilients dans la mesure où ce sont des activités essentielles sur lesquelles nous avons souvent des prix de vente garantis, qui nous protègent durant les phases de baisse des prix de l’électricité.

Pensez-vous qu’il y aura un après covid-19 et que les fonds labélisés vont attirer plus d’investisseurs privés ?

Cette crise sanitaire rebat les cartes. Les Français ont eu le temps de réfléchir durant le confinement. Il y a trois types de raisonnement qui en ont résulté. Le premier est la limite de la globalisation et donc la nécessité d’avoir une économie plus locale, notamment sur les activités essentielles. Le deuxième point est le rapport à la nature. Le virus est lié à l’activité humaine et il est fort possible qu’il soit attaché aux effets de la déforestation. 75 % des nouvelles épidémies sont dues aux transferts de la vie animale sauvage vers des zones urbaines. La fonte du permafrost pourrait aussi réveiller des virus qui y étaient enfermés. Le troisième élément est notre modèle social. Certaines classes sociales ont été plus exposées que d’autres. Tout le monde a pris conscience de ces dimensions. Les mentalités changent. In fine, c’est cela qui favorisera le développement de la finance verte.

Comment mesurer les différents impacts environnementaux et sociaux de vos fonds ?

Nous lions nos impacts aux objectifs du développement durable de l’ONU. Nous avons regroupé leurs dix-sept objectifs en six catégories différentes. Les trois critères environnementaux sont le climat, la biodiversité et l’enjeu des ressources naturelles. Nos trois critères sociaux sont liés à la pyramide de Maslow, c’est-à-dire, les besoins de base, le bien-être et le travail décent. Ces six angles nous donnent une analyse environnementale et sociale globale. Cela entraîne un niveau de qualité beaucoup plus exigeant que ceux des indices de marché auxquels nous pouvons nous comparer en termes de qualité ESG comme de performance financière.

La typologie des sociétés que vous choisissez a-t-elle changé avec la remontée des marchés et le reflux de l'épidémie ?

Nos convictions et nos principaux paris au sein de nos portefeuilles n’ont pas changé. Nous n’avons pas effectué de rotation massive à la suite de la crise. En revanche, le niveau d’exposition de nos portefeuilles à une valeur peut varier si celle-ci a été excessivement sanctionnée ou valorisée.

Propos recueillis par Chloé Buewaert

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